Interrogations sur l'avenir de la Côte d'Ivoire
CÔTE D'IVOIRE
Tutelle internationale contre dérive fatale ?
PAR AMADOU FALL
Nommé, le 4 décembre dernier, nouveau Premier ministre de
La communauté africaine et plus largement internationale ne pouvait continuer à regarder
Si aujourd'hui le pays n'est pas tout à fait sous tutelle internationale, ça y ressemble. En effet, conformément aux décisions prise les 6 et 14 octobre 2005 par le Conseil de
Avec comme force d'appui les Casques bleus de l'ONUCI et les soldats français de l'opération Licorne, cette autorité de tutelle qui ne dit pas encore son nom a comme mission de surveiller au quotidien le processus de paix et la préparation des élections présidentielle et législative prévues au plus tard le 31 octobre 2006, « d'évaluer et de vérifier le degré de coopération des acteurs et parties concernées ». En cas d'obstruction, le GIT a le devoir de transmettre l'identité des coupables au Comité des sanctions qui siège aux Nations Unies, à New York. Entre autres mesures, il peut décider le gel de leurs avoirs ou leur interdiction de voyage.
Le GIT est totalement indépendant de l'actuel président ivoirien dont le mandat arrivé à son terme le 30 octobre 2005 terme n'a été prorogé que faute d'un meilleur compromis, en attendant les élections de 2006. Il a plutôt été assis pour épauler le Premier ministre « acceptable par toutes les parties » avec qui Laurent Gbagbo doit obligatoirement cohabiter dans cette phase transitoire, sans pouvoir le démettre. Le GIT et ce Premier ministre consensuel sont désormais les dépositaires de la réalité du pouvoir et les garants de la paix en Côte d'Ivoire, dans le même temps, et comme tels ils doivent être les incontournables garde-fous qui empêcheront tout nouvel abus de la part l'actuel locataire du palais présidentiel d'Abidjan et de ses affidés, mais également tout dérapage de la part des camps adverses.
PLEINS POUVOIRS
AU PREMIER MINISTRE
C'est Charles Konan Banny, encore gouverneur de
Selon le mandat défini par la médiation qui l'a nommé, conformément à la résolution 1633 du Conseil de sécurité des Nations Unies, Konan Banny dispose de « tous les pouvoirs nécessaires » et de « toutes les ressources financières, matérielles et humaines voulues, en particulier dans les domaines de
Fort du soutien du président en exercice de l'UA le Nigérian Olesegun Obasanjo, du président en exercice de
Ses critères ont été très sélectifs. Tout d'abord, il ne voulait pas ses laisser enfermer dans la logique qui prévalu lorsqu'il s'est agi, en application de l'Accord de Linas-Marcoussis du 24 janvier 2003, de former un gouvernement en confiant chaque portefeuille à une personne expressément désignée par sa formation politique. Il s'est réservé le droit restreindre la taille du gouvernement et de le former lui-même, à en ventiler les postes en se fondant sur les listes des ministrables qui lui ont été communiquées par les formations politiques consultées et d'où il a choisi ceux qui, de son point de vue, sont les plus aptes à l'aider dans ses missions. Ensuite, sans écarter les leaders de parti, il avait dressé de tout futur ministre le profil d'un homme ou d'une femme pas trop marqué politiquement, qui doit s'imposer une obligation de réserve et s'abstenir de déclarations partisanes pouvant mettre le gouvernement en difficulté, comme cela était trop souvent le cas sous le précédent Premier ministre, Seydou Diarra.
UNE TRANSITION
QUI DEBUTE MAL
Mais Konan Banny a beaucoup peiné pour former son gouvernement. Et pour cause. Les partis et organisations signataires de l'Accord de Linas Marcoussis avaient tout d'abord refusé de céder sur la réduction du nombre des portefeuilles ministériels dont ils disposaient depuis 2003, avant de revenir à de meilleurs sentiments. Finalement, toutes les formations politiques avaient, à la date du 15 décembre, déposé leurs listes de ministrables. A l'exception notable du Front Populaire Ivoirien (FPI).
Le parti de Laurent Gbagbo réclamait la moitié des portefeuilles ministériels en compétition, à plus de postes que le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, l'ex-parti unique) de l'ancien président Henri Konan Bédié, le Rassemblement des Républicains (RDR, opposition libérale) de l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara et le Mouvement des Patriotes de Côte d'Ivoire (MPCI) de Guillaume Soro. Non seulement le FPI demandait plus de portefeuilles que les autres, et surtout les ministères de souveraineté que sont
Gagbo a finalement lâché du lest en déposant la liste des ministrables du FPI, comme tout le monde. Mais il n'en avait pas moins continué à faire de la surenchère relativement au nombre de postes qui devront être dévolus à son parti qui refuse d'être en position minoritaire dans le nouveau gouvernement par rapport au reste de l'opposition. Il s'est, jusqu'à la dernière énergie, accroché au portefeuille des Finances, « pour ne pas voir dévoiler sa mauvaise gouvernance » qui « révèlerait au grand jour les affaires sales » dont lui et son camp seraient coupables, selon ses contempteurs.
Charles Konan Banny a finalement pu constituer son gouvernement, le mercredi 28 décembre 2005. L'on y retrouve, dans un relatif équilibre, tous les partis au centre de la crise ivoirienne, ainsi que des représentants de la société civile. C'est un cabinet de 32 membres, contre plus de 40 dans le précédent. Le Front Populaire Ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo y compte le plus grand nombre de portefeuilles avec 7 ministères. Les deux principaux partis de l'opposition, le Rassemblement des Républicains (RDR) d'Alassane Ouattara et le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de Henri Konan Bédié ont respectivement 5 postes. Les Forces nouvelles (FN) de Guillaume Soro en ont 6. Quatre membres de
A noter que le Premier ministre détient également le poste des Finances qui a été l'objet d'âpres tiraillements avec Gbagbo. Guillaume Soro, le patron de la rébellion du Nord, devient ministre d'Etat, chargé de la reconstruction.
Les premiers obstacles que Laurent Gbagbo a commencé à dresser sur le chemin du nouveau Premier ministre ivoirien sont la preuve qu'il n'entend point lui laisser les coudées franches. Leur cohabitation a tout l'air de prendre très rapidement les contours d'une confrontation permanente. Dans ce contexte de tensions qui s'annoncent inéluctables, malgré l'épée de Damoclès des sanctions internationales qui planent sur les probables incartades et abus de pouvoir de Laurent Gbagbo, Konan Banny va-t-il pouvoir mener à bien sa difficile et délicate mission : démêler les fils de la discorde en Côte d'Ivoire ? Charles Konan Banny pourra-t-il réussir là où Seydou Diarra, l'ancien Premier ministre, a échoué ? Ce dernier n'a pu faire réaliser à
Mais les vrais pouvoirs sont maintenant, conformément à l'article 8 de la résolution 1633, entre les mains du Premier ministre, aux fins de «garantir la sécurité et le redéploiement de l'administration et de ses services publics sur l'ensemble du territoire ivoirien, de conduire le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration et les opérations de désarmement et de démantèlement des milices et d'assurer l'équité de l'opération d'identification et d'inscription des électeurs». Ces tâches figuraient déjà dans les missions assignées à son prédécesseur. Elles sont reprises aujourd'hui sous la double bannière de l'Union Africaine et des Nations Unies.
DEUX ETATS,
DEUX NATIONS ?
Malgré tout cela, Charles Konan Banny n'a, en réalité, pas la moindre chance de réussir, en l'espace d'une année ce que Seydou Diarra n'a pu obtenir en deux années. Son gouvernement ne peut pas réaliser, en ce laps de temps, le miracle d'amener les insurgés du Nord qui occupent 60% du territoire ivoirien à se désarmer et s'offrir en proie facile à un Gbagbo qui n'attend que cela, pour reconquérir militairement cette partie du pays.
Trois ans après l'insurrection du 19 septembre 2002 qui a marqué le début de la partition de
L'avenir de
Il faut savoir que l'unité ivoirienne entre le groupe Mandé du Nord (Malinké, Bambara, Dioula, Foula, etc.) majoritairement musulman et les groupes Akan (Baoulé, Agni, Abron, Ebrié, Abouré, Adioukou etc.) et Bété (l'ethnie de Laurent Gbagbo) du Sud à dominante chrétienne et animiste, ne s'est à l'origine réalisé que par la force militaire et le diktat administratif de la puissance coloniale française. Elle s'est maintenue, de l'indépendance jusqu'à la disparition du président Félix Houphouët-Boigny grâce au jeu d'équilibre que ce dernier a entretenu entre les différentes composantes régionales ethniques et sociopolitiques, en faisant pleinement valoir son ascendant sur les Ivoiriens, son charisme, mais également et surtout en distribuant des prébendes à ceux qui étaient dans l'ordre établi et en réprimant toute velléité d'en sortir ou de le perturber.
C'est avec la disparition du « Vieux », comme on appelait révérencieusement Félix Houphouët-Boigny, et l'aggravation de la récession qui depuis le début des années quatre-vingt rétrécit les richesses ivoiriennes, que les vieux démons de la division et de la xénophobie se sont réveillés. Ils ont été avivés à l'extrême par les antagonismes déchirants entre les prétendants politiques à la succession du père de l'indépendance nationale. Il s'agit de Henry Konan Bédié du PDCI qui le concepteur de la théorie exclusionniste de « I'Ivoirité », de Laurent Gbagbo du FPI, d'Alassane Ouattara du RDR et plus récemment de Guillaume Soro des Forces Nouvelles, pour ne citer que ceux qui cristallisent encore la profonde crise ivoirienne et toutes les divisions entre le Nord et le Sud.
POUR
L'UNION ET
L'on en arrive à penser - comme autre scénario plausible - que pour le retour de la paix et de l'unité en Côte d'Ivoire il faudra nécessairement que tous ces protagonistes qui ont mal fait leur temps se retirent définitivement de l'échiquier politique, pour céder la place à des hommes et des femmes bien moins marqués et plus aptes à conduire ce pays vers la réconciliation, la réunification et la reconstruction nationales. L'idéal est qu'ils acceptent de gré cette renonciation, avec la claire conscience, qu'entre eux, ce sera le chaos permanent, quelle que soit leur volonté individuelle et politique de faire revivre
Dans tous les cas de figure la sortie de crise de
Les pays de la sous-région qui sont loin de tirer profit de cette situation la déplorent d'autant plus que
C'est ainsi qu'il faut comprendre l'engagement d'un pays comme le Sénégal à œuvrer sur tous les tableaux pour que la paix, l'union et la stabilité reviennent en Côte d'Ivoire, comme en témoigne l'acceptation de la signature du cessez-le-feu que son chef de

Commentaires