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La crise efface la valeur de la gomme

La crise efface la valeur de la gomme  
PAR AMADOU FALL

Il y a des décisions qu’on ne saurait prendre de gaieté de cœur. Quand un opérateur économique met la clé de son entreprise sous le paillasson, ou gèle ses activités en attendant des lendemains meilleurs, il ne peut le faire que contraint et forcé. Un entrepreneur digne de ce nom est comme le capitaine au long cours. Il ne rend les armes ou ne quitte ne quitte son navire qui sombre que quand il n’y a plus rien à faire, et le dernier après tout le monde.
Par les temps de crise qui courent, les entreprises voguent sur des mers en furie, à la merci d’innombrables écueils. Les plus fragiles et vulnérables parmi ces structures sont bien évidemment celles qui bataillent pour survivre dans les tourments exacerbés du sous-développement. Elles ne maîtrisent pas les paramètres essentiels à leur existence et croissance qui sont déterminés par les tendances de marchés extérieurs sur lesquels elles n’ont nul ascendant.
Et c’est pour cette raison malheureuse que, tout récemment, une entreprise de droit sénégalais, spécialisée dans la production et l’exportation de gomme arabique, a pris la décision de suspendre toutes ses activités de plantation et d’exploitation de gommiers, pendant deux ans, en raison de la baisse drastique du prix du produit sur le marché mondial. De quelque 5 dollars US le kilogramme avant la récession qui a fortement comprimé la demande dans les pays de grande consommation, il est tombé à 1,5 dollar actuellement.
Si, comme l’avance la direction de la société en question, à moins de 2,5 dollars le kilo elle est en rupture d’équilibre, on ne peut que lui concéder la légitimité de sa décision de geler ses activités, prise à contrecœur très certainement. Quand la valeur marchande de la gomme est effacée par la crise, le réalisme économique  prime logiquement.
Toujours est-il qu’un autre enjeu de taille n’est pas à occulter. C’est l’importance hautement stratégique que revêtent les plantations de gommier arabique dans la lutte contre la désertification, en contribution à l’édification de la Grande muraille verte africaine. Le gommier fait partie des arbres et arbustes les plus adaptés au climat  soudano sahélien, comme fixateur de sol et rempart contre le désert dont les avancées sont ruineuses à tous égards.
Il est du devoir et de la responsabilité des pouvoirs publics de faire en sorte que cette société spécialisée dans la production et la commercialisation de la gomme arabique ne suspende point son programme de reboisement. Elle a une tonifiante expertise à continuer à faire valoir, avec les quelque 20.000 ha qu’elle a déjà reboisés en gommier et les 7 millions de plants qu’elle a rendus disponibles dans plusieurs communautés rurales du Ferlo depuis 1999.
Le Sénégal comme les autres pays producteurs de gomme arabique que sont, notamment, le Tchad, le Niger, le Nigeria et le Soudan tous impliqués dans l’édification de Grande muraille verte, devrait rester dans cette dynamique positive, ne serait-ce que pour cette raison environnementale vitale. Qui plus est, la demande mondiale va nécessairement reprendre, plus tôt qu’on ne l’espère, et il faudra y répondre dans la mesure requise.
Dans l’état actuel des choses, la demande mondiale en gomme arabique qui est de 80.000 tonnes l’an n’est réellement satisfaite qu’à concurrence de 60%. Il y a là une large marge de progression à exploiter. Rappelons que le produit est un intrant déterminant qui est utilisé dans l’industrie pharmaceutique (pastilles, dragées, sirops, comprimés), dans l’industrie cosmétique (parfums, fards, savons liquides), dans l’industrie textile, en imprimerie et papeterie (encres, colle) et dans l’industrie alimentaire (aliments de régime, brasseries, vinification, boulangerie, chewing-gum et autres produits de confiserie). En peinture, les gouaches et aquarelles classiques ont pour liant une solution aqueuse à base de gomme arabique. Cette matière entre aussi dans la fabrication de certains encens  et  est également utilisée dans la fabrication de feuilles à rouler le tabac.    
La gomme arabique qui fut au 18ème  siècle au cœur d’une guerre sanglante entre Français et Britanniques pour le monopole de son commerce sur la côte ouest africaine n’est plus seulement entre leurs mains. L’Inde, les Etats-Unis, l’Angleterre, de l’Allemagne, l’Italie, d’autres pays est-européens et latino-américains importent eux aussi de plus en plus de gomme arabique.
Le problème est que le marché est resté plus que jamais spéculatif, et toujours au désavantage des pays producteurs obligés très souvent à vendre à vil prix, comme c’est actuellement le cas, dans la situation de crise qui prévaut. D’autant que la gomme arabique pourrait être concurrencée très fortement, voire remplacée, par  un ersatz extrait du son de  maïs  à des coûts de production très bas.
C’est peut-être plus simple à dire qu’à réaliser, mais ce qu’il y a lieu de faire c’est de transformer la gomme arabique pour lui donner de la valeur ajoutée avant exportation mais également de lui trouver des débouchés dans les industries locales à développer.



Article ajouté le 2009-06-12 , consulté 24 fois

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