Echos des tropiques

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Le pape, ce héros…

Le pape, ce héros…

PAR AMADOU FALL

Entier en lui-même et absolument fidèle au dogme chrétien, Karol Wojtila qui s'en est allé à Dieu samedi, sur les traces du Christ, quelques jours seulement après Pâques, a été de tous les combats pour la concorde et la paix entre les religions et les peuples, mais également contre les guerres, l'appauvrissement et l'avilissement du genre humain.

Pape de rupture et de dépassement, nourri à la sève de ses modestes racines, mais également pétri dans le combat de son peuple originel, celui de la Pologne, contre le nazisme, la dictature et tout musellement des droits humains, Jean Paul II aura été celui qui a le plus réconcilié les Chrétiens avec eux-mêmes et avec tous leurs autres voisins du monde.

Grâce à lui, les Chrétiens ont, en effet, pu largement sortir du traumatisme historique des croisades, pour beaucoup mieux considérer et accepter tous ceux avec qui ils n'ont pas en partage la même religion là où ils sont majoritaires, et aussi assumer pleinement leur identité là où ils sont minoritaires, comme cela peut être le cas dans certains pays d'Afrique et d'ailleurs.

Jean Paul II a été l'infatigable apôtre du dialogue entre toutes les religions, entre toutes les communautés du monde. N'est-ce pas lui qui clamait haut et fort, dans son encyclique « Redemptoris missio », que l'on peut très bien affirmer son identité tout en dialoguant ; et que l'on peut, ensemble, faire progresser l'humanité ?

Le continuateur du Christ et de Pierre avait à cœur ce combat pour l'entente entre les confessions.  A une rencontre qui eut lieu, le 23 mars 2000, en la ville sainte de Jérusalem, il avait, sans état d'âme, tendu la mains à tous, en ces termes : « L'Eglise catholique souhaite poursuivre un dialogue inter-religieux sincère et fructueux avec les membres de la foi juive et les disciples de l'Islam. Par un tel dialogue, nous n'essayons pas d'imposer nos idées aux autres. Ce que cela exige de chacun de nous, c'est que, fidèles à nos croyances, nous nous écoutions respectueusement les uns les autres, que nous cherchions à discerner tout ce qui est bon et saint dans ces enseignements réciproques. »

Jusqu'au bout de ses souffrances humaines, le Pape a vécu dans la profonde conviction divine qu'en ce troisième millénaire, celui dit de l'information et du spirituel, germera et se développera une conscience de la fraternité universelle entre les  peuples, car ils appartiennent à  la même famille humaine, et qu'il y aura, une plus grande coopération entre les fidèles des religions dans le sens  des valeurs spirituelles intrinsèques à l'humanité.

Le Saint père était aussi un apôtre de la paix. Plus proche de nous,     il s'est  farouchement opposé à l'intervention militaire américaine en Irak deux années plus tôt, mobilisant une énergie qui lui faisait, déjà, atrocement mal. Il s'était surtout offusqué de la manière dont ce conflit était présenté, comme une guerre opposant le Christianisme à l'Islam, alors qu'il s'agissait de tout autre chose, d'un choc de civilisations et d'intérêts. D'où ses appels angoissés, pour la paix.

Le Pape n'en était pas pour autant un pacifiste, c'est-à-dire quelqu'un qui accepte le maintien du statu quo du calme apparent sous une lourde botte dictatoriale. A l'épreuve de l'histoire et de sa foi inébranlable, Il avait claire conscience que le combat pour la vie et la liberté ne se gagne pas sans sacrifice. Quand il lançait son lancinant appel pour la paix en Irak,  avant que les Américains ne déclenchent le déluge de feu sur ce pays, c'était surtout pour supplier Saddam Hussein d'épargner à son peuple une sanglante guerre qu'il savait perdue d'avance, en le libérant, à temps, de sa propre tyrannie.  Le Pape militait ardemment pour la paix, mais il  n'était point contre les conflits déclenchés pour la défense des opprimés,  pour libérer  des peuples de l'iniquité et de l'horreur.

Le Pape s'est opposé à tout ce qui porte atteinte à la dignité et à l'intégrité de la personne humaine. Il a honni le totalitarisme et toute autre forme de dictature. Il a eu, de la sorte,  à s'élever presque rageusement  contre le capitalisme sauvage qui, au nom de la sacro-sainte doctrine du « laisser aller, laisser faire » appliquée à outrance, au nom d'un libéralisme aujourd'hui triomphant,  donne, aux plus riches et forts, toute la latitude d'exploiter, jusqu'à l'oppression savamment dissimulée, les plus pauvres et faibles de la planète terre.

Jean Paul II avait fait de la lutte contre l'avilissement de l'homme et de la société, son sacerdoce. Les cultures, y compris celles religieuses, les systèmes et les pouvoirs qui martyrisent l'âme, l'esprit et le corps humain, peuvent être combattus, par les armes, si nécessaire, comme ils doivent l'être surtout par la politique, l'économie, la culture, l'éducation, la santé et la morale.  Ainsi professait-il et agissait-il, dans son combat pontifical de tous les instants. Ce Pape là était assurément un héros…  

 



Article ajouté le 2006-08-05 , consulté 55 fois

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