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Bad : juste une grande messe?

Bad : juste une grande messe?

 

PAR AMADOU FALL

 

Les assemblées annuelles de la Banque africaine de développement qui viennent de se tenir à Dakar sont un grand classique. Comme d’habitude, les délégués des 78 pays membres régionaux et non régionaux du Groupe, des chefs d’agences multilatérales de développement, des représentants de la société civile, d’ONG, du monde des affaires et de nombreux journalistes s’y sont retrouvés  pour débattre de la santé économique de l’Afrique, avant et après le passage en revue des réalisations à l’actif de la Banque elle-même et de ses différents fonds, le Fonds africain pour le développement et le Fonds spécial du Nigeria.  

Assurément, l’intervention de la BAD est fort appréciable dans les secteurs qu’elle a mis en priorité  dans sa Stratégie à moyen terme (2008-2012). En 2008 elle a approuvé, en prêts et dons, 3,5 milliards d’UC, environ 5,25 milliards de dollars, dont 44,5% pour les infrastructures, 25,7% au secteur privé et 21,5% à bonne gouvernance. En plus, elle accorde dans ses interventions un réel intérêt à l’intégration régionale, à l’agriculture et au développement social et humain.

L’accent mis sur ces domaines se justifie à maints égards, comme d’ailleurs souligné par les experts de la Banque. Les taux de croissance entre 5 et 6% enregistrés un peu partout sur le continent, avant la crise présente, ont eu pour corollaire une très forte pression sur les vétustes infrastructures existantes ; elle rend leur modernisation, renforcement et densification plus qu’indispensables pour qu’elles soient un soubassement encore plus porteur de croissance. L’entreprise privée est le moteur du développement visé, il va sans dire, surtout quand elle se positionne dans la valorisation des potentialités naturelles et humaines du continent. Dans une Afrique qui peine à nourrir ses populations, l’agriculture reste un vecteur vital. La bonne gouvernance est tout aussi déterminante pour une gestion saine et une utilisation efficiente des ressources financières des nations et l’instauration de climat de justice et de confiance sans lequel un pays ne saurait attirer et faire prospérer les investissements directs et extérieurs et   locaux.

La BAD fait sans doute beaucoup pour soutenir financièrement la croissance et du développement en Afrique. Mais sa contribution équivaudrait à un cache-misère si on la comparait à l’immensité des besoins que la crise financière et économique actuelle a très sérieusement  amplifiés. Dans « Les perspectives économiques en Afrique 2009 », une étude conjointe de la BAD, de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) et de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), l’on fait noter que la crise fera chuter de moitié le taux prévisionnel de croissance de l’Afrique, de 5,7% à 2,8% en 2009. Plus pessimiste encore, le Fonds monétaire international le voit   tomber à 2%. Au bas mot, il faudra trouver 50 milliards de dollars pour, en 2010, uniquement effacer les effets de la crise. A ce montant devront s’ajouter 110 milliards, si l’on se met dans la perspective de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. 

Où trouver tout cet argent ? Une décision prise à l’issue des 44-èmes Assemblées annuelles de la BAD à Dakar est d’engager « dans les meilleurs délais » des consultations en vue d’augmenter de près de 200% le capital de la BAD qui est actuellement de 35 milliards de dollars. La BAD elle-même, la Banque Européenne d’investissement (BEI) et la Société Financière Internationale (SFI) se sont engagées à Dakar à hauteur de 15 milliards de dollars. La BAD devrait également se partager avec les Banques asiatique et interaméricaine de développement 100 milliards sur les 1100 milliards de dollars du G20 pour le financement de la relance et de la régulation de l’économie mondiale, comme annoncé le 2 avril dernier à Londres.

Les financements espérés et attendus serviraient au financement du Plan d’action concocté pour aider en particulier les pays les plus pauvres du continent africain à faire face aux effets de la crise financière internationale et qui comporte, notamment une Facilité de liquidité d’urgence et une Facilité pour le commerce. Ils iraient à des secteurs porteurs de croissance, notamment à l’agriculture, aux infrastructures, à la recapitalisation des entreprises, au secteur financier, à la redynamisation du commerce, au renforcement de l’intégration régionale avec la mise en œuvre du NEPAD et des Programmes économiques régionaux (PER).

Le drame de l’Afrique c’est de continuer de penser et de croire que la solution à ses problèmes proviendra toujours de l’extérieur, de la « générosité » financière de ses partenaires au développement. Dans le contexte actuel, les subsides attendus, qu’ils passent par la BAD ou par un autre canal, participeraient, sans doute, à gommer les effets de la crise sur le continent si, bien évidemment, ils parvenaient effectivement à destination et s’ils étaient utilisés à bon escient. Mais il y a fort à craindre que la situation critique du continent ne soit le cadet des soucis des « gens du Nord » suffisamment préoccupés par la leur et qui ne vont assurément pas tarder à s’en sortir parce que, au-delà des discours politiques de circonstance, ils font tout, et de concert, pour réparer les dégâts, en y mettant les moyens, tous les moyens requis.

Côté africain, l’on était en droit de s’attendre à ce que les assemblées annuelles de la BAD, plutôt que d’être un classique, une grande messe pour rien, fût l’occasion d’un large engagement continental et au plus haut niveau de décision, à venir à bout de  la crise, en comptant d’abord sur nos propres moyens et capacités. C’était en tout ce que laissait entendre sa thématique : « L’Afrique face à la crise financière : un plan d'action ». Mais ce ne fut pas le cas, à dire vrai.

 Un expert a convaincu son auditoire en affirmant que l’Afrique peut mobiliser suffisamment de fonds internes pour s’en sortir. Ce qui lui manque le plus, pour ce faire, c’est la détermination politique, la confiance en soi, la valorisation de ses potentialités et davantage de solidarité. C’est ce qui apparaît dans le discours de Jean Ping, le Président de la Commission de l’UA appelant  les gouvernements africains à plus de volonté politique et à prendre des stratégies  qui lui sont propres pour sortir de la situation de crise. Celle-ci doit également être une opportunité pour diversifier et transformer les produits de base du continent pour plus de valeur ajoutée, consolider l'intégration des économies africaines et activer les relations financières, commerciales et économiques avec les pays émergents du Sud.

 



Article ajouté le 2009-05-22 , consulté 26 fois

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