UN VOYAGE A TAIWAN (2)
UN VOYAGE A TAIWAN
De la pauvreté à la prospérité, point de miracle…
MARS 2003
Taiwan était, il y a à peine cinq décennies, un pays pauvre et arriéré. Les plus anciens parmi les habitants de l'île ont encore en mémoire ces terribles images d'enfants aux habits taillés dans des sacs de farine et qui allaient à l'école pieds nus, de mansardes branlantes dans lesquelles s'entassaient de nombreuses familles, et de la crasseuse misère contre laquelle il fallait quotidiennement lutter pour survivre… Aujourd'hui l'île, qui n'a de ressources naturelles que de faibles gisements de charbon, de gaz naturel, de chaux, de marbre et d'amiante, est devenue un eldorado aux infrastructures ultra modernes. Aussi rapide soit-elle, dans l'espace-temps, cette mutation ne s'est pas faite d'un coup de baguette magique. Ce qui a propulsé Taiwan aux premières places sur l'échiquier économique planétaire ne tient point du miracle. Comment les Taiwanais ont-il pu, aussi rapidement, réaliser leurs rêves, leurs aspirations collectives ? Quelles difficultés leur a-t-il fallu affronter et surmonter ?
Les Taiwanais ont bien le droit d'être fier de leur fulgurante réussite économique et sociale, une réussite qui suinte de tous les pores des grandes villes de l'île, de Taipei la commerçante au nord, à Kaohsiung l'industrieuse au sud. C'est le fruit d'une riche et intense histoire que déroulent, sans s'en lasser, ceux qui en sont les témoins, acteurs ou analystes, comme le Dr David S. Song, le vice-président de l'Institut de Recherche Economique de Taiwan. Ailleurs, notamment au Parc Scientifique et Industriel d'Hsinchu, le principal catalyseur du formidable bon technologique réalisé par Taiwan, le kaléidoscope donne le tournis. A Kaohsiung le chemin parcouru par Taiwan vers le développement se mesure aux nombreux navires de commerce, aux montagnes de conteneurs, et à la chaîne d'industries qui bordent le chenal brumeux de l'immense port de transbordement et d'éclatement de la ville, le quatrième au monde.
Cette histoire, on nous la fait remonter à la libération du pays de l'occupation japonaise, au lendemain de la seconde guerre mondiale. Taiwan est alors une île en ruines dont les infrastructures sont dévastées. Les productions industrielle et agricole sont tombées au plus bas, autour de 40% de leur médiocre niveau d'avant guerre. La population a augmenté considérablement, en raison de l'afflux massif d'émigrants militaires et civils provenant de
DEVELOPPEMENT
AGRICOLE INTENSIF
Les Taiwanais n'en baissent pas pour autant les bras. Le nouveau gouvernement formé par le Kuomintang les engage, au début des années cinquante, dans une réforme agraire qui jette les base du développement agricole intensif de l'île, lequel a été le soubassement de son industrialisation. Le retour de l'aide américaine, après l'éclatement de la guerre de Corée en 1950, participera au regain de confiance de la population et à la stabilisation de l'économie du pays.
La période allant de 1952 à 1961 est toujours à dominante agricole, avec toutefois une tendance industrialisante de plus en plus marquée. De 1952 à 1961, la part de l'agriculture dans la formation du PIB taiwanais est passé de 32,5% à 25%, tandis que celle de l'industrie a progressé de 16,7% à 23,7%. La position forte de l'agriculture, jusqu'en 1961, s'explique tout naturellement par l'obligation de faire localement face à la pénurie alimentaire, d'autant que les moyens financiers requis pour les importer ne sont pas disponibles. Les autorités taiwanaises imposent alors des restrictions strictes à l'importation comme à l'exportation des produits de première nécessité pour optimiser la satisfaction des besoins internes par une production locale soutenue.
En l'absence d'un secteur privé fort, c'est l'Etat qui prend en main le développement de l'île. Et la politique économique qu'il a conduite, à cette époque, est on ne peut plus dirigiste et protectionniste. Elle s'est notamment traduite par une très grande sélectivité dans la création d'usines pour prévenir les investissements hasardeux et la mauvaise utilisation des ressources, l'encouragement du développement des industries qui limitent les importations, l'instauration de restrictions commerciales pour favoriser la croissance industrielle nationale et équilibrer la balance commerciale, et l'imposition de tarifs douaniers élevés pour protéger le développement des industries émergentes et accroître les recettes fiscales.
INDUSTRIALISATION
SOUS HAUTE PROTECTION
Dans ce contexte d'industrialisation sous haute protection, tout comme pour fondement agricole, Taiwan réalise un très fort taux de croissance, d'en moyenne 9,21% l'an. Il est de 4,24% pour l'agriculture, de 9,0% pour les services et de 12,39% pour l'industrie. En 1962, le secteur industriel boucle la période, avec une part de production dépassant celle de l'agriculture dans la formation du PIB, ouvrant Taiwan à ce qu'on a appelé « l'ère industrielle ». En 1966 la production industrielle atteint 47,1% du PIB taiwanais.
Mais cette transition de l'ère agricole à l'ère industrielle n'a pas été sans difficultés. La modernisation de l'agriculture a laissé apparaître un important surplus de bras qu'il faut très rapidement caser pour que cette situation ne se retourne pas en crise sociale grave. La solution est trouvée dans la création de zones franches d'exportation et de zones industrielles vers lesquelles affluent les investissements étrangers attirés par la main-d'œuvre taiwanaise bon marché dont ils absorbent du même coup l'excédent, par le canal des nombreuses entreprises à forte intensité de main-d'œuvre créées.
GRANDS
TRAVAUX
La récession mondiale incidente aux chocs pétroliers de 1973 et de 1979 ont également eu de fâcheuses répercussions sur l'économie taiwanaise, avec la montée de l'inflation. C'est dans ce contexte que le gouvernement pris la pertinente initiative de lancer le Plan des Douze Grands Travaux dont la mise en œuvre a jeté les bases infrastructurelles du développement d'industries chimiques lourdes atténuant en partie l'impact négatif de la crise de l'énergie. Il supprime également de nombreuses restrictions, abaisse les tarifs douaniers, instaure un système de taux de change unitaire qui deviendra flottant, abolit les autorisations de transfert d'argent à l'étranger et assouplit le contrôle des taux d'intérêt. Ce qui favorisa encore plus les échanges avec l'extérieur et les investissements étrangers productifs.
C'est dans ce contexte de libéralisation renforcée, précisément entre 1963 et 1980, que Taiwan a connu le développement économique le plus rapide de son histoire car, nonobstant les deux chocs pétroliers qui ont secoué toute la planète, il a pu maintenir son taux de croissance à une moyenne annuelle de 10%, jusqu 'en 1980.
L'économie réalisera de nouvelles avancées, par la suite, avec l'enclenchement du processus de privatisation des entreprises publique, l'abolition du contrôle des taux d'intérêt, la réduction considérable des droits de douane, l'abandon du taux de change fixe, et la création en 1981 du Parc industriel scientifique d'Hsinchu pour dynamiser l'industrie.
La croissance très rapide du commerce extérieur, corrélativement à la libéralisation et au développement fulgurant de la production des biens agricoles et industriels, entraîne, dans les années quatre-vingt, l'augmentation significative des excédents commerciaux. Mais faute de débouchés appropriés à l'épargne, ce trop plein d'argent prend, pour une bonne part, les chemins de la spéculation boursière et foncière, et des jeux. L'importance des avoirs extérieurs de Taiwan a également rendu très fort le Nouveau Dollar Taiwanais, et conséquemment réduit la compétitivité extérieure du pays. Et de nombreuses PME à forte intensité de main-d'œuvre, incapables de maintenir leurs activités sur l'île, sont allées s'implanter ailleurs en Asie du Sud-est et même en Chine continentale, à la recherche de nouveaux espaces et opportunités de développement, à défaut de pouvoir moderniser sur place leurs équipements.
CHANGEMENTS DE STRATEGIES
Il faut dire que ceci est une des conséquences des changements de stratégies industrielles opérés dans les années quatre-vingt, en réaction à la crise de compétitivité extérieure qui a affecté Taiwan dans ce contexte. Dangereusement concurrencé par des pays comme
Durant cette deuxième phase du développement économique taiwanais (1991-1995) le taux de croissance annuelle de l'île fléchit de 10% à 7,52%, en raison de la restructuration du tissu industriel, et aussi de l'apparition des mouvements sociaux revendicatifs et de manifestations politiques qui ont eu un effet négatif sur le climat des investissements, conduisant certaines entreprises à transférer leurs activités hors de l'île. Au cours de cette période, c'est l'agriculture qui enregistre les moins bons résultats avec un taux de croissance de 1,24% n'occupant plus que 4,74% dans la formation du PIB. L'industrie dont le taux de croissance a également chuté de 14% à 6,46%, représente alors 43,16% du PIB. C'est le secteur des services qui enregistre le plus fort taux de croissance, avec une moyenne de 9% par an. Sa part est prépondérante dans le PIB : 51,67%.
A Taiwan, comme dans la plupart des pays de l'Asie du Sud Est, la fin des années quatre-vingt-dix est marquée par l'essor de l'économie dite de finances, avec la croissance progressive des opérations à terme basées sur les taux de change, les taux d'intérêt, les valeurs boursières, le commerce électronique, et les services financiers. Aussi, l'île n'a pas été épargnée par la crise financière qui éclate en 1997 en Thaïlande, pour s'étendre dans le reste de cette partie du monde et bien au-delà. Les conséquences pour Taiwan ont été le ralentissement de la croissance économique (de 6,8% en 1997 à 4,8% en 1998) et de la production industrielle ( de 6,9% à 4,4%), la croissance négative des exportations dont les excédents chutent de 4,35 à 4,35 milliards de dollars US, la baisse de 24,4% du dollar taiwanais par rapport à la monnaie américaine, la régression de 16,4% de la valeur de l'indice boursier taiwanais. Le chômage a également augmenté.
Toujours est-il que la tempête financière a eu des effets beaucoup moins dévastateurs à Taiwan que dans les autres pays du Sud - est asiatique. L'explication se trouve d'abord la santé des fondamentaux économiques du pays, et également dans le fait que le pays n'a pas de dette extérieure, que ses institutions financières n'ont dans leurs livres qu'un faible pourcentage de créances douteuses, qu'il ne s'y opèrent pas d'investissements aveugles et excessifs. Ensuite, si quelques grandes boîtes se sont effondrées, les PME qui constituent 98% des entreprises taiwanaises ont permis de maintenir la compétitivité économique de Taiwan, grâce à leur grande flexibilité et capacité d'adaptation.
Le gouvernement taiwanais a également bien joué sa partition. Il a, d'une manière générale, respecté les mécanismes du marché financiers, et n'est intervenu que pour soutenir la monnaie locale en augmentant les disponibilités en dollars américains, et interrompre la chute des valeurs boursières en mettant en place un fonds de stabilisation. Il a également circonscris les investissements étrangers spéculatifs en donnant des instructions fermes aux institutions financières locales, et rigoureusement inspecté les transactions pour découvrir toute irrégularité.
L'économie taiwanaise s'est relevée des effets de la crise financière, même si sa croissance économique est restée négative (-2,18% en 2001) et que le taux de chômage avoisine 5%. Il n'en demeure pas moins que le produit national brut de Taiwan a atteint 286,8 milliards de dollars US, en 2001. Au rang mondial de 14ème pays exportateur, Taiwan a, à son actif, un excédent commercial de 15,7 milliards de dollars US. Et au troisième rang mondial des pas détenteurs de devises, Taiwan a réalisé en juillet 2002, 155,3 milliards de dollars US de réserves de devises. Ce sont là des signes de prospérité qui ne trompent pas sur la grande vitalité économique et financière de l'île.
BASSIROU DIAGNE
OUVRE DES PISTES
Avec 3% de croissance en 2002, Taiwan était bien partie pour retrouver sa vitesse de croisière ; mais comme le déplore le Dr David S. Song, la guerre d'Irak et la pneumonie atypique sont venues ralentir cette dynamique. Il s'y ajoute une nette tendance au désinvestissement au profit de
Pour le nouvel ambassadeur du Sénégal à Taiwan, M. Bassirou Diagne, « la voie du développement empruntée par Taiwan est riche d'enseignements pour des pays comme le nôtre ». Elle révèle, de son point de vue l'importance du rôle de l'Etat dans les étapes initiales concernant la conduite de politique économiques, la mise en place des fondements économiques, le contrôle des activités, le maintien de la stabilité et de l'ordre, la garantie du respect de la loi. Dans l'exemple de Taiwan, le rôle de l'Etat se réduit au fur et à mesure que l' 'économie de marché prend racine et se développe et s'autorégule. Il n'intervient que l'équilibre de celui-ci est perturbé. L'ambassadeur Diagne insiste également sur le fait que les populations doivent être une carte maîtresse, « de par leur abnégation au travail, leur sens de l'épargne, esprit d'innovation et discipline », à l'image des Taiwanais. Ce sont, en effet, autant d'actes et de vertus sans lesquels le développement une nation ne saurait atteindre ou se maintenir dans la prospérité.
L'ambassadeur Diagne ne regrette point son perchoir de l'assemblée nationale, « pour avoir librement démissionné » ; il se dit tout juste nostalgique de la chaude ambiance de la place Soweto. Sa nouvelle mission semble le passionner beaucoup plus, parce qu'elle a directement trait au développement, au renforcement de la coopération et du partenariat entre le Sénégal et Taiwan. Avec un staff quelque peu réduit, il s'évertue à explorer à fond tous les créneaux porteurs dans lesquels peuvent se développer des projets partenariaux impliquant des opérateurs économiques des deux pays. Un projet de troisième cimenterie est ainsi mise en perspective. L'ambassadeur reconnaît que distance constitue un sérieux handicap à la multiplication et à la réalisation des projets partenariaux envisagés, quand on sait que ce ne sont pas les places attractives qui font défaut en Asie sud est. C'est pourquoi il penche pour l'offre par le Sénégal de meilleures conditions d'investissement aux partenaires potentiels taiwanais pour qu'ils daignent résolument franchir le pas. Sur ce plan, M. Chen Hsiung Lee, le directeur du département Afrique du ministère des Affaires étrangères est catégorique sur un certain nombre de conditions que les pays africains doivent nécessairement remplir pour pouvoir attirer des investisseurs venant d'aussi loin que Taiwan : abaissement des coûts des facteurs de production, intégration et complémentarité des industries locales, stabilité politique et discipline des syndicats. Ce qui n'est pas une mince affaire, par les temps qui courent…
Des tribus et des ethnies, comme en Afrique
Les navigateurs portugais qui y accostèrent, il y a des siècles et des siècles, eurent bien raison de l'appeler
Cela ne saute pas aux yeux de l'allogène qui a du mal à distinguer un Chinois d'un autre, surtout quand certains avancent… masqués, du fait de la menace du Syndrome respiratoire aigu et sévère qui plane. Et pourtant, aussi semblables soient-ils, les Taiwanais ont des ethnies et des tribus. Comme en Afrique.
L'île compte quatre groupes ethniques. Il y a d'abord la minorité aborigène avec ses 11 tribus : les Atayal, les Saysiyat, les Bunun, les Tsou, les Paiwan, les Rukai, les Puyuma, les Ami, les Yami et les Shao et les Pingpu. A Taipei, un musée richement doté, le « Shung Ye Museum of Formosan Aborigines », est consacré au mode de vie et d'expression religieuse et artistique de ces descendants des premiers habitants de l'île. Leurs us, culture et croyances ressemblent à s'y méprendre à ceux des populations de nombre de contrées africaines. Leurs origines lointaines doivent y être pour beaucoup.
Les ancêtres des Chinois d'ethnie Hakka de la province du Guandong, et Min de la province du Fujian sont arrivés sur l'île, de la période d'avant l'occupation hollandaise d'il y a plus ou moins quatre siècles, à la fin de l'occupation japonaise après la seconde guerre mondiale. Il s'y greffe tous les autres continentaux qui ont suivi à Taiwan le Kuomintang, poussés par la révolution communiste en Chine.
Tous ces gens se disent « Ignames » si leurs parents font partie des plus anciennes familles de Taiwan ou « Taros » s'ils y vivent depuis 1949. Dans cette différenciation ethnique, on omet étrangement les aborigènes qui sont de vagues bien plus anciennes.
Toujours est-il que ces derniers s'intègrent peu à peu au reste de la communauté taiwanaise, obligés qu'ils sont de quitter les zones difficilement accessibles au progrès dans lesquelles ils se sont trop longtemps reclus, pour venir chercher du travail, des moyens de vivre dans un univers extrêmement moderne, dans les zones où se créent les richesses par les activités économiques. Le manque de qualification caractéristique de cette frange de la population fait que nombre d'aborigènes doivent se contenter des travaux les plus pénibles et ingrats, dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics, notamment. Et même là, ils souffrent de la concurrence d'une main d'œuvre beaucoup plus bon marché, en provenance de Malaisie et d'Indonésie, notamment. Mais une conséquente politique de discrimination positive, leur permet d'élever leur niveau de formation et de qualification. Elle facilite un accès beaucoup plus important que par le passé des jeunes aborigènes aux grandes écoles et universités.
A Taiwan aujourd'hui, avec l'augmentation des mariages inter-ethniques, la promiscuité quotidienne à l'école et sur les lieux de travail, et l'effet de la politique sociale du gouvernement, les clivages ont de beaucoup perdu de leur acuité. Et plus les personnes sont jeunes, moins elles ont conscience de leur appartenance ethnique ; c'est un progrès par rapport au passé, nous confie Nagaro Masatouka, un métis japonais-taiwanais qui officie comme guide au musée des aborigènes.
Mais le processus de désamorçage des tensions ethniques sous le concept fédérateur de « Nouveau Taiwanais », n'est pas tout à fait achevé, reconnaît un confrère local. Imperceptibles en temps ordinaires, les différences ethniques tendent à refaire surface quand il s'agit de se disputer le pouvoir politique. A chaque échéance électorale des candidats n'hésitent pas à jouer sur cette corde sensible pour glaner des voix, principalement dans les zones rurales, explique-t-il. Toutefois les hommes politique se maîtrisent mieux sur cette question.
Les Taiwanais dits « Taros » ou « Ignames » sont certes très fiers de leurs origines et cultures chinoises. Ils n'ont de cesse de visiter dans ses moindres recoins, le « National Museum Palace » de Taipei, dont chacune des 600.000 merveilleuses pièces qu'il concentre renvoie à des pans entiers de l'histoire de
Mais les tensions montantes avec
Une intense mobilité sur l'échelle sociale
Taiwan est originellement une terre d'immigrés venus presque tous de
Par le passé, le pouvoir politique, les capacités financières et la culture étaient l'apanage de quelques groupes. Maintenant ils sont des valeurs très largement partagées. A la mesure l'évolution de Taiwan des traditions de l'économie rurale aux révolutions de l'économie industrielle et post-industrielle, les différenciations sociales fondées sur le sentiment d'appartenance ethnique et le patrimoine familial se sont très rapidement estompée devant la montée des valeurs corrélatives à l'accomplissement personnel par l'éducation et le travail.
Selon un vieux proverbe local, les Chinois considéraient qu'il ne fallait pas moins de trois générations pour qu'une famille devienne riche, ou pauvre. Mais maintenant il suffit souvent de bien moins d'une génération, grâce à l'éducation et au travail. On cite, entre autres, le cas de Chen Shui-Bian, ce fils de paysans pauvres devenu maire de Taipei et maintenant président de
Ce décloisonnement de la société taiwanaise au bénéfice de l'accomplissement du mérite individuel est très fortement soutenu par les formidables avancées technologiques réalisées par ce pays, lesquelles ont radicalement transformé ses structures économiques et modifié le monde du travail. De nombreuses personnes continuent de monter dans l'échelle sociale grâce à la liberté et aux plus grandes opportunités qui leurs sont données de trouver un meilleur travail ; à l'inverse des personnes bien nées ont de plus en plus du mal à conserver leur gloire passée.
La grande mobilité sociale qui s'en suit fait bien évidemment que la classe moyenne, zone intermédiaire entre le patronat et le salariat et de laquelle on peut basculer vers le bas comme vers le haut, s'est considérablement gonflée à Taiwan. On estime qu'elle concentre 50 à 60% de la population active de l'île. Ce qui est, nous confie-t-on, un bon signe pour un pays, car « si 60% de la population fait partie de la classe moyenne, la société sera très stable parce qu'elle fera preuve d'une plus grande capacité d'adaptation ».
La classe moyenne taiwanaise concentrent beaucoup d'intellectuels qui réfléchissent sur leur situation, sur l'évolution de leur pays, par rapport au reste du monde et qui en tirent des enseignements. C'est la classe moyenne qui, très souvent, à Taiwan, impulse les réformes politiques et les mouvements sociaux.
Il faut rappeler que, pendant les 38 premières années d'existence de
L'avant-garde de ces mouvements s'est recrutée dans la classe moyenne, parmi de nombreuses compétences formées à l'extérieur et revenues à Taiwan au fil de son développement économique, et d'autres personnes qui ont acquis et assimilé, sur place, de nouvelles connaissances et de nouveaux concepts. Ils sont à l'origine des mouvements politiques et sociaux que l'île a connus dans les années quatre-vingt et qui ont conduit à l'abolition de la loi martiale en 1987 et à la démocratisation. Autrement dit, le Kuomintang n'a pas démocratisé sa politique spontanément. Il a plutôt répondu aux demandes pressantes et exigeantes de la société civile taiwanaise pour qui, les avancées économiques de l'île était antinomiques avec le degré d'autoritarisme de l'Etat et de non-liberté des citoyens, et à leur non-participation à la formulation des politiques gouvernementales.
Les mouvements sociaux ont pris de l'ampleur, libérés par la suppression de la loi martiale. Ils ont renforcé leur impact sur l'Etat et la société. Mais la contestation publique à Taiwan a toujours été modérée, par rapport à ce qui se passe ailleurs. Ici les manifs sont plutôt bon enfant, face à une police qu'on voit très peu dans les rues. Actuellement, les mouvements sociaux sont dans une période d'accalmie marquée par la rareté des revendications. On annonce que les mouvements pour la protection de l'environnement et pour les droits des femmes vont se structurer et s'intensifier, du fait d'une prise de conscience de plus en plus forte des problèmes liés à l'environnement et au genre.
Mais les problèmes socio-économiques sont latents, surtout que l'écart entre les revenus s'est fortement creusé ces derniers temps. Ceci est principalement dû à la latence économique et au fait que le salaire n'est plus une source suffisante de revenu ; les Taiwanais aisés sont véritablement ceux qui, en plus de leur salaire, possèdent des biens immobiliers et des titres boursiers. C'est la raison pour laquelle, le gouvernement a mis en place divers programmes sociaux pour venir en aide aux personnes que cette tendance défavorise.
Avec très rude compétition qui prévaut actuellement sur le marché du travail du fait d'une conjoncture nettement moins favorable que par le passé récent, de nombreux Taiwanais, imbus de leur haut niveau culturel, rechignent à assumer certaines responsabilités, les estimant indignes d'eux. « Cela pose en effet problème », comme le reconnaît Chen Hsiung Lee, le Directeur général du département Afrique du ministère des Affaires étrangères. Il y a certes plein de jeunes gens au moins licenciés des universités qui se contentent de boulots en deçà de leurs qualifications, comme serveurs dans les restaurants et hôtels. Mais beaucoup d'autres refusent des travaux qu'ils jugent dévalorisants, ajoute-t-il. Ces gens ne s'acquittent bien évidemment pas comme il se devrait de leur tâche et rêvent de situation meilleure. C'est là une source de conflits sociaux à hauts risques économiques pour Taiwan, quand on sait que le professionnalisme autan que le respect et la valorisation de son travail et de celui des autres, est un des facteurs essentiels du maintien et de l'amélioration de la compétitivité d'un pays.
Les nations qui se cherchent encore sur la voie du développement en savent bien quelque chose.
Des faits et des chiffres
UN BON REVENU, MOINS DE TRAVAIL, PLUS DE LOISIRS ET DE CONFORT - Le revenu moyen par habitant des Taiwanais est de l'ordre de 14.000 dollars US et se situe entre le 23ème et le 25ème rang mondial. C'est le résultat d'années de dur labeur. Avant les Taiwanais travaillaient chaque jour et toute la journée. Les résultats accumulés et les avancées technologiques qui les entretiennent et développement font que le temps de travail est aujourd'hui beaucoup moins long. Le nouveau gouvernement a, depuis deux ans, fait du samedi une journée chômée et payée, au grand dam du patronat local. Maintenant, dans l'administration en particulier, les employés doivent, obligatoirement, se mettre au vert, au moins pendant 14 jours sur un mois de congé légal, pour pouvoir bénéficier de l'intégralité du salaire y afférent, en plus d'un bonus de 16.000 NT$ (320.000 FCFA), toujours pour les encourager à profiter des fruits de leur travail, par le tourisme intérieur et les loisirs. Avant, il préférait « vendre leur congé » et continuer le travail sans se reposer un seul jour dans l'année. Mais les Taiwanais n'en continuent pas moins d'être des bourreaux du travail. Il n'est pas rare de voir quelqu'un cumuler deux à trois boulots ou études et travail.
Ils ont réalisé beaucoup de progrès à la mesure de leur développement économique, en matière d'alimentation, d'habitat, d'habillement, de transports, etc. Par le passé, les familles étaient heureuses lorsqu'elles avaient du riz pour se nourrir. La viande figurait rarement dans le menu des gens ordinaires. Maintenant ils sont nombreux à suivre un régime pour garder la ligne. « Nous mangeons trop », soupire Eric Hsu mon guide, entre deux vigoureux coups de baguettes.
Dans le temps les Taiwanais achetaient des habits neufs à l'occasion du nouvel an chinois, la fonction principale du vêtement étant de tenir chaud. Maintenant la mode est devenue la principale motivation d'achat. Et elle coûte cher, si on mesure les prix pratiqués à l'aune du pouvoir d'achat d'un Africain plus que moyen. Il fut un temps où les gens vivaient à Taiwan dans de petites pièces, partageant avec leurs voisins cuisine et toilettes. Ils ont maintenant des habitations plus spacieuses et disposant de tous les conforts modernes. Les transports individuels et collectifs ont également connu un développement exponentiel.
D'IMMENSES PROGRES DANS L'EDUCATION ET
Les infrastructures médicales on beaucoup progressée à Taiwan. Le nombre de lits d'hôpital pour 10.000 habitants est passé de 3,35 en 1954 à 55,7 en 1997. Tandis que le nombre de médecins a, dans le même temps, augmenté de 6,43 en 1954 à 12,77 en 1999, toujours pour 10.000 habitants. Et tous les Taiwanais bénéficient d'un programme d'assurance nationale.
Selon une étude publiée par l'Administration pour la protection de l'environnement, Taiwan compte 21,82 millions d'habitants, et la densité démographique y est de 606 habitants au km2, équivalant à 22 fois celles des Etats-Unis d'Amérique. Il y a à Taiwan 157.000 entreprises, pour une moyenne de 4,4 au km2 soit 12 fois plus qu'aux USA. Le nombre de véhicules circulant sur l'île est de 15,7 millions dont 5,35 millions d'automobiles et 10,42 millions de motocyclettes Ce qui équivaut à 438 véhicules au km2, une moyenne 18 fois supérieure à celle des Etats-Unis. En outre, le volume total des déchets avait atteint 8,7 millions de tonnes en 1996, soit
D'importantes quantités de déchets, un nombre élevé de véhicules particuliers, et une forte densité d'industrie impliquent un niveau de pollution en permanence dangereux pour la santé à Taiwan. Par dérision, il se dit à Taiwan que PNB ne signifie plus « Produit National Bruit » mais « Pollution, Nuisances et Bruit ».
La prise de conscience des problèmes d'environnement est de plus en plus sérieuse, et des actions de plus en plus efficaces sont menées pour ramener la pollution à Taiwan en dessous du seuil du tolérable. A Taipei, l'ouverture du métro urbain, et l'amélioration des transports publics, et la multiplication des échangeurs et voies aériennes ont rendu nettement plus fluide la circulation, et conséquemment abaissé le taux de la pollution.

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