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LE G8 A SAINT-PETERSBOURG

 Bons et mauvais comptes d’un sommet agité

PAR AMADOU FALL

La Russie dont c’était le tour d’assurer la présidence du G8 avait retenu comme thèmes prioritaires du sommet annuel qu’elle a abrité à la mi-juillet à Saint-Pétersbourg, des problèmes essentiels. Il s’agissait, notamment, de la sécurité énergétique mondiale, de la mondialisation, du commerce international, des systèmes éducatifs modernes, de la lutte contre les maladies infectieuses et de et du développement de l'Afrique. Mais derrière le tableau des accords de principes, sur ces questions et d’autres, sont apparues de profondes lézardes dues à des divergences d’intérêts et  à l’embrasement impromptu du Liban par l’armée israélienne. 

 

Quelque bilan mitigé serait-on tenté d’en tirer, vu de l’extérieur, le sommet du G8 aura tout de même été un franc succès pour la Russie qui l’a organisé avec faste Saint-Pétersbourg, l’ancienne capitale des tsars et ville natale de Vladimir Poutine, du 15 au 17 juillet dernier. L’évènement, frappé du sceau de la présidence russe, marque la fin d’une époque où l’on parlait du « G7 et de la Russie ». L’expression aujourd’hui admise est le G8 tout court, car la Russie en est membre à part entière. En acceptant, à la faveur de leur sommet de Saint-Pétersbourg la présidence russe, les nations les plus industrialisées du monde,  les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie et le Japon,  considèrent désormais la Fédération de Russie comme faisant partie des leurs, et non plus une puissance désuète peinant à renaître de ses cendres. Elle est maintenant reconnue comme une puissance énergétique, en pleine croissance, et comme un interlocuteur incontournable.

C’est sous ce rapport que, en sa qualité de président en exercice du G8, elle a concocté et fait accepter, par ses pairs, l’ordre du jour du sommet de Saint-Pétersbourg, un plan de travail essentiellement axé sur la sécurité énergétique mondiale, la mondialisation, le commerce international, les systèmes éducatifs modernes, la lutte contre les maladies infectieuses, l’Afrique et reste du monde en développement. Ces questions qui reflètent, à tout point de vue, les préoccupations présentes du monde sont également prioritaires pour une Fédération de Russie qui cherche à se repositionner, à rebondir sur l’échiquier planétaire.

Même si, généralement, les consensus sont de façade dans les foras internationaux où les enjeux sont beaucoup plus profonds et les intérêts bien plus contradictoires qu’ils ne paraissent, le sommet de Saint-Pétersbourg a débouché sur un nombre de résolutions qui sont allées dans le sens escompté par son maître d’œuvre, pour la plupart. Si l’on en juge par la Déclaration finale rendue publique à l’issue du sommet.

 

UN PLAN D’ACTIONS

CONSENSUEL, MAIS…

C’est ainsi qu les Huit ont  adopté un Plan d'action dit de Saint-Pétersbourg pour améliorer la sécurité énergétique mondiale grâce au renforcement de la transparence, de la prévisibilité et de la stabilité des marchés énergétiques mondiaux,  et à l’amélioration du climat des investissements dans le secteur énergétique. Ce plan préconise la réduction des obstacles au commerce et aux investissements en matière d'énergie en donnant la possibilité aux entreprises des pays producteurs et des pays consommateurs d'énergie de procéder à des investissements et à des acquisitions en amont et en aval à l'échelle internationale.  Et le G8 estime qu’en atteignant ses nombreux objectifs dans le domaine de la sécurité énergétique mondiale, il agira en faveur de la réduction de la pauvreté dans les pays en développement. Le groupe a également réaffirmé sa volonté d'atteindre ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre et de lutte contre le changement climatique.

Le G8 a par ailleurs adopté une déclaration sur la nécessité de promouvoir des systèmes éducatifs modernes et performants pour répondre aux défis d'une économie mondiale fondée sur le savoir. Pour ce faire, ses membres préconisent de « collaborer au niveau international pour générer le talent et le savoir requis,  d'accroître les échanges en science et en technologie ainsi que dans d'autres domaines de l'enseignement à tous les niveaux et de promouvoir une compréhension, une reconnaissance et une transparence meilleures des qualifications et des débouchés des filières d'enseignement étrangères, pour trouver des solutions aux grands défis mondiaux fondamentaux ». 

Conscients du lourd tribut que prélèvent les maladies infectieuses sur les sociétés et les économies dans le monde, les Huit se sont, à Saint-Pétersbourg, également engagés   à renforcer les capacités internationales de surveillance et de riposte aux poussées de maladies infectieuses en créant de nouveaux laboratoires et en renforçant le Réseau mondial d'alerte et d'action en cas d'épidémie de l'OMS.  Ils ont ainsi  réaffirmé leur résolution à intensifier la lutte contre le VIH/sida, la tuberculose, le paludisme et la poliomyélite, en mobilisant davantage de ressources financières et de moyens techniques. Et en continuant  d'oeuvrer pour  la consolidation des systèmes de santé dans les pays en développement. La Fédération de Russie, note-t-on, a respecté la tradition du G8 qui consiste à soutenir l'éradication de la poliomyélite, en promettant un financement spécial de  18 millions de dollars US pour le programme d'éradication de cette maladie, comme l'avait fait le Royaume-Uni à Glengeagles l’année dernière.  Tout cela à la grande satisfaction de l’OMS dont le Directeur a reconnu que les engagements du G8 contre les maladies infectieuses peuvent améliorer la sécurité sanitaire mondiale selon l'OMS, notamment dans les pays en développement. 

Cette préoccupation, par rapport aux pays du Sud, est réapparue dans la déclaration sur le Commerce qui insiste notamment, sur la dimension du développement du cycle de Doha, sur la nécessité d'améliorer la participation des pays pauvres aux échanges internationaux, par la suppression des entraves tarifaires et non tarifaires, le développement du commerce sud-sud et le renforcement de l'intégration régionale. Ladite déclaration  souligne également l'importance de l'aide pour le commerce et le renforcement des capacités commerciales des pays en développement.

 

L’AFRIQUE EN BERNE,

DES PROBEMES EN SUSPENS

Concernant spécifiquement l’Afrique, le G8 a passé en revue les progrès accomplis dans la mise en oeuvre des engagements  depuis le dernier sommet de Gleneagles, mais sans en donner une appréciation concrète. Alors que, si les annulations de dettes qui avaient été décidées en 2005 se réalisent effectivement, pour le reste, il n’y a eu véritablement pas de progrès. L’aide en argent frais n’augmente pas ; la lutte contre la pauvreté est médiocre ; et les subventions qui étouffent les agricultures africaines n’ont toujours pas régressé. Mais, à Saint-Pétersbourg l’on s’est plutôt borné à souligner « combien il est important de poursuivre l'action en partenariat avec l'Afrique afin de régler les conflits et de renforcer les capacités africaines de lutte contre les crises, d'assurer une gouvernance de qualité et réactive, d'investir dans le capital humain, de promouvoir la croissance, de financer le développement et de favoriser l'appropriation et la responsabilité mutuelles ». Le continent noir n’a assurément pas été le centre d’intérêt du sommet du G8. Loin s’en faut. Il y était représenté  par le président de l’Union africaine et du Congo, Denis Sassou Nguesso. Une présence fort discrète, à la différence de celles de Olesegun Obasanjo et Abdoulaye Wade, lors de précédents sommets.

Si, sur toutes les autres questions au cœur de leurs préoccupations réelles les Sept pays les plus industrialisés du monde et leur nouveau compagnon de route, la Russie, ont pu harmoniser leurs positions de principe, il en est tout autre concernant les intérêts très particuliers qui les sous-tendent. De fait, le sommet de Saint-Pétersbourg a achoppé sur deux points qui tenaient à cœur les uns et les autres.

Tout d’abord, il s’agit, pour la Russie, du veto que les Etats-Unis ont continué d’opposer à son entrée dans l’Organisation Mondiale du Commerce. Moscou  qui, depuis treize longues années, négocie son droit d’entrée dans cet organisme qui régule les échanges internationaux,  pensait pouvoir l’obtenir à la faveur du sommet de Saint-Pétersbourg.  Le G8 est certes d’accord sur le principe de l’adhésion de la Russie à l’OMC dont elle est la seule grande puissance à ne pas en faire partie. Mais les Etats-Unis conditionnent son accès à des préalables. Ils veulent obtenir de la Russie des garanties sur la limitation des subventions qu'elle verse à ses agriculteurs, sur l'ouverture de son secteur financier et un assouplissement de ses règles phytosanitaires.

L’autre déconvenue du sommet est à la défaveur de l’Union européenne. Ses représentants au G-8 ont vu, à travers l’accord de Saint-Pétersbourg pour le renforcement de la transparence, de la concurrence et des investissements dans le secteur de l'énergie,  l’acceptation par la Russie d’ouvrir son marché du pétrole et du gaz aux capitaux étrangers. Cela est sans doute vrai, toujours dans le principe. Mais Moscou refuse, pour l’instant, de ratifier la « Charte de l’énergie » de 1994, laquelle appelle à la transparence du marché et à la création de cadres juridiques stables. En fait la Russie n’y reste opposée que si elle l’oblige à briser le monopole de Gazprom dans la production et la distribution du gaz, à ouvrir davantage ses réserves d'hydrocarbures et ses infrastructures aux investissements étrangers, sans que cela ne soit réciproque. Le capital de sociétés de distribution d’énergie de l’Union européenne est quasiment fermé aux entreprises russes. L’équation ainsi posée est loin d’être insoluble, d’autant que l’Europe est dans l’obligation irrémédiable de s’ouvrir aux grands producteurs extérieurs, dont la Russie. 

COMME UNE  CAUTION

AUX EXACTIONS ISRAELIENNES

Le sommet de Saint-Pétersbourg a sans doute été agité par ces problèmes posés et qui n’ont pas été sanctionnés par des ententes directes et absolues. Mais ce qui l’a le plus perturbé, c’est le déluge de feu que, non loin, l’armée israélienne abat, sur le Liban, en représailles à la capture, par le Hezbollah, de deux de ses  soldats. Les raids incessants d’Israël  au Liban contre des positions du Hezbollah, des dépôts d'essence, des radars, des bases de l'armée libanaise, des ponts, des routes, des usines et sur la ville et le port de Beyrouth, ont déjà coûté la vie à des centaines de personnes, des victimes essentiellement civiles. Et çà continue.

C’est parce que, plutôt que d’imposer un cessez-le-feu immédiat à Israël, faute d’accord, le G8 a rendu public à Saint-Pétersbourg une résolution lui demandant,  tout simplement, de faire preuve de plus de  « retenue » et l'invitant à « se préoccuper des conséquences stratégiques et humanitaires de ses actes ». Le document souligne que, au Liban et à Gaza, « la priorité immédiate est de mettre un terme à violence et de ne pas laisser les factions extrémistes plonger la région dans le chaos et provoquer une extension du conflit ».

En quelque sorte, sur le fond, le G8 impute la responsabilité des évènements du Liban au Hezbollah et, bien entendu à ceux qui les soutiennent, en l’occurrence la Syrie et à l’Iran. Si ces derniers n’ont pas été nommément cités dans la déclaration du sommet, c’est en grande partie parce que la Russie qui entretient avec ces deux pays des relations privilégiées s’y est opposée.  

Toujours est-il que la résolution du G8 a bien conforté Israël dans son dessein de déstabiliser le Liban pour en finir définitivement avec le Hezbollah, avant de se retourner plus durement contre le Hamas palestinien. Son offensive est appréciée sous l’angle on ne plus déformé de la « légitime défense » contre un agresseur…

 



Article ajouté le 2006-07-28 , consulté 63 fois

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