Guinée-Bissau : La sortie de crise avec Nino Vieira ?
Guinée-Bissau : La sortie de crise avec Nino Vieira ?
PAR AMADOU FALL
Pourtant, Nino Vieira avait déjà été reconnu vainqueur par la Commission nationale électorale (CNE), après les premières vérifications et les confrontations faites par les techniciens informatiques des deux camps. Et le scrutin avait, auparavant, été jugé « juste, libre et transparent » par les observateurs internationaux envoyés par l’Union africaine (UA),
Si la contestation de son élection ne prospère pas, João Bernardo Vieira devrait, incessamment, reprendre en main les destinées de
DEFIS MAJEURS : RESTAURER
ET RELANCER L’ECONOMIE
Le défi le plus prégnant auquel Nino Vieira doit faire c’est celui de pourvoir immédiatement relancer la lutte contre la misère extrême et pour le développement, à travers l’exploitation et la valorisation optimales des potentialités humaines et ressources naturelles propres à
Blottie au sud du Sénégal, sur la côte africaine de l’Atlantique,
90% de la population vit avec moins de d’un dollar par jour Elle une espérance de vie faible d’à peine 44 ans, une mortalité infantile élevée, des taux d'alphabétisation pour les adultes de 53% (85% des femmes sont analphabètes) et de scolarisation de 25% pour les enfants. Il existe en outre de fortes disparités entre urbains et ruraux en matière d'accès à l'eau potable et d'assainissement.
Les cultures, notamment les rizières, sont en friche, tandis que les bateaux de pêche étrangers pillent les riches fonds marins. L’exportation de sa principale richesse, la noix de cajou souffre de la fluctuation des cours dictée par les importateurs asiatiques et de la baisse du dollar, autant que de la contrebande. La dette extérieure a atteint 699 millions de dollars en 2003 Les salaires des fonctionnaires et d’une partie de l’armée accusaient en février 2004 jusqu’à huit mois d’arriérés.
Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), le Malien Alpha Oumar Konaré faisait noter, dans son dernier rapport sur
Les bailleurs internationaux avaient recommencé à soutenir financièrement le pays après le renversement de kumba Yala en 2003 et la formation d'un gouvernement civil de transition qui a permis de rétablir un pouvoir constitutionnel à Bissau. Les importants arriérés de salaires dus aux fonctionnaires, aux enseignants et aux militaires ont, dans ces conditions, pu recommencer à être payés.
A ce jour, les opérations de l'Etat sont supportées un Fonds de Gestion économique d'Urgence constitué de contributions internationales et géré par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).
Mais les crédits du Fonds sont épuisés. Il cessera d’ailleurs de fonctionner d'ici à fin de l'année. Et les discussions avec la banque mondiale et le Fonds monétaire international, en vue de la finalisation du Document de Stratégie de Réduction de
Ainsi le défi le plus immédiat que le peuple bissau-guinéen et les nouvelles autorités qui vont se mettre en place se doivent de relever impérativement est d’abord de restaurer la stabilité politique et sociale, d’ouvrir les voies de sortie de la zone de turbulence dans laquelle leur pays erre depuis 25 longues années.
La tâche qui attend Nino Vieira est herculéenne : se faire pardonner la brutalité avec laquelle il a gouverné
UN INDISPENSABLE JEU D’ALLIANCES
ET DE RECONCILIATION NATIONALE
Pour que la stabilité ne reste pas un vœu pieux, nombre d’observateurs estiment que Nino Vieira devra être très souple avec ses adversaires politiques, constituer un gouvernement d’union nationale avec eux, s’il le faut. Un pas important est franchi dans cette optique avec l’ancien président Kumba Yala qui, fort des 25% de voix obtenus au premier tour, a beaucoup contribué à sa la victoire finale de Nino. Il l’a fait remarquer et est en bonne position pour exiger des places dans le futur gouvernement.
Nino Vieira devra également composer, d’une manière ou d’une autre, avec Malam Bacai Sanha qu’il vient de vaincre par les urnes, et aussi avec le Premier ministre sortant, Carlos Gomes Junior, tous deux soutenus par l'Assemblée nationale issue des législatives de mars 2004. Le PAIGC (Parti africain pour l'indépendance de
Le problème est que la plupart des hauts responsables de cet ancien parti unique contestent le leadership de Nino Vieira, bien qu`il ait dirigé le PAIGC pendant presque 20 ans. Carlos Gomes Junior a lui-même laissé entendre qu`il ne siégera pas dans un gouvernement présidé par Nino Vieira…
La partie sera tout aussi difficile avec l’Armée. Elle est prompte à se soulever, quand des failles apparaissent dans les rangs des politiques. Mais encore, son actuel chef d’Etat-major, le général Tagmé Na Wai, ne nourrit pas les meilleurs sentiments à l’endroit de Nino Vieira. Il l’avait fait arrêter en 1985, pour un présumé complot, puis torturé et enfermé dans le bagne de l’archipel de Bijagos, dix années durant.
RETOUR A
DES PROGRES POLITIQUES ET ECONOMIQUES
Le retour de João Bernardo Vieira s’avère difficile à tout point de vue. Il n’en demeure pas moins, malgré les errements du passé qu’il regrette et veut aujourd’hui faire oublier, il a tout de même fait faire de grands pas à la démocratie en Guinée-Bissau, durant son règne antérieur. On lui doit, en effet, la révision constitutionnelle qui, en mai 1991, abolit l'exclusivité du PAIGC comme force dirigeante de la société et de l'Etat et consacre la séparation entre les Forces armées, la centrale syndicale constituée par l'Union nationale des travailleurs de Guinée-Bissau et le PAIGC. Il en est de même de la loi-cadre instituant le multipartisme et la création, en 1993, d’une commission nationale électorale dans la perspective des premières élections générales organisées en 1994.
On doit également à Nino Vieira le choix courageux opéré en 1997 avec l'entrée de
Le processus de renouveau démocratique et de relance économique qui était ainsi bien parti en Guinée-Bissau, s’interrompra à partir de 1998, du fait la longue guerre civile qui éclate lorsque la majeure partie de l’armée entre en rébellion pour soutenir le chef d’Etat major d’alors le général Ansuma Mané accusé par Nino Vieira d’organiser un trafic d’armes à destination des rebelles de Casamance, la région méridionale du Sénégal voisin. Le conflit interne prendra une tournure sous-régionale avec l’intervention de troupes sénégalaises et guinéennes venues soutenir Nino Vieira. Les médiations successives (OUA, CEDEAO, ONU, UA) n’avaient rien pu contre la spirale de violence ainsi enclenché et qui sera notamment marquée par l’exclusion de Vieira du jeu politique, la tentative de putsch d’Ansumana Mané contre Kumba Yala élu démocratiquement en janvier 2000, l’assassinat du général Mané par les forces loyalistes, le renversement du président Yala en septembre 2003 par le général Verissimo Seabra Correia, lui-même assassiné fin 2004, quelque temps après l’entame du processus de transition conduit depuis deux ans par le président intérimaire Henrique Rosa. Ce processus vient de prendre fin avec l’élection de João Bernardo Vieira à la magistrature suprême. Et
Le peuple de Guinée-Bissau espère très fortement voir la paix et un début de relance économique poindre avec les mutations politiques qui s’opèrent. Il est conscient que le pays n’a point du temps à perdre, face aux défis de la reconstruction, de la remise en ordre et de relance économique et de l'intégration régionale qui l’interpellent.
Une chose est certaine : Nino Vieira qui a bénéficié du soutien des autorités politiques et de certains hommes d’affaires des pays voisins, de
Ce qui précède fonde la détermination des autorités de

Commentaires