MARCHE MONDIAL DU LAIT
LAIT ET PRODUITS LAITIERS
Baisse des prix sur un marché mondial incertain
PAR AMADOU FALL
Les prix du lait et des produits laitiers qui étaient en ébullition en 2007 sur le marché mondial, du fait d’une pénurie quasi-planétaire, ont quelque peu tiédi, au fil du premier semestre de l’année en cours.

Selon les données statistiques les plus récentes rendues publiques par la FAO, les cours mondiaux des produits laitiers ont globalement reculé de 12% en avril dernier, par rapport à leur niveau de novembre 2007. La baisse la plus sensible est notée sur le lait écrémé en poudre dont les cours sont tombés à 3500 dollars US la tonne, cédant ainsi quelque 32 points. Elle est moins sensible concernant le lait en poudre entier (-8%) à 4 550 dollars US la tonne, le fromage (-8%) à 5 050 USD la tonne et le beurre (- 5%) à 3 950 dollars US la tonne, en avril 2008.
La forte augmentation de la production attendue des campagnes laitières de 2008 sont pour beaucoup dans cette tendance baissière des prix laitiers. A terme, la production de cette année, stimulée par la flambée antérieure des cours laitiers, devrait augmente de 2,5% pour atteindre 673,6 millions de tonnes. Là où la production de 2007 n’avait augmenté que de 1,8%, pour un cumul de 676 millions de tonnes.
L’augmentation de la production laitière mondiale est cependant très contrastée. Elle est assez importante en Amérique latine, aux taux de 8% au Brésil et de 6% en Argentine et en Uruguay. Elle est relativement faible en Amérique du Nord, de l’ordre de 1,5% au Canada et de 2,7% aux Etats-Unis. Une expansion de 4 % de la production laitière est attendue en Asie. La Chine s’y distingue avec un taux de croissance de 8,5%, mais sa production laitière reste en deçà de la moyenne de 20% enregistrée au cours de la décennie précédente. En Inde et au Pakistan, grands producteurs laitiers traditionnels, la production devrait poursuivre son expansion, augmentant de 3% et de 4 %, respectivement. En Afrique, une progression de 1,7% de la production laitière est escomptée en 2008, soit un léger mieux que l’an dernier.
FAIBLESSE DES DISPONIBILITES EXPORTABLES
Toujours selon les statistiques de la FAO, la production laitière des 25 pays membres de l’Union européenne n’augmentera que de 0,6 pour cent en fin 2008, en dépit d’un relèvement de 2% des contingents de production. Le redressement de la production laitière se poursuit dans la Fédération de Russie, avec une croissance de plus de 2%, sous l’effet des programmes d’investissement et de la hausse des prix des produits laitiers. La production de Belarus devenu exportateur important progressera de 4%. La situation et les perspectives actuelles en Océanie sont critiques. Les conditions météorologiques étant à nouveau particulièrement difficiles, la production de l’Australie pour la campagne en cours baissera de 3,5% en Australie et de 4,5% en Nouvelle-Zélande.
Le marché mondial du lait est incertain. Il y a très peu de réserves. Les stocks de l’Union européenne et des États-Unis qui, dans les années passées, permettaient de combler les déficits du marché, sont quasiment vides, avec la réduction progressive des subventions qui avaient conduit à leur amoncellement dans les entrepôts. Dans pratiquement tous les grands pays producteurs, les disponibilités exportables sont faibles. Elles ont diminué en 2008 de 11,5 % dans l’Union européenne de 10,4% en Océanie. En Argentine elles sont limitées par la sécheresse corrélative au réchauffement de la planète et par de taxes prohibitives à l’exportation.
RISQUE DE REMONTEE DES COURS
Dans la plupart des pays laitiers, la production augmente certes, mais la demande intérieur y croît encore plus vite. Dans les pays émergents de l’Amérique latine, comme en Chine et en Inde, pour les millions de personnes qui sortent de la pauvreté et viennent gonfler les classes moyennes, la consommation de lait fait partie des signes de mieux-être social, une source de protéines obligatoire dans le régime alimentaire de toute personne aisée qui se respecte. Le Chinois moyen consomme maintenant plus de 25 litres de lait par an, contre 9 litres en 2000. En conséquence, si ce pays est devenu l’un des premiers producteurs, il est aussi l’un des premiers importateurs, eu égard à ses énormes besoins intérieure que sa propre production est loin de pouvoir satisfaire. Et le récent scandale du lait contaminé à la mélamine pourrait encore plus tasser ses exportations, et peser sur les cours mondiaux.
Début mai déjà, plusieurs indications ont laissé entrevoir une remontée des prix internationaux des produits laitiers. Ils pourraient subir de nouvelles hausses, si la précarité des disponibilités exportables persistait. Qui plus est la demande croissante de biocarburants tire ceux du maïs et d’autres céréales vers le haut. En alourdissant de la sorte le coût des aliments de bétail elle contribue ainsi à faire grimper un peu plus le prix du lait.
SOURCE : FAO, « Perspectives de l’alimentation – Analyse des marchés mondiaux », juin 2008

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