Echos des tropiques

Annonces




LA BANQUE MONDIALE ET L'AFRIQUE

 INVESTISSEMENT ET PRODUCTION EN AFRIQUE

La Banque mondiale prône la concentration urbaine

 

Dans son rapport 2008, la Banque mondiale prônait la révolution agricole après avoir contribué à la ruine de l’agriculture africaine dans les années 1980. Mais pour 2009, la Banque ressort le vieux concept colonial de concentration géographique d’Edmond Giscard d’Estaing.

 

PAR AMADOU FALL

 

La Banque mondiale ne cessera donc jamais de dérouter l’Afrique dans sa quête du développement. On la croyait revenue à une approche plus constructive quand, dans son Rapport 2008 sur le développement dans le monde, elle opérait un revirement à 180 degrés en prônant l’intensification des investissements dans l’agriculture africaine, après avoir largement contribué à sa ruine par le diktat d’une politique libérale on ne peut plus destructrice. La voilà qui revient à la charge pour prendre quasiment le contre-pied de sa thèse pour « une révolution agricole » en Afrique, dans son « Rapport sur le développement dans le monde 2009 : Repenser la géographie économique » rendu public ces jours derniers.

 

La Banque continue certes de dire qu’il est toujours « important d’investir dans l’agriculture ». Mais elle n’en développe pas moins, dans ce Rapport, des arguments contraires. Ils vont, en effet, dans le sens de la concentration des populations actives, des investissements et des activités économiques dans les centres urbains généralement côtiers, manifestement au détriment du monde rural et de l’agriculture. « Contrairement à ce que beaucoup croient, si l’urbanisation s’effectue de manière adéquate, elle peut aider le développement en Afrique plus que dans toute autre région […] Les niveaux de vie sont beaucoup plus élevés dans les villes africaines que dans les zones rurales de la région, de sorte que, si le processus est mieux géré, il pourrait être possible de réaliser d’importants gains de productivité et de faire nettement reculer la pauvreté », soutient Indermit S. Gill, l’expert de la Banque qui a coordonné la production du document.

 

L’EXEMPLE COREEN

 

Ces assertions résultent d’une comparaison entre la géographie économique de l’Afrique subsaharienne et celle des autres régions du monde, notamment asiatiques. Le Rapport 2009 sur le développement dans le monde part du constat que la plupart des pays africains sont caractérisés par une population majoritairement rurale, peu nombreuse et de faible densité, à la différence des pays occidentaux et asiatiques développés ou émergents, pour justifier amplement leur pauvreté par leur défaut de concentration économique dans les espaces urbains. « Presque partout dans le monde les taux de pauvreté sont plus élevés en milieu rural que dans les zones urbaines », tiennent à souligner les auteurs du Rapport.  

Ils poussent le bouchon très loin en affirmant que la terre ne nourrit pas le monde, car « la moitié de la production du monde provient de 5% seulement des terres de la planète, soit une superficie inférieure à celle de l’Algérie ». Parmi une profusion de cas donnés à titre d’exemple l’on retiendra celui de la Corée du Sud. « Elle qui était rurale à plus de de 80% en 1950 était devenue urbaine à plus 80% en 1990, et son revenu par habitant est passé dans le même temps du niveau actuel du Bénin à un niveau supérieur à celui du Portugal. »

Ce sont là quelques « faits saillants » qui autorisent la Banque mondiale à suggérer, par l’entremise de son Rapport, que les ingrédients d’une croissance rapide et partagée sont : l’augmentation de la densité qu’entraîne le développement des villes, le raccourcissement des distances qui accompagne la migration des populations, la diminution du coût des transports et la réduction des divisions qui suit « l’amenuisement » des frontières économiques des pays. Puisque la croissance est sélective, les marchés préférant certains espaces à d’autres, Indermit S. Gill estime, avec ses collègues experts de la Banque mondiale, que, « pour promouvoir la prospérité, les gouvernements doivent faciliter la concentration géographique de la production, et non s’y opposer ». Leur Rapport insiste sur le fait que, en tentant de disperser les activités économiques, on peut entraver la croissance et on ne lutte pas efficacement contre la pauvreté. La thèse « concentrationniste » qui y est développée ne vaudrait pas seulement pour les pays pris individuellement, mais également pour les régions africaines, dans le cadre de leur intégration économique.

Pour la poursuite de ce dernier processus, la Banque mondiale prône, dans un même espace régional, une stratégie différenciée entre les zones considérées comme « enclavées et retardataires » et celles des « pays côtiers les plus avancés ». Dans les premières citées, elle préconise que les investissements soient essentiellement axés sur le de développement des ressources humaines. Dans les autres, l’accent devrait être plus fortement mis sur l’industrialisation, les infrastructures physiques et l’amélioration de l’accès aux marchés mondiaux. En somme, les hinterlands africains devraient, dans cet entendement, servir de réservoir de main-d’œuvre pour les zones côtières à forte concentration économique. C’est dans ces conditions que, « en contrepartie, les partenaires au développement pourraient s’engager à accroître leur aide financière pour améliorer les conditions de vie et valoriser le capital humain dans les pays retardataires et pour mettre en place ailleurs des infrastructures nécessaires à la poursuite de la croissance, et assurer un accès préférentiel aux exportations africaines », insiste la Banque mondiale.

 Cette nouvelle politique, que l’institution de Bretton Woods est en passe de dicter à l’Afrique, ressemble à s’y méprendre à la théorie de « la mise en valeur sélective des territoires de l’Afrique occidentale française en privilégiant les mieux placés, les plus accessibles et les plus facilement évaluables », au détriment du reste, défendue quelque quatre-vingts années plus tôt, par un certain Edmond Giscard d’Estaing. Comme cette approche coloniale qui fit long feu, elle ne saurait prospérer, un demi-siècle après les indépendances, parce qu’elle ne servirait point les intérêts du continent. L’Afrique a plutôt besoin d’un développement endogène sous-tendu par la valorisation équilibrée et complémentaire de toutes ses potentialités, à l’échelle des pays et des régions. La Banque semble perdre de vue que les économies des pays développés ou émergents qu’elle donne en référence ont par essence été agricoles, que leur industrialisation est, pour une large part, le fruit de leurs performances agricoles. Et non l’inverse.

 



Article ajouté le 2008-12-01 , consulté 26 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " ANALYSES ECONOMIQUES "

Imprimer cet article

Retour aux articles


Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever



design by ksa | kits graphiques by krek