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MODERNISATION -PAIEMENTS - UEMOA

L'Uemoa à petits pas sur les sentiers de la monétique bancaire

 

PAR AMADOU FALL

 

A différence de ce qui se passe dans les pays industrialisés, le billet de banque demeure le moyen de paiement roi dans ceux de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine. Sur toutes les places commerciales de la communauté, des marchés traditionnels aux plus modernes, les transactions se font quasiment en monnaies sonnantes et trébuchantes. Au-delà des risques sanitaires inhérents à la manipulation intensive des billets de banque dans des conditions souvent déplorables, la prédominance de la monnaie fiduciaire dans le commerce local et intracommunautaire pose un sérieux problème de sécurité, de fluidité des paiements, de densification des échanges et d'efficience économique.

 

C'est au regard de ces contraintes majeures que les autorités monétaires de l'Union s'activent à accélérer le processus de modernisation et d'intégration des moyens de paiement dans les huit pays membres. Le système de carte interbancaire sous-régional impulsé en 2004 la BCEAO est devenu opérationnel depuis le 12 juin 2007, sous la gestion du Groupement Interbancaire Monétique de l'Union Économique et Monétaire Ouest Africaine. Composé de 86 établissements bancaires et financiers dont 22 banques du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire et du Sénégal effectivement connectées, le GIM-UEMOA est en mesure de mettre à la disposition de la clientèle régionale une carte répondant aux standards internationaux et utilisable dans tous les guichets automatiques des banques et terminaux électroniques mis en réseau, pour un coût modique d'au plus 2 euros.

L'objectif, à terme, est de faire de la carte GIM-UEMOA le premier outil de retrait bancaire et de paiement d'achats chez tous les commerçants établis dans l'espace sous-régional, lequel se transformerait alors en une zone de paiement unique. Avec la possibilité de s'adosser aux réseaux internationaux les plus cotés tels MasterCard, Visa ou American Express, pour offrir à ses détenteurs l'opportunité de faire les mêmes opérations dans le reste du monde, comme l'indiquait, récemment à Dakar, M. Pape Mbaye Dièye, le directeur général du Centre de traitement monétique interbancaire de l'UEMOA (CTMI-UEMOA), la branche technique du GIM-UEMOA.

En attendant, l'on en est à un stade plutôt expérimental. Les seules cartes réellement utilisées dans la zone sont celles des partenaires internationaux des banques locales susmentionnés. Les transactions qu'elles permettent, au niveau régional et international, restent d'autant plus onéreuses qu'elles sont traitées aux Etats-Unis ou dans les pays européens. Leur coût tourne autour de 6 euros l'unité. A ce prix, nombreux sont parmi les clients des banques locales qui préfèrent recourir au cash plutôt que de faire confiance à la carte, surtout que, dans l'état actuel des choses, son usage n'est pas exempt de désagréments : commerçants non équipés de terminaux électroniques de paiement, guichets automatiques de banques éloignés, en panne, en rupture de billets ou inutilisables faute d'électricité. De toute évidence, l'Union gagnerait largement au change avec une carte GIM-UEMOA fiable et dans des conditions d'utilisation optimales.

Mais l'entrée dans les mœurs, de la carte bancaire et également d'autres moyens de paiement scripturaux, comme le chèque, en contrepoids à la circulation fiduciaire dominante, n'est possible que dans le cadre d'une bancarisation plus soutenue de l'économie sous-régionale et de l'application effective de la réglementation existant en matière de paiement.

Le taux de bancarisation est très faible. A peine 5% des ressortissants de l'Union ont accès aux services bancaires, contre généralement plus de 90% dans les pays industrialisés. Certes, le paysage bancaire sous-régional est en train de s'étoffer depuis quelques années, avec l'émergence de banques régionales et l'ouverture d'agences nouvelles par celles qui étaient déjà sur le marché. Mais le problème reste entier, car l'élargissement du système qui est plutôt urbaine, épouse des contours bien plus géographiques que démographiques.

Les banques doivent s'ouvrir davantage aux populations en leur offrant des produits plus en adéquations avec leurs capacités et besoins, comme dans l'exemple de l'Afrique du Sud. Au sortir de l'apartheid, la tendance à l'exclusion de la majorité noire du système financier bancaire a pu y être renversée assez rapidement par les pouvoirs publics. Ils ont amené les établissements à multiplier leurs points d'accès (banques mobiles, e-banque, GAB, etc.) sur toute l'étendue du territoire, mais surtout à permettre aux populations les moins favorisées de bénéficier de comptes sans frais dénommés « mzansi ». A ce jour, le taux de bancarisation sud-africain est passé au-dessus du seuil des 50%.

Le cadre légal qui sous-tend la modernisation des systèmes de paiement au sein de l'UEMOA est de nature à favoriser la bancarisation des populations, en restreignant l'usage abusif de la monnaie fiduciaire et favorisant inversement les moyens modernes de paiement et l'interbancarité monétique. Ces dispositions sont : le droit de tout citoyen ou personne morale pouvant justifier d'un revenu régulier supérieur ou égal à 50.000 FCFA d'ouvrir un compte bancaire ; l'obligation pour tout commerçant d'en disposer également ; l'obligation de régler et d'accepter de percevoir tout paiement, salaire, indemnité, impôt et taxe dont le montant est supérieur à 100.000 FCFA, par un moyen scriptural : chèque, virement, carte bancaire.

Les pouvoirs publics donnant l'exemple en premier, si ces mesures, édictées depuis le 19 septembre 2002, étaient appliquées dans le cadre d'un usage encore plus sécurisé des moyens modernes de paiement, afin que les populations leur fassent réellement confiance, il ne fait pas de doute des progrès significatifs pourraient être réalisés dans le processus de bancarisation des populations et de développement de la monétique bancaire. Pour l'instant, il fait de tout petits pas…



Article ajouté le 2009-02-24 , consulté 46 fois

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