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Obama-Amérique-Afrique

Obama, entre l’Amérique et l’Afrique

Par Amadou FALL

 

Elu sur la promesse des formidables changements qu’il a la certitude de pouvoir réussir avec et pour le peuple américain, Barack Obama baigne encore dans l’euphorie et le climat de large confiance qui l’entoure depuis cette mémorable campagne électorale qui a balisé sa route vers la Maison blanche. C’est dans le même tempo qu’il a bataillé ferme pour que le parlement accrédite le gigantesque plan de relance de 787 milliards de dollars qu’il entend résolument mettre en œuvre afin de sortir l’économie et la société américaine de l’ornière.

 

 

Son assurance est restée égale, sinon plus forte encore, quand, mardi dernier, il prononçait son premier discours devant le Sénat : « ce soir je veux que tous les Américains sachent ceci : nous allons reconstruire, nous allons nous rétablir, et les Etats-Unis d'Amérique en sortiront plus forts qu'auparavant ».

Mais l’œuvre est à l’image colossale des travaux d’Hercule. Obama est plus que convaincu de l’immensité d’une tâche qui n’en est qu’à ses tout-débuts, de l’ampleur de tout que lui et administration doivent faire pour : « créer des emplois en faveur d’Américains qui se débattent face aux licenciements ; soulager des foyers inquiets de ne pas pouvoir payer le loyer du mois prochain ; replacer notre économie sur des fondations plus solides et lui ouvrir la voie à la croissance et à la prospérité à long terme. » Ces défis sont  d’autant plus difficiles à relever que l’économie américaine est fortement récessive, en réalité depuis 2007, dans une tendance qui a atteint son paroxysme quand la crise bancaire et financière née dans ses entrailles ultralibérales a placé la planète dans une nouvelle tourmente.

Bill Clinton avait laissé à George W. Bush un budget fédéral largement excédentaire.  Barack Obama a hérité de son dispendieux prédécesseur, pour faits de guerres, erreurs de gestion, prodigalités fiscales au bénéfice des plus nantis, un déficit record qui pourrait dépasser les 1.500 milliards de dollars, cette année. La croissance du PIB américain est tombée de 2% en 2007 à 1,3% en 2008. C'est son taux le plus faible depuis les 0,8% de 2001. Le chômage -perte d’emplois - frappe 7,6% de la population active. La baisse de la consommation intérieure consécutive à  la rudesse du choc de la crise sur les ménages et les entreprises a fait perdre aux USA 2,47 points à la croissance. Le recul des dépenses d'investissement lui en a ôté 3,12. Tandis que la contribution du commerce extérieur à été quasiment nulle du fait de la chute des exportations.

Ce recul général de l'activité annonce des temps encore plus difficiles pour une économie qui reste, malgré tout, la première du monde. Economiste et financier parmi les plus réputés et perspicaces, et de surcroît nouvellement promu président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke ne voit pas la santé l’économie américaine connaître un début d’amélioration avant 2010. Son déclin est en effet si grave qu’il lui faudra beaucoup de temps pour rebondir. Raison de plus pour faire de son redressement la priorité de toutes les priorités, comme le soutient Obama.

Pour arriver à ses fins, le premier président noir des Etats-Unis d’Amérique devra bien faire attention à là où il met les pieds. Une chose est certaine, les Républicains, derrière leurs faux-semblants, ne lui feront absolument pas de cadeau. Ils ont d’emblée annoncé la couleur lors de l’examen parlementaire de son programme de relance. Seuls trois sénateurs républicains l’ont soutenu et pas un seul représentant du même bord ! Heureusement que les Démocrates sont majoritaires dans les deux chambres… Mais rien n’y fait, les recettes d’Obama sont loin de faire consensus.

Pour recentrer les priorités sur la relance de l’économie américaine, le nouveau locataire de la Maison blanche devra faire la paix avec le reste du monde en « tendant la main à ceux qui acceptent de desserrer le poing », comme il le dit, et donc rompre avec les interventions et guerres onéreuses à travers le monde, dont l’occupation de l’Irak et même de l’Afghanistan. Il devra mettre un terme à cette propension qui a explosé sous Bush, consistant à s’endetter pour engloutir des milliards et des milliards de dollars, chaque année, en guerre et en préparation à la guerre, comme si les Etats-Unis étaient assiégés par un monde d’ennemis extérieurs. A dire vrai, les seuls qui tirent profit de cette rage belliqueuse, ce sont les industriels de l’armement, les marchands de canons et  leurs divers autres prébendiers. Il faut, bien entendu, mettre dans le lot les compagnies pétrolières dont les troupes américaines d’intervention extérieure constituent leurs bras armés. Leurs puissants lobbies ne se priveront pas de mettre de très gros bâtons dans les roues d’Obama. 

Mais, même le choix de  certains membres de l’équipe économique qui l’entoure pour la mise en œuvre de son New Deal laisse quelque peu sceptique. Il en est ainsi de Robert Rubin, un de ses principaux conseillers, de Lawrence Summers  promu directeur du Conseil économique national de la Maison-Blanche ou de Timothy Geithner nommé Secrétaire d’Etat au Trésor. Quand Bill Clinton était aux affaires, ils étaient aux avant-postes des dérégulations qui, dans l’enthousiasme de la mondialisation amorcée dans les années quatre-vingt et dix, ont semé les prémices plus ou moins lointaines de la crise actuelle. Obama peut-il « re-réguler » avec ces mêmes personnes ? Leur fâcheuse expérience pourrait, à tout le moins, l’édifier sur ce qu’il ne faut surtout pas faire…

Et l’Afrique dans tout cela ? Barack Obama est noir. Il nourrit de très bons sentiments envers le continent de ses ancêtres kenyans. Mais entre l’Afrique et l’Amérique, sa raison ne balance point. Les Africains sont d’ailleurs nombreux à savoir à quoi s’en tenir. Ils n’espèrent immédiatement  pas grand-chose de leur solidarité ethnique avec Obama qui est d’abord et avant tout américain, mandaté par son peuple pour s’occuper en priorité de ses intérêts. Ils auront tout au plus droit à la poursuite des aides humanitaires notamment dans le domaine de la santé publique et des facilités de l’AGOA qui ne profite toujours qu’aux pays exportateurs de pétrole. Et encore…

Obama entend certes limiter la dépendance des Etats-Unis envers le pétrole importé qui se raréfie et coûte plus cher, en promouvant les énergies renouvelables et le nucléaire. Mais l’on voit mal l’Amérique, avec lui, baisser la garde face à la montée en puissance des pays comme la Chine, l’Inde et  la Russie, leur laisser la main libre sur les ressources pétrolières africaines. A cet égard, l’administration Obama ne s’écartera pas trop de la Realpolitik en vigueur sous Bush et ses devanciers qui est que les Etats-Unis font tout pour se servir des richesses du monde avant les autres et plus qu’eux, dans cette course effrénée à la puissance. Quitte à faire tomber des gouvernements réfractaires et propulser de plus commodes et malléables. Sous ce rapport, El Bechir et les richesses pétrolières du Soudan restent dans le collimateur ; tandis que le Zimbabwe, avec l’aval de son gouvernement d’union nationale, a des chances de voir son endiguement sauter et d’être soutenu dans sa transition politique de sortie de crise.

 



Article ajouté le 2009-03-03 , consulté 47 fois

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