BRVM - CRISE FINANCIERE
Ebranlée par la crise financière, la bourse d'Abidjan résiste
PAR AMADOU FALL
Le marché financier de l'Union économique et monétaire ouest africaine est entrée dans sa dixième année d'existence en recul de 10 %, selon le bilan récemment rendu public. Le montant global des valeurs capitalisées à la Bourse régionale des valeurs mobilières est en effet tombé de 3.726 milliards de francs CFA en 2007 à 3.381 milliards au 31décembre 2008. Cette régression également mesurable à travers le BRVM 10 et le BRVM composite qui ont respectivement terminé l'année à 192,08 points (-11,46%) et à 178,17 points (-10,01%) est significative de l'impact que la crise financière mondiale a fini par avoir sur ce marché.
Du fait de sa déconnexion relative des autres grande places boursières du monde, la BRVM avait été considérée, au moment de l'éclatement de la crise, comme sans risque d'être contaminé par la crevaison des bulles spéculatives gonflées à outrance autour de produits complexes et surtout des « valeurs toxiques » qui empoisonnent les marchés du occidentaux et asiatiques. D'autant que le marché financier naissant de l'UEMOA qui a une vocation plutôt tournée vers le financement du développement, de l'économie réelle, est un marché d'investissement et non de spéculation.
Mais la BRVM pouvait d'autant moins être totalement à l'abri de chocs exogènes que la quarantaine de sociétés qui y sont cotées sont des filiales ou d'anciennes filiales d'entreprises françaises ou de multinationales, si elles ne sont pas en partenariat stratégique avec elles. Touchés par la crise financière et la raréfaction des liquidités qui s'en est suivie, certains parmi ces investisseurs ont reconsidéré leurs stratégies de placements. Ils se sont notamment tournés vers la bourse d'Abidjan pour trouver une partie de l'argent frais que leurs portefeuilles en déliquescence sur les grands marchés du monde ne pouvaient plus leur procurer.
Ces conglomérats financiers s'y sont départis de titres ouest-africains parmi les plus cotés, dans une notable proportion, au cours du dernier semestre 2008. C'est ainsi que, durant cette période de surchauffe où l'activité boursière sur la place d'Abidjan a augmenté de plus de 25%, les actifs en question ont lourdement chuté. Il s'agit principalement de : SONATEL SN (-25,71%), SAPH CI (-17.46%), TOTAL CI (-17.16%) et BICI CI (-16.67%), SOLIBRA CI (-22,30%), FILTISAC CI (-32,71%), SIVOA CI (-33%), NEI CI (-16,49%) et SICABLE CI (-12,5%).
En somme, c'est l'ensemble des secteurs du marché – « Services publics », « Distributions », « Agriculture », « Finances » et « Industries » qui est affecté, mais à des degrés variables. Si celui des « services publics » l'a été plus que les autres, c'est principalement parce que le titre phare de la BRVM qu'il a en son sein, l'action SONATEL, a accusé une moins-value d'autant plus importante qu'elle cristallise le plus d'intérêts extérieurs et que son prix est le plus élevé de tous. Cette valeur qui donne une bonne mesure de la vitalité des télécommunications sénégalaises avait atteint sont plus haut en 2008 à 199.800 FCFA a dégringolé jusqu'à 99.500 FCFA, avant de remonter pour se stabiliser à 130.000 FCFA vers la fin de l'année. Dans le secteur « Industries », l'importante moins-value constatée s'explique pour des raisons analogues, avec la lourde perte accusée par l'action de la brasserie SOLIBRA qui cédé près du tiers de sa valeur à 265.940 FCFA.
Ainsi ébranlé par l'onde de choc de la crise financière mondiale, le marché financier de l'UEMOA n'en reste pas moins solide sur ses assises. Il résiste. En fait, les cours de la plupart des valeurs cotées à la BRVM sont restés stables s'ils n'ont pas très fortement progressé, comme c'est le cas dans le secteur de la « Distribution » qui a connu une croissance d'ensemble de 23%. La palme est ici remportée par SDA CI, anciennement Peyrissac, en hausse de 120,58% à 120.250 FCFA, suivi par CFAO CI (+58,69%) à 31.500 FCFA et SHELL CI (+55,26%) à 29.500 FCFA. Dans l'«Industrie », de belles performances sont à l'actif d'UNILEVER (huilerie) avec + 89.92% à 73.500 FCFA et d'UNIWAX (textile) avec + 118.18% à 24.000 FCFA et SITAB CI (tabac) avec 24,7%, à 62.350 FCFA.
Le secteur « Agriculture » garde un certain tonus, malgré la régression de SAPH CI (plantations d'hévéa), du fait de la chute du cours mondial de caoutchouc consécutive à la résorption du marché de l'automobile. PH CI (Plantations et huileries) a progressé de 30,51% à 11.000 FCFA et SICOR CI (coco râpé) de 24,53% à 6.600 FCFA. Dans les « Transports » SDV-SAGA CI et SIVOM CI ont produit des plus values respectives de 19,24%, à 56.640 FCFA et 10% à 6.600 CFA. Dans le secteur « Finances », le dynamisme est également resté de mise avec SGB CI (banque) qui gagne 23,19% à 34.000 FCFA et SAFCA CI (crédit automobile) en hausse de 50,07% à 37.555 FCFA.
C'est également grâce aux « Finances » que la BRVM a été plus dynamique qu'en 2007, en termes de volume d'échanges. En effet, sur 33,35 millions d'actions transigées contre 9,79 millions l'année précédente, 30,68 millions relèvent de ce secteur, soit 92,01% des transactions annuelles du marché. Cette augmentation exponentielle est le fait essentiel de l'offre publique de vente de l'action ETIT (ECOBANK). Elle a transigé dans le cadre de la bourse régionale pour un volume annuel de 30,42 millions titres, soit 91,22% des transactions du marché en 2008. La faiblesse du cours de mise en vente de l'action ETIT qui était de 132 FCFA en moyenne explique sa grande attractivité, mais également la faiblesse relative des montants collectés dans le cadre de la BRVM : 8,2 milliards de FCFA, soit 6,2% des transactions annuelles sur ce marché qui se montent à 137,34 milliards de FCFA.
L'action ETIT qui a terminé l'année en baisse à 95 FCFA affiche tout de même un rendement moyen annuel de 6,41%. On notera d'ailleurs, comme autre signe de vitalité, que la plupart des valeurs mobilières de la BRVM, même celles dont la cote a fléchi, affichent des taux de rentabilité honorables. Il en est ainsi de SGB CI (7,9%), de la BICI CI (7,67%), de SAFCA CI (7,27%) de SAPH CI (7,69%,) de SONATEL SN (5,95%), de SHELL CI (12,77%), d'UNILEVER CI (10,77%) ou encore SITAB CI (9,75%). De surcroît, que leur cote à la bourse soit à la baisse ou non, presque toutes les entreprises concernées ont continué de distribuer des dividendes à leurs actionnaires, pour les rassurer, maintenir et au mieux renforcer le flux des investissements extérieurs vers le marché financier régional.
Cette perspective reste toutefois problématique pour 2009 et 2010, avec les risques de persistance et d'aggravation de la crise financière et de la récession mondiale. Si les cours des produits de base demeurent à la baisse, les entreprises cotées à la BRVM qui, majoritairement, évoluent dans le domaine de leur transformation et exportation réaliseront des moins-values qui pourraient négativement impacter la vitalité de la bourse régionale. Cette éventualité pourrait toutefois être contrebalancée par la mobilisation de ressources financière que les banques de la sous-région devront opérer pour être en phase avec l'obligation qui leur faite de relever le niveau de leur capital social. Et par l'introduction annoncée de nouvelles entreprises à la cote de la BRVM qui tarde à s'élargir au-delà des valeurs ivoiriennes originelles, de la SONATEL, d'ONATEL, d'ECOBANK et de la BOA. Les chefs d'entreprises privées sont interpellés. Mais aussi les Etats qui tardent à respecter leur engagement à faire venir des entreprises publiques en bourse, à la faveur des privatisations.

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