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Qui a financé l'exploitation coloniale ?

Qui a financé l'exploitation coloniale ?

 

La fin de la première guerre mondiale coïncide pratiquement avec l'achèvement de la conquête militaire de l'Afrique occidentale. Seuls quelques remous sporadiques viendront, par la suite, troubler, ça et là, la "paix coloniale" établie par les armes. Corrélativement à l'extension de la mainmise administrative, les rapports économiques caractéristiques de la colonisation s'implantèrent très rapidement, au lendemain de la Conférence coloniale de 1917.

La guerre avait mis en évidence la nécessité de la mise en valeur des colonies. Leur soutien matériel et humain rendait caduque le problème naguère crucial de la légitimité de l'expansion coloniale. L'opinion publique française allait évoluer conjointement à la situation nouvelle. La tâche du gouvernement consistait à essayer d'emporter l'adhésion massive de l'opinions publique métropolitaine à l'oeuvre que la France envisageait de réaliser dans les colonies, montrer qu'elle était avant tout bénéfique à la Métropole. Il en fut, considérablement, ainsi tout au long du demi siècle qui a suivi.

Et pourtant, quand il s'est agi de faire le bilan économique de cette ère, des fidèles à l'idéologie de la "Mission coloniale" ont persisté à dire que l'Empire fut beaucoup plus lourd à supporter qu'on aurait pu s'y attendre, et que la balance serait finalement équilibrée entre l'apport "généreux" de la France et les "méfaits localisés" de la loi coloniale. Alors que l'indiscutable vérité est que les colonies ont financé leur propre exploitation et que l'économie métropolitaine a très peu contribué à cette "mise en valeur".

La France  sortit de la première guerre mondiale, affaiblie et diminuée. On envisagea alors d'accorder une place de choix aux colonies dans l'oeuvre de reconstruction nationale et de résorption de la crise économique de l'après guerre.

Se plaçant dans la perspective dégagée par la Conférence coloniale de 1917, Albert Sarraut, alors ministre des colonies, formula, en 1920, l'un des premiers plans de mise en valeur des colonies, pour leur exploitation moins anarchique et plus rationnelle. Dans une interview à la "Revue  des questions coloniale", durant l'été 1920, il s'en était expliqué :"notre faculté de produire se trouve réduite dans des proportions considérables. Pour réduire notre dépendance économique et financière, il est nécessaire que la France épuisée parles achats qu'elle a à faire à l'extérieur tire en fin de son propre sol continental et colonial le maximum de ressources.

La réalisation du Plan Sarraut était d'emblée compromise par la loi des fiances du 13 avril 1900. Elle enlevait, en effet, aux colonies la possibilité de faire appel à la Métropole pour leur mise en valeur, en instaurant leur autonomie financière. L'acceptation de la nécessité d'une exploitation plus rationnelle des possessions d'outre-mer par les parlementaires n'était pas accompagnée de celle de son financement par les contribuables métropolitains. Le Plan Sarraut resta à l'état de projet. Le Parlement ne l'avait même pas discuté.

Après le Plan Sarraut, les nouveaux plan d'équipement colonial : Plan de perfectionnement de l'outillage colonial proposé en 1929 par le gouvernement Tardieu et qui fut, en juillet 1931, l'objet du Congrès de l'outillage économique colonial. La discussion devait aussi porter sur le programme d'outillage colonial dégagé par Maginot qui cette même année avait remplacé avait pris la succession d'Albert Sarraut au ministère des colonies. A cause de la crise le crédit de 5558 millions de francs qui avaient été libéré pour la réalisation du Programme Maginot avait servi à renflouer, à soutenir des budgets coloniaux dont le déficit était de plus en plus alarmant.

 La conférence économique de la France métropolitaine et d'outre-mer décembre 1934-avril 1935 qui adopta les vues de l'inspecteur général des finances Edmond Giscard D'Estaing dépêché à la colonie et selon qui " l'outillage à mettre en place devait être concentré dans un petit nombre d'aires géopolitiques minutieusement sélectionnées. Mais le plan d'outillage adopté par la conférence ne fut pas mis en oeuvre en raison d'appréhension sur son coût et la rémunération des capitaux requis. Le fonds d'équipement préconisé sous le Font populaire lors de la Conférence des gouverneurs généraux des colonies en novembre 1936, n'eut pas plus de chance. Le parlement continuait de refuser de voter les crédits correspondant à  ces programmes.       

Le fonctionnement de l'administration colonaile et la mise en place de l'outillage d'exploitation seront, pour l'essentiel, financé par les budgets locaux. Entre 1920 et 1929  5% des dépenses budgétaires de la fédération de l'Afrique occidentale française avait été consacrées à l'équipement, et une part beaucoup plus significative au fonctionnement des services administratifs. C'est au Sénégal que les infrastructures réalisées avec les deniers publics locaux étaient les plus importantes. La colonie y avait investi 17% de ses ressources entre 1920 et 1929, avec une période dégressive qui se situe entre 1921 et 1925. 

96% des biens d'équipement importés dans la colonie l'étaient par le secteur privé. Ce pourcentage reflète certes la faiblesse des commandes et de l'investissement publics. Mais il n'en cache pas pour autant la part strictement consacrée à l'outillage économique par le monde des affaires, car l'essentiel de ces biens d'équipement importés était à usage domestique.

Toute l'infrastructure qui avait été mise en place au Sénégal, plus par les finances publiques que privées, avait pour objet essentiel  de servir de support, d'abord à la conquête,  puis au drain  vers la métropole des produits de base de l'ensemble colonial ouest-africain.

Les éléments constitutifs des recettes budgétaires coloniales étaient les impôts personnels indigènes, les revenus douaniers et les subventions métropolitaines.

Les impôts personnels (ou "sur rôles")  concernaient pour l'essentiel la taxe de capitation et rachat des prestations, surtout à partir de 1936, et éventuellement une imposition différentielle sur le revenu qui ne touche qu'une partie infime de la population. L'impôt indigène était un élément essentiel puisque, l'idée était que le financement de la mise en valeur des colonies devait être effectué par ses habitants.

A cet égard les revenus douaniers, pouvaient être assimilables, en majeure partie, à une taxation indirecte sur l'indigène, destinée également à financer l'effort colonial, pour tout ce qui n'était pas biens de production lesquels étaient importés  par  les firmes expatriées et par  le gouvernement colonial.   

Les récessions mondiales qui affectent directement les revenus douaniers se traduisent immédiatement par des restrictions sévères: en 1902, en 1907, pendant la guerre, en 1921-23, dans les années trente, et en 1940-43. Comme les dépenses de fonctionnement calculées au plus juste dans un contexte permanent de pénurie administrative, la récession  affecte directement les dépenses publiques.

  Les  accidents de 1905, 1908-1909, 1912, 1915, 1921-1922, 1931 et 1936 sont très sensibles en AOF. Les difficultés du commerce international ont été compensées sur place par une politique de contrainte qui a lourdement grevé l'évolution sociale interne. Mais les redevance douanières y crurent  plus que les rentrées de l'impôt : 3,7% contre 2,7%

Le poids de la dette sur les budgets coloniaux mit incontestablement en marche le processus infernal de l'aide et de l'endettement. En 1936, la dette représentait 40% des dépenses du budget général de l'AOF. La charge a été maximale, au moment les moins propices : période de guerres 1914-1918, 1939-1945, ou de crise 1933-1937.

Les échéance dépassent 10% le total des dépenses de l'ensemble ouest-africain avant la guerre et jusqu'en 1919, et oscille au de-là entre 5 et 8%.

La loi sur l'autonomie financière des colonies entendait faire assumer par les territoires sous domination les frais  de leur développement - en équipement et fonctionnement. Compte tenu du poids cumulé de l'imposition directe indigène (de 25 à 50% du total) des taxes à la consommation induite des redevances douanières (pas loin de 30%) et du reste des contributions indirectes indigènes non recensées ( permis licences patentes) ont est pas pas loin du fait. Le financement public issu des entreprises et individus d'origine métropolitaine représentait fort peu jusqu'aux années 20, et 25% au plus en fin de période.

La moitié de l'aide française a été fournie à l'AOF avant la première guerre mondiale (121 millions de 1905 à 1913) soit, en moyenne 13 millions par an. L'autre moitié  l'a été pendant la grande dépression de 1931 à 1938 (14 millions par an)

Entre temps, c'est au contraire l'AOF qui subventionnait le budget de la Métropole, il est vrai de façon limitée: une moyenne annuelle de 800.000 francs sur 17 ans, de 1914 à 1930.

Le coût de l'équipement public intérieur de l'AOF peut-être estimé, de 1905 à 1938, à 1,445 millions de francs. A supposer que la totalité de l'apport métropolitain (220 millions) fut consacré à l'équipement - ce qui n'est évidemment pas le cas -, la participation de Métropole aurait don été de 13% au plus, dont l'essentiel fourni avant guerre,

Suivant ces données, de 1914 à 1930 c'est l'AOF elle même, c'est-à-dire l'ensemble de ces habitants, qui a réalisé et payé la totalité de ses infrastructures

Les territoires coloniaux d'Afrique noire ont peu attiré les capitaux privés français, au moins jusqu'à la première guerre mondiale. Les investissements français étaient plutôt dirigés vers les pays semi coloniaux, vers les chemins de fer d'Europe centrale ou de la péninsule ibérique,  la Russie et  la Turquie.

Pour l'AOF l'équipement privé aurait une valeur globale de 421 millions de francs, soit le double de l'apport public métropolitain. Le quart seulement aurait été investi  avant la guerre de 1914, et plus de la moitié à partir de 1924, avec une stabilité somme toute remarquable, en dépit de la guerre et des crises.

Les investissements étaient le fait d'entreprises bien intégrés au marché qui  participaient autant que l'Etat français à l'équipement du territoire, et bien plus que lui en  phase de prospérité capitaliste.

Les investissements industriels répondaient au besoin de corriger les avatars de l'économie de traite à ses période de crise les plus aiguës, au Sénégal en particulier : conserverie de Lyndiane, les usines de pêche, décortiquerie, apprêtage textile, exploitation minière, production et distribution d'énergie électrique, travaux publics et bâtiment, entretien et manutention.  

                



Article ajouté le 2006-07-29 , consulté 96 fois

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