Echos des tropiques

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MUGABE-PRESSION -DEMISSION

CRISE ZIMBABWENNE

Robert Mugabe par la petite porte ?

PAR AMADOU FALL

La Grande Bretagne ancien colonisateur du Zimbabwe et ses alliés occidentaux ont radicalisé leur pression sur le président Mugabe ; ils manœuvrent pour le faire quitter le pouvoir, manu-militari. Le vieux lion, desservi par une crise politique et sociale qui a atteint son paroxysme dans ce contexte de crispation politique, freine des quatre fers. Engoncé dans une légitimité contestée, il refuse de sortir par la petite porte…

Le choléra est un mal qui ne trompe jamais sur l’état d’indigence des populations qu’il affecte. Au Zimbabwe on l’a vu prendre, au cours de ces derniers mois, une ampleur qui frise la démesure. Les statistiques parmi les plus fiables sur le pays, rendus publiques par l’Organisation Mondiale de la Santé et Médecins sans frontières, font état de plus de mille morts, ces jours derniers.

Cette flambée épidémique est une des désastreuses conséquences de l’exacerbation de la crise économique, sociale et politique que le pays traverse depuis une huitaine d’années, suite à la  réforme agraire nationaliste orchestrée par le président Robert Mugabe et qui lui vaut son endiguement par l’ancien colonisateur et ses autres alliés occidentaux, dont les Etats-Unis. Depuis le départ massif des fermiers blancs dont les terres confisquées ont été confiées à  des proches du pouvoirs et à des petits paysans noirs sans l’expertise idoine dans la production agricole mécanisée à large échelle, le Zimbabwe qui fut naguère le grenier de l’Afrique australe n’arrive plus à produire de quoi nourrir sa population. Les importantes réserves en devises  amassées aux temps des vaches grasses ayant très rapidement fondu comme neige au soleil, le pays a également toutes les difficultés du monde à s’approvisionner sur le marché extérieur qui lui est quasiment fermé, pas seulement pour les produits alimentaires, mais également pour les intrants agricoles et industriels dont le pétrole.  

A force de faire tourner la planche à billets pour financier de façon on ne peut plus surréaliste une économie de survie, alors que la pénurie est en ce moment la chose la mieux partagée dans une situation de pauvreté quasi générale, les autorités politico-financières ont poussé l’inflation à son paroxysme. Elle était à 150.000% en février dernier. Elle est en train de terminer l’année autour de 230.000.000 % ! reconnaît The Herald, le quotidien gouvernemental. Des analystes estiment que ce taux est sous-estimé, tant tout est rare et inaccessible au plus grand nombre, dans ce pays. La production est au point mort. Les prix alimentaires doublent d’un jour à l’autre précipitant des millions de Zimbabwéens dans la famine avec l’aggravation des pénuries. Le système d’éducation s’est effondré en même temps que celui d’accès aux soins de santé à ce jour impuissant à contenir l’épidémie de choléra.

CRISE SANITAIRE, PENURIES

 ET MARASME ECONOMIQUE

 

L'aggravation de la crise sanitaire, des pénuries alimentaires et du marasme économique, dans un contexte où le dialogue politique est dans l’impasse au Zimbabwe  ajoute de l’eau au moulin des leaders des puissances occidentales pour qui Mugabe est et demeure la seule cause de la descente aux enfers de ce pays qu’il régente depuis 28 ans. Au cours de ces deux  dernières semaines  Georges Bush le président américain sortant, Condoleeza Rice, son secrétaire d’Etat, le Premier ministre britannique Gordon Brown, Nicolas Sarkozy, le chef de l’Etat français ainsi que Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne ont radicalisé la pression occidentale sur le président Mugabe, pour son éviction par toutes les voies possibles, en raison de son « incapacité à sauver son pays du naufrage ».

Il ne fait pas de doute que Robert Mugabe et son camp, le ZANU PF, ont une très large part de responsabilité dans la crise exécrable dans laquelle le Zimbabwe est empêtré. Mais il est tout aussi certain que la situation aurait été bien meilleure si les puissances occidentales ne s’étaient pas liguées dès après sa révolution agraire pour faire rendre gorge à Mugabe, l’acculant jusqu’à ces derniers retranchements de vieux lion blessé et plus que jamais aux abois. Il n’a assurément pas tort de croire et de penser qu’il serait resté dans leurs bonnes grâces s’il avait continué d’être un pion dans leur jeu politique pour le maintien de leurs positions dominantes sur l’échiquier économique et géostratégique zimbabwéen et alentours. Mugabe ne peut pas ne pas voir à travers la pression accentuée des Occidentaux sur son régime et les appels à son éviction  un « complot récurrent » visant à le remplacer par quelqu’un de beaucoup plus malléable et de « politiquement correct », du point de vue de leurs intérêts, quitte à fomenter une invasion armée pour arriver à cette fin.

 

UNE SOLUTION DE RECHANGE PLUS

POLITIQUEMENT CORRECTE…

 

Comme le faisait récemment remarquer Aminata D. Traoré, une ancienne ministre malienne de la culture, « La Grande-Bretagne prendrait une sacrée revanche sur l'histoire et rendrait un immense service aux fermiers blancs qui attendent, si elle parvenait à porter au pouvoir dans son ancienne colonie, un dirigeant de son choix ou tout au moins acquis au libéralisme économique. Au-delà de la Grande-Bretagne, les puissances coloniales et leurs alliés n'ont jamais eu autant besoin de renforcer leur présence en Afrique, l'avancée de la Chine étant une véritable menace pour eux. Ils y arrivent au prix de l'ingérence, de la subversion et de la guerre. C'est dire jusqu'à quel point le fossé est abyssal entre la rhétorique sur la démocratie, les droits de l'homme et les desseins des Etats libéraux d'Europe et d'Amérique sur le Continent noir ».   

Le président Mugabe fait certes dans la paranoïa en présentant l'épidémie de choléra au Zimbabwe comme « une force de guerre biologique et chimique, une attaque génocidaire sur le peuple du Zimbabwe par les Britanniques », « une attaque raciste et planifiée sur le Zimbabwe par l'ancien colonisateur obstiné qui a enrôlé ses alliés américains et de l'Ouest pour qu'ils puissent envahir le pays ». Mais il n’a absolument pas tort de craindre qu’une ingérence des Occidentaux dans les affaires intérieures zimbabwéennes, sous quelque forme que ce soit, ne vise qu’à le débarquer et imposer la solution de rechange qui a leur faveur : Morgan Tsvangirai, le leader du Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC).  

Cette crainte, Mugabe l’exprimait encore, le 15 septembre 2008, après la signature de l’accord jetant les bases d’un partage assez équitable du pouvoir et des portefeuilles ministériels qui s’y rattachent entre le ZANU PF, le MDC et la faction dissidente de ce parti que dirige Arthur Mutambara, suite à la difficile médiation de l’ex-président sud-africain, Thabo Mbeki. Il disait alors que, « pour que ce gouvernement d’unité puisse durer, il faut respecter le principe fondamental qui fait du Zimbabwe un Etat souverain que seul le peuple zimbabwéen doit gouverner. Aucun pays n’a le droit de décider d’un changement de régime chez nous ».

Le processus est certes bloqué, le président Robert Mugabe et le Premier ministre Morgan Tsvangirai n’arrivant toujours pas à s’accorder sur la répartition de certains ministères-clés et la gouvernance des régions. Alors qu’ils s’étaient engagés à la signature de l’accord à taire leurs divergences politiques pour  consacrer leur énergie à l’essentiel, à la reconstruction économique et sociale du Zimbabwe. Mais dans le reste de l’Afrique qui les observe, à Dakar comme dans d’autres capitales, l’on demeure largement convaincu que la seule voie de sortie de crise qui sied au Zimbabwe passe d’abord par un gouvernement d’union nationale qui préparerait une retraite honorable à Mugabe, après des élections libres et démocratiques auxquelles il y a fort peu de chance qu’il participe. C’est l’option privilégiée par l’Afrique du Sud qui s’est nettement démarquée des appels au dépôt de Mugabe. Il en est de même pour les responsables de Human Right Wath ou du Groupe des Anciens constitué par l'ex-secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, Nelson Mandela, son épouse Graça Machel, le président Jimmy Carter, notamment.    

Et l’Union Africaine dans tout cela ? Sans doute impatient de voir la médiation de la SADCC évoluer dans un sens qui lui confère l’essentiel du pouvoir, Morgan Tsvangirai voudrait que le dossier Zimbabwe lui soit transféré. Mais le désaveu des  négociateurs de l’Afrique australe risquerait de semer la division au sein de l’UA et de plomber les acquis engrangés à ce stade de la médiation pilotée par l’Afrique du Sud. L’UA doit soutenir les efforts de la SADCC et non être poussée à se substituer à elle. Il reste évident que l’Union Africaine ne saurait faire mieux la communauté régionale à laquelle appartient le Zimbabwe, cette ligne de front qui a le plus intérêt à ce qu’il sorte de l’impasse. Des tiraillements africains sur la question zimbabwéenne, signe de l’incapacité totale de tout un continent à lui apporter une solution viable, par elle-même, serait la porte ouverte à  une intervention occidentale musclée. A un nouveau risque d’embrasement et de guerre civile  à l’irakienne dont le continent se passerait bien…



Article ajouté le 2008-12-23 , consulté 21 fois

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