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RAID AMERICAIN EN SYRIE

PROCHE-ORIENT

Le dernier baroud néo-conservateur contre la paix

PAR AMADOU FALL

Le comité supérieur irako-syrien, qui devait se tenir les 12 et 13 novembre derniers à Bagdad, a été remis à d'autres calendes. Le raid américain du 26 octobre contre le village syrien d'Al-Soukkariya en est la cause immédiate. Cet ultime baroud militaire du gouvernement Bush va-t-il hypothèque l'élan de paix régional qui se dessine depuis quelque temps au Proche-Orient ?

Quelque trois semaines plutôt, des commandos américains héliportés se sont attaqués à une ferme, dans le village syrien d'Al-Soukkariya frontalier de l'Irak, à 550 km au Nord-Est de Damas. Ce raid avait fait huit morts et 14 blessés, tous des civils qui travaillaient à la construction d'un bâtiment. Malgré les virulentes sorties de l'autorité syrienne contre l'agression de son pays à partir de l'Irak et sa menace de porter cette nième violation de sa souveraineté devant le Conseil de sécurité des Nations-unies, cet événement meurtrier n'a pas suscité grande émotion à travers le monde.

Il est vrai que le bourbier proche-oriental en a connu de plus sanglants et meurtriers, avec notamment les attentats et tueries à répétition qui continuent de meubler le quotidien des villes irakiennes. Il y a également que l'attention du monde est, depuis près de deux mois, focalisée par la descente aux enfers des marchés financiers internationaux, par la récession économique rampante qui en est le corollaire et par la fièvre électorale américaine jusqu'après son apothéose, la victoire historique de Barack Obama.

Mais le raid américain sur Al-Soukkariya est loin d'être un épiphénomène. Selon des révélations du « New York Times », les forces spéciales américaines en sont à leur treizième attaque du genre dans la région syrienne d'Abou Kamal prise en cible, avec l'appui de la CIA et la caution du président Georges Bush, au cours de ces trois dernières années. A la différence des actions précédentes, le raid du 26 octobre, en plus de n'avoir eu que des victimes civiles innocentes, a été réalisé ouvertement.

Justifiant cette incursion aux allures de bavure militaire, les autorités américaines ont laissé entendre que l'opération visait à éliminer de présumés combattants d'al-Qaïda qui s'apprêtaient à perpétrer des attentats terroristes en Irak en se servant de la Syrie comme base arrière.

Mais, aux yeux d'observateurs avertis du théâtre d'opérations proche-oriental, cette attaque se justifiait d'autant moins que, Abu Gahadiya, le chef terroriste que les Américains étaient censés traquer là, serait en fait décédé, à la frontière entre l'Arabie saoudite et l'Irak, peu de temps après leur offensive sur Fallujah, en novembre 2004, comme rappelé par la BBC.

Ensuite, en septembre dernier, le général Petraeus, le patron du « Central Command » qui couvre tout l'espace allant du Liban à l'Afghanistan en passant par l'Irak, reconnaissait que la Syrie collaborait plus adéquatement à la lutte contre le terrorisme. Alors, à quoi bon l'agresser de la sorte ?

PROVOCATION DELIBEREE

Le raid sur Al-Soukkariya apparaît, de fait, comme une provocation délibérée qui ne peut avoir de sens que dans le dessein calculé de maintenir et d'amplifier l'état de guerre dans la région. Il ne faut pas perdre de vue que l'on était sur la dernière ligne droite vers l'élection présidentielle américaine et que, à ce stade de la course, John McCain, en très mauvaise posture, avait perdu toute chance de l'emporter sur Barack Obama. Avant son départ, l'équipe Bush voulait ainsi faire un cadeau à McCain, qui devait profiter électoralement de l'opération. Ou, à tout le moins, laisser une patate chaude à Obama...

Une riposte violente de Bachar Al-Assad à l'attaque d'Al-Soukkaira aurait, à coup sûr, ouvert un nouveau foyer de tension, donné un motif de renforcer la présence militaire américaine dans la zone et des arguments guerriers en faveur du candidat McCain qui était dans les meilleures dispositions pour continuer la politique très contestée de Georges Bush au Proche-Orient.

Derrière cette manœuvre, qui ressemble à un baroud d'honneur de la part des irréductibles faucons de l'administration américaine sortante, se retrouvaient tous ceux que le prolongement et l'élargissement de l'état de guerre dans la région continueraient de servir les intérêts à moyen et long termes. Il s'agit des marchands d'armes et des grandes compagnies bien en position pour étendre leur mainmise sur les immenses ressources pétrolières de cette partie du monde, sous le parapluie d'une puissance américaine dont ils voudraient qu'elle demeure hégémonique.

Mais la Syrie n'est pas tombée dans le piège de la provocation. Sa réaction a plutôt été épidermique, limitée à la condamnation de l'acte et à la menace d'une réaction, « sans aucun doute possible » à la tuerie d'Al-Soukkariya assimilée à du terrorisme. Le président Bachar Al-Assad a juste interpellé les Nations-unies, fait fermer l'école et le centre culturel américains de Damas et pris la décision de reporter la réunion annuelle du comité supérieur irako-syrien qui devait avoir lieu les 12 et 13 novembre à Bagdad.

PAIX ET LA RECONCILIATION

Trop longtemps déchirés et plongés dans le tourment de leurs conflits internes et par l'invasion américaine et de guerre lasse, les pays du Proche-Orient aspirent aujourd'hui à une cohabitation pacifique, de par leur propre initiative, avec ou sans la caution américaine. C'est dans cette optique que, le 21 novembre 2006, l'Irak et la Syrie ont rétabli leurs relations diplomatiques rompues, il y a 28 ans, par Saddam Hussein en raison du soutien de Damas à Téhéran pendant la guerre Irak-Iran.

Israël et la Syrie, en état de guerre depuis 1948, ont signé un accord de cessez-le-feu et entamé des négociations de paix sous les auspices de la Turquie, depuis mai 2008.

Ces discussions avaient été suspendues en septembre avec la démission d'Ehud Olmert. Mais dans l'attente de son remplacement par Tsipi Livni, l'aspiration demeure officiellement pour une paix globale avec les Syriens et les Palestiniens.

Pour toutes les raisons que l'on connaît l'équipe Bush désapprouvait ces élans pour la paix et la réconciliation au Proche-Orient. Mais les peuples de la région et certains de leurs dirigeants ont fini par comprendre que la poursuite de la stratégie des néo-conservateurs n'aurait fait qu'enfoncer la région dans des guerres fratricides et des catastrophes pires que celles que vit l'Irak aujourd'hui, au grand bonheur des marchands d'armes.

La victoire d'Obama à l'élection présidentielle américaine a été accueillie comme il se doit dans tous ces pays. Avec tout l'espoir dont elle est remplie de voir le président des Etats-Unis d'Amérique « changer la politique étrangère américaine, d'une politique de guerre et d'occupation à une politique basée sur la diplomatie et le dialogue », pour reprendre le ministre syrien l'Information, Mohsen Bilal.

Là également, c'est une tâche des plus ardues qui attend le 44ème locataire de la Maison-Blanche : mettre un terme à l'occupation militaire américaine en Irak, tout en veillant à ce que ce retrait, plutôt que de débrider l'instabilité dans le pays et la région, soit le gage d'un règlement politique viable des différends entre les factions irakiennes, un facteur en faveur de l'instauration de relations meilleures avec et entre les pays affectés par ce conflit, tels l'Iran et la Turquie, la Syrie et l'Arabie saoudite.

La nouvelle administration américaine se devra également de soutenir la dynamique de paix entre la Syrie et Israël et entre l'Etat hébreu et la Palestine.

Ces perspectives régionales de paix, de stabilité et de prospérité ne sauraient bien évidemment se réaliser, au Proche-Orient, sans l'adhésion première de ses peuples et dirigeants, ni non plus sans la franche collaboration des autres grandes puissances de ce monde, dont la Russie et l'Union européenne.



Article ajouté le 2008-11-14 , consulté 113 fois

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