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Côte d'Ivoire : l’Eléphant sur le retour

L’Eléphant sur le retour

PAR AMADOU FALL

 

ABIDJAN – Sans paix, point de croissance ni de développement. La Côte d’Ivoire en a fait l’amère expérience durant ces dernières longues années de déchirement territorial, politique et social, sur fond de guerre civile. L’Eléphant qui pesait très lourd sur l’échiquier économique sous-régional a été fortement dégraissé par la crise interne tellurique qui a sapé jusqu’à ses fondamentaux les plus solides et stables. L’économie ivoirienne qui représentait auparavant 40% du produit intérieur brut de l’Union économique et monétaire ouest africaine a, au change, cédé cinq très précieux points.

Mais  avec la volonté de paix affichée par toutes les parties naguère belligérantes et qui se traduit effectivement sur le terrain par un assez laborieux rabibochage des éclats du Nord et du Sud, depuis l’accord historique de Ouagadougou, l’Eléphant est sur le retour. Cela se sent, dans la capitale ivoirienne, à travers cette joie de vivre qui a repris tous ses droits, dans les relations moins méfiantes et heurtées qu’entretiennent les Eburnéens d’essence différentes, l’amélioration du climat sécuritaire, l’optimisme ambiant noté chez les populations, mais également et surtout dans la relance des activités et des affaires.

De grands groupes d’investisseurs extérieurs reviennent progressivement sur les bords de la lagune Ebrié. Des établissements financiers locaux comme la Banque nationale d’investissement (BNI) et également de dimension régionale, tels les groupes Banque Atlantique, Ecobank, Société Générale ainsi que les  Nigérianes  UBA et Access Bank sont en train de se déployer sur le pays.  Une situation qui n’est pas sans donner aux milieux d’affaires l’espoir d’accéder à des ressources longues à des taux modérés pour reconstituer les outils de production et reconquérir des marchés perdus. Cette dynamique fait espérer un niveau d’investissement nettement supérieur au 8,7% du PIB réalisé en 2007.

Globalement, la Côte d’Ivoire a renoué avec la croissance, à un taux estimé à 2,3% en 2008, selon les autorités économiques et financières du pays. Le ministre ivoirien de l’économie et des finances, Charles Koffi Diby expliquait récemment que cette embellie est principalement le fait des secteurs de la  télécommunications (+10,9%), du BTP (+8,6%), de l’agroalimentaire (+8,4%), du commerce (+3,8%), de l’énergie (+2,9%), de l’agriculture vivrière (2,9%) des services (+2,8%), des produits pétroliers (2,7%) et du transport (+2,4%).

Mais tout cela est encore trop faible pour impulser la dynamique de croissance économique nécessaire à l’éradication de la pauvreté que cinq années de chaos politico-militaire ont exacerbée.  Elle aurait gagné 49% de la population ivoirienne. Aussi, le gouvernement ivoirien, depuis qu’il a renoué avec les institutions de Bretton Woods en août 2007, fait tout son possible pour  la conclusion d’un nouveau programme triennal économique et financier beaucoup plus ambitieux pouvant lui permettre de bénéficier pleinement des avantages et financements qu’offrent la Facilité pour la réduction de pauvreté et pour la croissance (Frpc) et l’allègement de la dette dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (Ppte). Il lui faut en effet trouver auprès de la communauté financière internationale une importante part des moyens requis pour remettre résolument sur les rails une locomotive économique trop longtemps grippée et ramener conséquemment la pauvreté à un seuil plus acceptable.

Les efforts de l’Etat ivoirien commencent à porter leurs fruits. Il a reçu à la mi-avril 75 milliards de francs CFA de la Banque mondiale, des subsides destinés à l’apurement partiel de sa dette vis-à-vis des entreprises de la place. Au total, 114 milliards de francs CFA ont été injectés, en ce mois d’avril, dans l’économie ivoirienne pour éponger les arriérés intérieurs de la puissance publique envers le secteur privé. Le mouvement sera poursuivi au rythme de 20 milliards de francs CFA par mois, à compter de mai. Cet engagement est le signe  manifeste d’une réelle détermination  à  donner un puissant souffle à l’activité productive nécessaire à la relance économique par plus d’investissement privé. Le leitmotiv de cette année est le « retour gagnant » des entreprises ivoiriennes sur le marché local et sous-régional.    

Toutefois la renaissance d’un secteur privé dynamique et conquérant suppose un environnement incitatif et propice aux affaires. Or, dans l’état actuel des choses, la Côte d’Ivoire n’a point une bonne cote dans le tableau du «Doing Business» établi par la Banque mondiale. Plus qu’avant la guerre civile et la dislocation du pays, l’économie ivoirienne est terriblement gangrenée par la corruption, l’insécurité judiciaire et la cyber-criminalité. S’y ajoutent le détournement des revenus fiscaux  qui péjore les moyens financiers et capacités d’action de l’Etat et la fraude qui asphyxie l’industrie locale. Ces défauts résistent à la fin de l’état de guerre qui les avait accentués. Il est aujourd’hui impératif de récurer les écuries d’Augias pour que l’Eléphant puisse repartir proprement et du bon pied. 

 



Article ajouté le 2009-05-04 , consulté 51 fois

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