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OBAMA - MCCAIN - USA

PRESIDENTIELLE AMERICAINE

Barack Obama pour un second New deal américain ?

PAR AMADOU FALL

Le contexte ressemble, à maints égards, à celui de la crise des années trente. Le président Bush, qui a une très grande responsabilité dans la récession américaine actuelle et incidemment mondiale, va définitivement passer la main. Qui, entre les deux candidats à sa succession, Barack Obama et John McCain, sera le président de la relance économique ? Le sénateur de l'Illinois a le profil de l'homme du New deal, le deuxième de l'histoire américaine.

L'économie des Etats-unis d'Amérique demeure la plus puissante au monde, mais elle n'a plus fière allure. La croissance de son Produit intérieur brut n'est plus aussi vigoureuse que naguère. De son niveau très acceptable de 4% en 2006 et de 3,9% en 2007, elle était initialement projetée à 2,6 % en 2008 et à 2,5 % en 2009. Mais l'état de l'Union est devenu si critique que le Fonds monétaire international estime que son Pib ne devrait plus croître que de 1,6% cette année et seulement de 0,1% en 2009, avec probablement deux trimestres négatifs, de fin 2008 à début 2009.

Au cours de ces cinq dernières années, l'administration Bush s'est plus occupée à faire la guerre à travers le monde qu'à entretenir la vitalité de l'économie et le bien-être de la société américaine. La seule guerre d'Irak a déjà coûté 3.000 milliards de dollars au budget fédéral, beaucoup plus que les 50 milliards qui étaient prévus.

C'est la somme que les Américains y brûlent plutôt, tous les trois mois. L'on estime qu'avec le sixième du coût réel de la guerre d'Irak, ils pourraient remettre leur système de sécurité sociale sur pied pour plus d'un demi-siècle, sans réduire les allocations ni augmenter les cotisations.

 

ECONOMIE AU RALENTI,

 LOURD DEFICIT

 

Le déficit budgétaire américain est le plus important au monde. Il tournait, en septembre 2008, autour de 455 milliards de dollars, soit 3,2% du Pib. L'Etat fédéral dépense beaucoup plus qu'il n'engrange de recettes. Pour l'exercice 2007-2008, ses dépenses ont augmenté de 1,6% pour atteindre 2.979 milliards de dollars, alors que ses recettes (2.524 milliards de dollars) reculaient de 1,7%. Pour financer ce déficit et poursuivre ses faramineux engagements internes et externes, le gouvernement américain fait fonctionner à fond la planche à dollars.

Disons qu'il joue sur le mythe du dollar incontournable comme monnaie universelle de transaction et valeur-refuge la plus sûre, pour s'endetter auprès des sources où l'argent est abondant, en Chine et chez les grands producteurs et exportateurs pétroliers, principalement.

Les Usa sont le pays le plus endetté au monde : quelque dix mille milliards de dollars à la date du 8 octobre dernier. Au rythme où vont les choses et selon l'agence de notation Fitch, le déficit du budget des Etats-unis atteindrait 10% du Pib en 2009. Et sa dette devrait alors représenter, pour la première fois depuis les années cinquante, plus de 70% du Pib. Il atteindrait environ 11.314 milliards de dollars du fait, notamment, des 700 milliards dégagés pour le plan de sauvetage des principales banques américaines de la faillite. La quasi-récession dans la zone euro, en Inde et en Chine et la remontée du dollar pèsent lourdement sur les exportations américaines, accentuant le déficit budgétaire des Etats-unis et surtout le ralentissement de leur économie.

C'est le clash du système financier américain, dans le prolongement logique de la crise des « subprimes », qui a révélé le désastre économique américain, à quelques semaines de l'élection présidentielle américaine.

L'homme que les grands électeurs américains désigneront pour prendre la relève de George Bush héritera d'une situation on ne peut plus délicate. A l'image de Roosevelt après Hoover, lors de la grande crise des années trente, il aura à opérer une nouvelle donne pour sortir l'économie et la société américaine d'une profonde ornière.

Qui, entre le Démocrate Barack Obama et le Républicain John McCain, sera l'homme de ce New deal, le second de l'histoire économique américaine ? A dire vrai, tant que la campagne ronronnait sur l'écume de la vie, le vétéran de la guerre du Vietnam, le puritain Wasp (White anglo-saxon protestant) McCain avait toutes chances de l'emporter sur le métis africain-américain Obama. Mais la donne a nettement changé depuis que l'économique et le social ont pris le pas sur tout, dès que la tempête a commencé à vigoureusement souffler sur Wall Street et sur toute la finance internationale.

 

RESTAURATION DE LA PROSPERITE,

MIEUX-ETRE DE LA POPULATION

 

Frappés par la crise du crédit et de l'immobilier, par la hausse des prix de l'énergie jusqu'à ces derniers jours et par le chômage, les citoyens moyens et ordinaires américains, dont dépend, en termes de consommation, 70 % de la croissance des Etats-unis, sont pour la plupart en train de se serrer rudement la ceinture. Ils en ont assez. Ce qu'ils veulent, c'est un président qui se donne comme priorité la restauration de la prospérité de leur pays et le mieux-être de sa population. Plutôt que de privilégier le sauvetage des banques et l'enrichissement des plus riches.

A cet égard, le programme de Barack Obama a plus de chance d'avoir la faveur de la grande majorité des Américains que celui de son vieux challenger.

Quand, en réponse à la crise financière, le sénateur de l'Illinois préconise une "modernisation" des règles protégeant les investisseurs et les consommateurs, John McCain s'est rigoureusement présenté comme un partisan d'une plus grande dérégulation, faisant la gaffe irréparable de clamer que "les fondamentaux de l'économie américaine étaient solides" et de dire que "la crise n'était que dans l'esprit des Américains", avant de se raviser tardivement. Fidèle à la philosophie des Républicains et dans le droit fil de Georges Bush, le sénateur de l'Arizona entend, s'il est élu, diminuer le taux d'imposition sur les bénéfices des sociétés de 35% à 25% et rendre permanentes les réductions fiscales accordées à ceux qui gagnent plus de 250.000 dollars par an.

Cela est aux antipodes des intentions d'Obama qui entend, lui, annuler les réductions d'impôts accordées à ceux qui touchent plus de 250.000 dollars par an, porter l'impôt sur les revenus du capital de 15% à 25% ou 28% et taxer plus lourdement les plus-values boursières. Il compte également supprimer les réductions d'impôts pour les sociétés qui délocalisent.

En revanche, il est favorable aux réductions d'impôts en faveur des foyers gagnant moins de 200.000 dollars par an, soit 94% des ménages américains. Ils apprécieront.

Entre un candidat dont le programme est quasiment le même que celui de Georges Bush qui a fait dériver l'économie américaine pendant huit longues années et un autre qui prône un changement radical en faveur de la majorité des citoyens américain et plus particulièrement de la famille américaine moyenne, l'évidence du choix à faire saute aux yeux. Et en règle générale, quand les Usa sont dans une crise économique et sociale, c'est le candidat Démocrate qui l'emporte en cas d'élection présidentielle.

La victoire d'Obama est probable. Mais ce qui importe le plus c'est l'après 4 novembre. Les défis à relever seront immenses. La crise que traversent les Etats-unis est profonde et le renversement de tendance pourrait être difficile et long à venir. Or les Américains s'attendent à des changements rapides. C'est une immense tâche qui attend Obama à la Maison-Blanche. Si les grands électeurs franchissent le Rubicon.



Article ajouté le 2008-10-30 , consulté 99 fois

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