Echos des tropiques

Annonces




DES SENEGALAIS EN AFRIQUE DU SUD (2)

 

 

 

La galère au quotidien

 

PAR AMADOU FALL

                                                                                                                                             

                                                                       OCTOBRE 1998

 

Partout où ils peuvent se retrouver  dans le monde,  les hommes et les femmes de la diaspora sénégalaise cherchent toujours à  redessiner autour d'eux les contours de leurs pays  d'origine,  et à perpétuer les us  et pratiques solidaires caractéristiques à  leur  groupe social ou religieux spécifique. Les quelque 18.000 bouts de bois de Dieu qui  constituent la communauté sénégalaise d'Afrique du sud ne dérogent point à cette sacro-sainte règle.  Dans le sillage des pionniers  qui on préparé le terrain  au début des années quatre vingt-dix,  elle a, un  peu partout dans ce pays, à Johannesbourg, la capitale économique, à Pretoria la capitale administrative,  à Cap Town, Umtata, East London, Bloomfountain, Welcome,  Springs etc,  recréé de  "Petits Sénégal", tout au moins  au plan du regroupement humain. Avec bien évidemment une plus forte concentration à Johannesbourg,  porte d'entrée aéroportuaire de l'Afrique du sud, et point de chute des premiers arrivants.

Aux tout débuts,  nos compatriotes qui débarquaient à Johannesbourg n'avaient qu'une seule adresse en main : les Witberg appartments,  sis au 35  de Olivia Road,  dans le quartier de Bereya. C'est cet immeuble à plusieurs niveaux qui  fut le premier "hôtel" des Sénégalais, sans distinction d'origine régionale.  Mais, au fil du  temps, la concentration  humaine y fut si forte, avec près de quinze personnes par studio contre cinq au départ,  que le propriétaire de l'immeuble fut obligé  de demander à ceux qui étaient de trop de vider les lieux, d'aller chercher où se loger ailleurs dans la grande ville. C'est ainsi que le "Petit Sénégal" de Bereya,  dut éclater et se recomposer dans différents autres "hôtels" de Jo'bourg,   suivant les  régions traditionnelles et appartenance confrérique des uns et des autres, se souviennent les plus anciens.

            

 "MODOU

BOU DJIGUENE"

 

Beaucoup de Saloum Saloum vivent depuis lors dans un hôtel qui porte, par déformation typiquement sénégalaise, le nom du premier Sénégalais à y avoir été locataire : Baye Galaye. L'hôtel s'appelle en fait Pads Hotel. Les Diambour Ndiambour sont à Park Line Hotel. Il y a également des Baol Baol. Des  Cayoriens y ont également leurs quartiers.  L'appartenance confrérique influe également sur les regroupements.

En général, ce sont ceux qui habitent le même village ou le même quartier qui se retrouvent sous le même toit, dans le même appartement à  dix ou douze, sous la férule d'une personne plus âgée ou qui est la plus ancienne à Johannesbourg. La plupart des Sénégalais d'Afrique du Sud sont venus y rejoindre des  parents ou des  amis qui les ont convaincus des opportunités qu'il y a dans ce pays, et des facilités  d'hébergement  et de travail qu'ils peuvent leur y offrir  à leur arrivée. Les "Ndiatiguis" peuvent aussi avoir succombé à la pression d'amis ou de parents restés au pays, et qui voudraient bien voir leurs enfants "réussir, eux aussi, dans l'Eldorado sud africain",  précise sarcastiquement Awa Yacine  Guèye, une "Modou bou Djigène", une battante qui  travaille à Jo'bourg, au coude à coude avec son mari .

Mais dans tous les cas, les nouveaux venus  trouveront toujours un pied à terre, et quelqu'un pour  leur mettre un pied dans l'étrier des affaires, en  attendant qu'ils puissent voler de leur propres ailes. Et quelle que soit l'étroitesse du lieu d'hébergement,  où les difficultés de l'heure. La solidarité et l'entraide ne sont pas de vains mots  au sein de la diaspora sénégalaise  d'Afrique du Sud.

Les Sénégalais de Johannesbourg sont très jeunes. La plupart ont entre 18 et 20 ans. Ils sont essentiellement dans le commerce de détail, sur les trottoirs de Johannesbourg et également dans les flee markets, ces sortes de "louma" du week end, comme il en exite à Rosebank,  à Theater market sur Brewstreet. Ils y vendent des sacs, des ceintures, des chaussures, et autres babioles.  Une bonne partie de leurs marchandises proviennent d'Italie. Ce sont des compatriotes basés en Italie qui les font entrer en Afrique du  Sud.  Il leur est également possible de se ravitailler auprès des Indiens, Coréens et Chinois qui sont sur place. Eux importent  leurs marchandises d'Asie du Sud Est.

 

CUISINE

SENEGALAISE

 

Mais les affaires sénégalaises ne sont pas aussi florissantes qu'elles ont pu l'être, dans le temps. Mbaye Guèye regrette amèrement d'avoir quitté Abidjan  et d'être venu à Johannesbourg pour faire du commerce : "Les Noirs sud africains achètent rarement chez nous. Ils préfèrent les magasins. Ils ne comprennent pas que nous puissions nous débrouiller mieux qu'eux dans leur propre pays. Il y en a qui nous jalousent". La clientèle blanche, inquiète des risques de la rue, est tout aussi rare. Ensuite,  les rues de Johannesbourg sont saturées de petits commerçants Sénégalais. Selon Cheikh Dieng "avant, quand il n'y avait pas trop de Sénégalais dans le pays,  on n'en comptait pas plus de  dix par rue commerçante. Mais depuis 1997, là où vous trouviez 10 Sénégalais, c'est maintenant une trentaine qui se disputent la place. Résultat : avec cette très forte concurrence entre Sénégalais, leur commerce est de moins en moins rentable. Les uns et les autres reviennent chez eux, le soir, avec souvent moins de 50 Rands (6.000 CFA) de vente en tout et pour tout, pour des marchandises qui leur sont revenues, à l'achat à 4.000 FCFA". Il ne s'en dégage qu'un modeste bénéfice journalier de  2.000 FCFA,  soit au plus  60.000 FCFA le mois.

Difficile de vivre avec un  tel revenu dans une ville aussi chère que Johannesbourg. Nos jeunes compatriotes  qui se regroupent pour louer un appartement,  au bas mot à  250.000 francs CFA., doivent  débourser  chacun  environ  25.000 francs.  Loin d'eux l'idée d'aller  au restaurant.  Sauf peut être chez trois de nos compatriotes  qui cuisinent sénégalais  et qui  vendent à domicile où  sur les lieux où les jeunes Sénégalais font leur commerce. Ce sont Awa Yacine Guèye à l'hôtel Bereya,  Aïda Sow  à Guildberg Hotel ,et  Awa Cheikh Niang.

Leurs plats sont invariablement à  10 Rands,  environ 1.250 FCFA pièce.  C'est  un luxe que de s'abonner à leur cuisine, à  la cuisine sénégalaise : près de 40.000 francs CFA par mois pour un seul repas par jour !  En général,  les gars qui vivent dans le même appartement  s'organisent pour se faire eux-mêmes à manger.

Aux 25.000 du loyer individuel viendront ainsi donc s'ajouter quelque 15.000 francs pour la popote.  Sur un revenu net de pas plus de 60.000 francs, il  ne restera pas grand chose pour faire face à des besoins ponctuels, répondre aux sollicitations financières des parents restés au pays,  mettre  quelque argent de côté en vue du retour au bercail.

                                                                       

CHOMAGE

EXCESSIF

 

La chute du rand aggrave les choses. "Il y a moins de six mois, 400 rands s'échangeaient  contre l'équivalent de 500 FF ( 50.000 FCA).  Le Rand a réagi aux changements  intervenus à la  tête du ministère des finances, et du gouvernorat de la Banque centrale,  par une dégringolade sans précédent.  En ce moment il faut  donner 500 Rands pour obtenir  500 FF. Le peu d'argent que nous détenons et que nous voulons envoyer au pays s'effrite ainsi  sans que l'on ne sache quoi faire" se plaignent  Cheikh Dieng et les autres.

Leur commerce est d'autant plus aléatoire qu'ils sont souvent victimes d'agressions physiques,   de vols de marchandises  dans les rues, et même  dans  des dépôts fermés à clef et ... bien gardés.  Ndjine Diend  s'offusque de l'explication qui  est presque à chaque fois donnée : "c'est sans doute le gardien qui était là avant qui est coupable. Et les plaintes déposées auprès de la police sont vaines. Quand les accusés sont des gens du pays, ils seront très vite innocentés, car vous n'aurez aucune preuve absolue contre eux. Il faut les avoir pris la main dans le sac. Et encore, si c'est le cas, il sont libérés peu de temps après". Beaucoup de Sénégalais ont ainsi perdu tout leur bien, sans aucune autre forme de procès.

Travailler en entreprise ?  Il faut avouer que  les jeunes Baol Baol, Saloum Saloum, et  autres Cayoriens de la diaspora  ne sont véritablement dans  leur élément que s'ils évoluent dans le commerce. Ensuite il leur est   pratiquement impossible de se faire embaucher  par une société sud africaine. L'Afrique du Sud  a  certes l'économie la plus dynamique et prospère du continent,  mais son offre d'emplois  est parcimonieuse. 

Le chômage  touche  excessivement  la majorité noire. Fraîchement libérée du joug de l'apartheid, elle exige du gouvernement Mandela la priorité à l'embauche.  Intransigeants dans leur requête,  les autochtones sont nombreux à considérer  les immigrés comme  des spoliateurs,  des gens venus   leur ôter le pain de la bouche,  et contre  qui  il faut répondre par la violence. 

Les ouvriers qui arrivent du Sénégal  finissent pas savoir à quoi s'en tenir. Ils se tournent généralement vers le petit commerce, plutôt que de se hasarder à chercher un  boulot salarié.  On retrouve cependant des Sénégalais dans les quelques rares  ateliers de réparation automobile et de menuiserie métallique ouverts  par les premiers Sénégalais  à  s'être établis à Jo'bourg, à leur compte personnel.  Un Libano-sénégalais qui a ouvert à Jo'bourg  une fabrique de mèches à tresser en a  également embauché cinq  qui,  après leur formation en Corée, sont revenus pour superviser la confection de ses produits. Mais eux non plus n'échappent pas à la galère...

 

Le train de  la haine

Les  Sénégalais de Johannesbourg sont encore sous le choc. Trois d'entre eux ont été sauvagement agressés et assassinés le jeudi 4 septembre dernier, dans un train de voyageurs. Un des quotidien de la place, le "Star" en l'occurrence, a relaté cet odieux  événement à sa "une", mais en se trompant sur la nationalité  de l'une des victimes de ce massacre qu'il a fait passer pour un Mozambicain. 

En fait, ils étaient quatre jeunes Sénégalais à avoir quitté Johannesbourg, la veille du drame, pour aller à Pretoria  vendre leur camelote,  des montres , chaussures, ceintures et autres colifichets. Sur leur chemin du retour,  à environ un kilomètre de  la gare de Lyttelton, à la sortie de Pretoria,  des  travailleurs de l'industrie automobile  au chômage  qui revenaient d'une manif'  dans la capitale administrative de l'Afrique du Sud,  s'en prirent à eux pour décharger leur colère. Ils  se mirent à les bousculer et à les frapper sauvagement à coups de matraques et de barres de fer.

Les accusations de ces chômeurs en furie :  "c'est vous qui prenez notre travail. Depuis que vous êtes là, c'est vous qu'on embauche dans les entreprises à notre place. C'est à cause de vous que les Blancs ne nous donnent plus du travail.  Vous êtes la cause de tous nos problèmes. Nous vous haïssons".  Le groupe appartient à une  à une organisation qui porte le nom de "Unemployed Masses of  South Africa",   dont 32.000 chômeurs seraient membres.

Des quatre jeunes gens  pris  dans l'étau du train de la haine, un seul réussira à s'échapper,  mais avec de sérieuses blessures, en passant par la fenêtre du wagon dans lequel ils se trouvaient. L'un d'entre eux  a été  propulsé au dehors, par la même voie, par ses agresseurs. Mais au même moment passait, en sens inverse, un autre train. Ecrasé, il est mort sur le coup. Les deux autres, pris de panique, ont cherché à fuir par le toit du train. C'était un train électrique. Ils sont morts électrocutés.

 

COUPEURS

DE ROUTE

 

Les corps des trois Sénégalais ainsi bêtement tués ont été récemment rapatriés par la Communauté, avec quelqu'un d'autre abattus dans une fusillade. Dans la rue,  nos compatriotes  sont souvent victimes de coupeurs de route qui les interpellent  en  zoulou pour d'abord vérifier qu'ils ne sont pas du pays, pour ensuite les dépouiller  de leurs marchandises et argent,  et les occire à la moindre résistance. Moustapha Guèye, un jeune originaire de Darou Mousti, a été retrouvé, le lendemain de la  dernière fête de la Tabaski,  la tête baignant dans le sang, froidement abattu au bas de l'escalier de l'immeuble qu'il allait emprunter pour rejoindre un de ses compatriotes.   La même histoire est arrivée à  bien des Sénégalais et étrangers en Afrique du  Sud, et bien entendu à des autochtones.  Ces faits se passent, même en plein jour, sans que personne n'intervienne. Sauf si la police tombe dessus, par hasard. Et encore...

Ce n'est pas seulement dans les trains et dans les rues que nos compatriotes sont agressés.  Ils le sont même à demeure.  Awa Yacine Guèye témoigne : ". Les lois ne sont pas respectées dans ce pays. Les bandits  agressent les étrangers dans la rue et jusque chez eux, pour les dépouiller de leurs biens.  Certains policiers véreux font de même, sous prétexte d'être à la recherche de trafiquants de drogue. Ils prennent tout ce qu'ils trouvent chez vous, argent, habit tout. Il n' y a pas longtemps nous avons été agressé de la sorte dans notre appartement".

 

 SENEGALAIS

 COMPLICES

 

L'accusation revient régulièrement dans les entretiens : il y a des Sénégalais qui collaborent avec les bandits, et les policiers "ripoux". Ce sont  eux qui leur indiquent les cibles,  leur apprennent les rudiments woloff dont ils se servent pour se faire ouvrir, en se présentant à la porte d'un appartement  sous des noms sénégalais d'emprunt. Quand ils frappent à votre et que vous leur demander de décliner leur identité, ils vous répondent  "Mane la Cheikh" ou "Mane la Abdoulaye". Si vous tombez dans le panneau, bonjour les dégâts .

Les incursions des bandits et des policiers de la même graine font des ravages.  Fuyant  leur incurie et pour sauver son argent,  un Sénégalais  a trouvé la mort en sautant de la fenêtre de son appartement sis au troisième étage de l'hôtel Baye Galaye.  Selon d'autres témoignages, un "Serigne Tariakh" a été précipité du douzième étage d'un immeuble par des Zoulous.  Une jeune Guinéenne séquestrée par des bandits n'a été rendue à son mari que quinze jours après. Personne n'a fait de commentaire...

 C'est les larmes aux yeux que Moussa Niang raconte sa mésaventure de l'autre jour : Lui et sont frère revenaient, en voiture,  d'une longue journée de labeur, pour remiser dans leur appartement les marchandises qui leur restait, en attendant de retourner, le lendemain dimanche, au flee market.  Des policiers  les ont suivis, jusqu' au  parking de leur hôtel,  pour leur demander  les papiers de la voiture puis les leurs. Ces documents étant en règle, les policiers se rabattirent sur les marchandises pour en réclamer les factures. Aux dires de Moussa, corroborés par d'autres témoignages, les grossistes asiatiques chez qui ils se s'approvisionnent ne leur en délivrent pratiquement pas. N'ayant pas en poche les 600 Rands (environ 60.000 francs) que les policiers leur  ont demandés pour fermer les yeux, ils se virent accusés de vol.  Leurs marchandises sont saisies, ils sont manu militari emmenés  au commissariat central de Hillbrow où ils passent deux jours en garde à vue, puis à la prison centrale de Sun City pour cinq jours.

Moussa et son frère sont en liberté provisoire depuis une quinzaine de jours, après que Cheikh Dieng  est venu payer leur  "bail", une caution fixée à 800 Rands (80.000 francs CFA). C'est le 13 octobre dernier que leur affaire devait passer devant justice.  Ils risquent une nouvelle amende de 800 rands, et probablement la perte d'une bonne partie de leur marchandises dans les méandres de la police locale,  même s'ils arrivent à  se faire délivrer les factures demandées.

La police justifie souvent ses incursions par les besoins de la lutte contre le trafic de la drogue. Mais il est reconnu que les  Sénégalais d'Afrique du Sud ne sont pas dans ce commerce. Les autorités sud africaines,  et les policiers honnêtes le reconnaissent, et ont eu à faire des témoignages élogieux à leur endroit. "Les Sénégalais ne s'occupent que de leur travail, de leur petit commerce. Ils ne vendent pas de drogue, ne volent pas, et n'agressent pas les gens non plus".   Un journal local a même fait un reportage sur eux, pour surtout montrer aux Noirs sud africains qui se marginalisent qu'ils  devraient  s'inspirer de l'esprit d'initiative, du sens des affaires, et de l'abnégation au travail des Jeunes Sénégalais qui vivent parmi eux.

Awa Yacine Guèye  la "Modou bou djiguène" pense que les changements de mentalité et d'attitudes  seront impulsés par les femmes. Selon elle, "les femmes sud africaines sont  plus tolérantes.  Quand je m'habille comme elles,  en pantalon et chemise, des espadrilles aux pieds, les cheveux coupés à ras, où enfouis dans un de leurs énormes bérets, elles m'acceptent facilement, surtout  quand je parle anglais avec elles. Les femmes d'ici travaillent. Ce sont elles qui entretiennent les hommes. Eux, c'est quand ils ont vus les Sénégalais faire du commerce dans les rues qu'ils ont commencé à les copier, mais sans la régularité  et la souplesse qu'il faut. Si leurs affaires périclitent, ils crient, à qui veut les entendre, que ce sont les "foreigners", les étrangers qui ont pris leur place".  Et çà dérape trop souvent.

 

Tous des réfugiés politiques ?

 

Pour un séjour  d'au plus trois mois, les Sénégalais n'ont pas besoin de visa pour entrer en Afrique du sud. Il leur faut  tout juste prouver qu'ils ont où loger à Johannesbourg ou ailleurs,  et  de quoi assurer leurs frais de séjour. C'est là une porte ouverte à l'émigration que beaucoup de jeunes Sénégalais ont enfoncée, avec  très souvent des justificatifs artificiels : des réservations d'hôtel qui n'en sont véritablement pas, des chèques de voyage ou de l' "argent de poche" empruntés et  à renvoyer une fois sur place. La police sud africaine des frontières en refoule beaucoup après vérification. Malgré tout, le gros de la troupe passe à travers ses filets.

 Mais le temps passe vite. Et au bout de quelques semaines, les Sénégalais "officiellement" en touristes  se retrouvent  en situation illégale en Afrique du Sud. Pour  pouvoir rester dans le pays et y poursuivre leurs activités, principalement commerciales,  ils  n'ont pas trouvé mieux que de se  déclarer tous réfugiés politiques. Leurs requêtes son naturellement rejetées par les autorités sud africaines qui connaissent bien la situation qui prévaut au Sénégal.  Mais la décision intervient souvent un an après l'introduction des dossiers dans le circuit administratif.  Les papiers provisoires remis à nos compatriote leur permettent,  durant ce temps d'attente, de vaquer à leurs occupations sans être inquiétés par la police. L'autorisation provisoire de séjour accordée aux "réfugiés politique" en instance porte la mention " peut travailler en Afrique du Sud". Et à chaque fois que le couperet tombe, le fameux "must leave",  l'écrit leur ordonnant de quitter le territoire sud africain dans les trois mois qui suivent, ils introduisent presque automatiquement  des nouvelles demandes en vue d'obtenir ... le statut de réfugié politique.

Ainsi nos compatriotes sont dans le provisoire permanent en Afrique du Sud. Ce qui n'est pas sans aggraver la précarité et l'insécurité de leur situation dans ce pays.

Ils sont nombreux  à s'en aller, comme on l'a vu.  Parmi ceux qui restent, beaucoup disent avoir  honte de rentrer les mains vides, et que s'ils pouvaient gagner assez pour retrouver l'argent de poche qu'ils avaient amené ici et de quoi se payer un billet d'avion, ils auraient également quitté ce pays, pour rentrer  au bercail. Ou partir ailleurs.

 

 PASSEPORTS

PERIMES OU VOLES                                          

                                               

Il y a quelque quatre années,  les Sénégalais d'Afrique du Sud on vécu une situation aussi pénible que celle  qu'ils connaissent en ce moment. Les autorités sénégalaises avaient été saisies à l'époque. Un avion avait été affrété pour  un rapatriement massif, après recensement. Ceux qui voulaient retourner au pays l'ont fait. Mais beaucoup  sont restés. Et, selon Cheikh Dieng,  d'autres sont venus agrandir encore plus la communauté, "parce que dès que les choses ont commencé à se tasser, ceux qui sont restés ont écrit à leurs parents au Sénégal pour leur vanter les opportunités qui s'offrent en Afrique du sud.  Il en a découlé des arrivages massifs". Et le retour au statu quo ante dû, selon nos compatriotes, à l'incompréhension et à l'ignorance de nos frères de race sud africains".

Awa Yacine Guèye,  la "Modou bou djiguène" de Bereya n' a de cesse de  rappeler à ses voisines et voisins zoulous la part significative que le Sénégal a joué dans leur combat contre l'apartheid : "je leur  répète très souvent que le Sénégal fait partie des  premiers pays a voir ouvert un bureau à l'ANC, que notre président est le premier à avoir donné des passeports à  des Sud Africains noirs pour qu'ils puissent aller défendre leur cause à travers le monde. Mais ils ne comprennent rien de tout cela... Ils savent même pas où le Sénégal se situe. Tout ceux qui viennent du nord, sont pour eux  des Congolais".

Aux autorités sénégalaises, nos compatriotes qui vivent en Afrique du Sud ne demandent  pas, pour l'instant, la réédition de l'opération  de rapatriement de 1994, mais plutôt  qu'elles les  aident à se débarrasser  des brebis galeuses,  de ceux  parmi eux qui , sont devenus les alliés des bandits locaux. Si l'on en croit  Ndjine Dieng "tous les Sénégalais complices d'agressions et de vols ont été recensés. Nous voulons qu'on nous aide pour leur refoulement.  Nous savons que ce n'est pas chose facile. Il faut des preuves.  Certains ont cependant été pris et mis en prison. D'autres ont fui au Sénégal; où hélas il continuent leur "métier", le banditisme qu'ils ont appris dans le laboratoire sud africain".  Mais si jamais on rapatrie tous ceux qui font école...

L'autre grand problème des Sénégalais d'Afrique du Sud a trait à l'obtention de pièces d'état civil et  d'identité. Leurs passeports sont pour la plupart périmés, ou ont été volés. Faute de d'ambassade ou de consulat, ils ne  savent pas où  les faire  renouveler.

Leur association  a eu à faire des démarches dans ce sens auprès de l'ambassade du Sénégal à Libreville au Gabon.  La promesse d'amener sur place les documents idoines, après les élections passées, leur avait été faite. Ils attendent toujours.

 

 

 

 

 



Article ajouté le 2006-07-27 , consulté 87 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " VOYAGES "

Imprimer cet article

Retour aux articles


Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever



design by ksa | kits graphiques by krek