Israël - Palestine : le tournant décisif ?
Israël - Palestine : le tournant décisif ?PAR AMADOU FALL
Il ne faut désespérer de rien, mais le rêve du peuple palestinien de vivre libre dans un Etat souverain, en voisinage pacifique avec Israël commence à ressembler à une chimère. Des accords désuets d’Oslo de septembre 1993 jusqu’à ces dernières années marquantes de l’échec du sommet d’Annapolis de novembre 2007, il est telle une feuille-morte au gré de vents mauvais, face au refus d’Israël de se plier à toutes les grandes résolutions internationales jusque-là prises en vue d’une paix durable au Proche-Orient.
A l’évidence, Israël n’aurait pas été aussi intransigeant et son conflit avec la Palestine ne se serait point éternisé de la sorte s’il n’avait pas eu le bénéfice de la caution politique et du soutien économique et militaire des Etats-Unis principalement, sous la pression forte et permanente du puissant lobby juif américain.
En croisade contre les terroristes islamistes et pour soi-disant instaurer la démocratie dans le Proche-Orient, Georges Bush a passé l’essentiel de son temps de présence à la Maison blanche à diaboliser l’Iran et la Syrie et à mettre à feu et à sang l’Irak et l’Afghanistan. Avec les sinistres et macabres résultats que l’on sait. Dans le même temps, et par la suite quand, dans la mouvance du sommet d’Annapolis, il a fait - en apparence - montre de meilleures dispositions pour une coexistence pacifique entre la Palestine et Israël, il n’a eu de cesse soutenir l’Etat sioniste. Washington n’a ni levé le plus petit doigt pour faire barrage à la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem Est ou encore à la construction du mur, ni ne s’est opposé a à l’opération « Plomb durci » sur Gaza, ces raids qui ont fait un millier de morts dans la bande, en décembre dernier.
Quelque six mois après, Gaza se meurt sous un blocus encore plus asphyxiant. Les terres les plus fertiles Cisjordanie continuent d’être illégalement occupées par plus de 300.000 colons juifs. La spoliation se poursuit méthodiquement à Jérusalem-est, tout comme les exactions et vexations quotidiennes à l’encontre du peuple palestinien. Des centaines et des centaines de milliers de Palestiniens sont en exil. Israël que les grandes démocraties occidentales considèrent comme étant des leurs est paradoxalement le seul Etat au monde, après l’Australie et l’Afrique du Sud, à maintenir une nation différente, sous le joug de l’apartheid, dans des ghettos isolés derrière de hautes murailles.
L’étau va-t-il se desserrer sous la férule du président Barack Obama ? Rien n’est encore sûr. Mais comme il l’a signifié au Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, lors de leur rencontre du 18 avril à Washington, et clamé plus haut encore le 4 juin au Caire, dans son adresse aux Arabes, le nouveau locataire de la Maison blanche est résolument pour la création d'un État palestinien et l'arrêt de la colonisation dans les territoires. « Israël doit reconnaître que, tout comme son droit à l'existence ne peut être nié, celui de la Palestine ne peut pas continuer de l’être non plus. Les Etats-Unis n'acceptent pas la légitimité de la poursuite de la colonisation israélienne. (...) Il est temps que cette colonisation cesse », a-t-il martelé.
Netanyahu et son gouvernement n’en continuent pas moins de faire de la résistance ou du dilatoire, se refusant toujours au gel de la colonisation des territoires et posant comme préalable à un accord définitif sur le statut de la Palestine en tant qu’Etat souverain, la concentration des efforts sur le renforcement de l’économie en Cisjordanie et un « arrangement » répondant aux besoins sécuritaires d’Israël.
Les liens entre les Etats-Unis et Israël qualifiés « d'inébranlables » par Obama lui-même ne sont pas moins en train de se craqueler. Et président américain, en rupture avec une histoire vieille d’une quarantaine d’années, pourrait pousser le bouchon plus loin encore, pour amener Israël à se plier à la solution de la décolonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, et de la coexistence pacifique avec un nouvel Etat palestinien aux droits nationaux reconnus. Obama n’a pas pour l’instant, ni pris d’engagement, ni annoncé de mesures concrètes pour ce faire. Ses moyens de pressions sont néanmoins importants : suspension de l’aide financière et militaire ; gel des garanties de crédits accordées à Israël ; pression fiscale sur les entreprises et autres organisations non-gouvernementales qui contribuent au financement de la colonisation des territoires. Mais le risque avec ces recours est, pour le premier président noir des Etats-Unis, de se mettre à dos une bonne partie des parlementaires américains, démocrates comme républicains, pro-israéliens. Avec toutes les conséquences qui peuvent en découler.
Aussi Barack Obama doit-il aller au-delà de possibilités internes politiquement risqués pour lui, pour fédérer autour de son initiative toutes les énergies qui, à l’échelle internationale, sont en faveur d’une « solution à deux Etats coexistant en paix », l’un palestinien, l’autre israélien – et non pas juif - dont la reconnaissance ne présupposerait pas un renoncement des exilés palestiniens à renoncer à leur « droit au retour » sur leurs terres. Le président américain est dès lors tenu de rompre avec les méthodes de son prédécesseur qui consistaient à faire cavalier seul, à marginaliser le Quartet pour le Proche-Orient, groupe comprenant les Nations unies, l'Union européenne, les États-Unis et la Russie. C’est en faisant de la paix au Proche-Orient une préoccupation et un objectif universels qu’il serait véritablement à même de faire accepter à Israël la seule solution qui vaille, avec la diplomatie et toutes les pressions qui conviennent.
C’est ce que l’opinion internationale exige, comme l’illustre parfaitement la création du Tribunal Russell sur la Palestine le 4 Mars 2009, dans le même esprit et les mêmes intentions que celui sur les crimes de guerre au Vietnam mis en place en 1966, sous la présidence de Jean Paul Sartre. Il n’a certes aucun caractère légal, mais il a la force du droit légitime de tous les citoyens du monde de condamner les injustices dont est victime le peuple palestinien et les violations du Droit internationale qui le privent d’un Etat souverain. Selon ses initiateurs et parrains de renom*, ce tribunal populaire œuvre à la dénonciation du déni en toute impunité par Israël des droits du peuple palestinien du fait du manque de volonté politique de la communauté internationale, et à l’interpellation des consciences pour l’avènement d’un nouveau processus de paix. Il passe nécessairement par une action concertée entre les Etats-Unis, l’Union européenne, la Russie, l’ONU, la Ligue arabe dont les positions sur la question ne divergent plus guère et qui doivent désormais réagir et agir en bloc.
La proposition du Quartet pour une conférence internationale sur le Proche-Orient à Moscou en 2009, accueillie favorablement par le Conseil de sécurité des Nations Unies à travers ses résolutions 1850 du 16 décembre 2008 et 1860 du 8 janvier 2009 ainsi que la déclaration présidentielle du 11 mai 2009, sont à inscrire dans cette perspective. Cette rencontre pourrait être le lieu d’un tournant décisif, si elle permettait de réunir autour d’une même table, Israël, les dirigeants du Fatah et du Hamas parlant d’une même voix, la Ligue arabe et tout le Quartet, en la présence du président Obama. Cela est dans l’ordre du possible quand on sait que le Kremlin fait tout pour que la visite en Russie du président américain, programmée en juillet, coïncide avec la tenue du sommet ; que Moscou qui a maintenu de bonnes relations avec les deux factions palestiniennes pourrait les convaincre d’y participer ensemble. Et que, avec le tournant pris par la politique extérieure américaine, Benjamin Netanyahu ne pourrait pas ignorer un forum sur le Proche-Orient auquel prendrait part Barack Obama.

Commentaires