Sénégal : le saut d’obstacles du tourisme
Sénégal : le saut d’obstacles du tourismePAR AMADOU FALL
Le tourisme est un secteur assez porteur au Sénégal ; mais il a de sérieux obstacles à surmonter pour résister à la crise et devenir encore plus performant face à une redoutable concurrence.
Les autorités sénégalaises ambitionnent depuis des années d’accueillir pas moins de 1.500.000 touristes pan à l’échéance 2010. Mais le pays peine à dépasser le seuil annuel du million de visiteurs. Au total, et selon les statistiques frontalières, 800.000 visiteurs ont foulé le sol sénégalais en 2007-2008, contre 992.000 en 2006-2007 et 911.297 en 2005-2006. Et c’est au plus la moitié de ces étrangers que l’on peut considérer comme étant des touristes, parce que séjournant dans des réceptifs hôteliers.
Comme beaucoup d’autres secteurs, l’industrie touristique sénégalaise subit les contrecoups de la crise financière et économique mondiale. Les professionnels évoluant dans ce créneau mesurent son impact à travers la baisse du taux de réservation et d’occupation dans le balnéaire de l’ordre de 30-40 %, selon le Conseil national du patronat sénégalais. Il ne peut d’ailleurs en être autrement quand on sait qu’en Europe, marché d’origine de la majorité des touristes orientés sur la destination Sénégal, les intentions de voyages enregistrées sont beaucoup moins importantes, en régression de 30% en moyenne. Dans la morosité ambiante, l’impact de la crise sur le tourisme se mesure au nombre d’établissements qui végètent, cumulent les dettes fiscales et sociales, paient difficilement les salaires de leurs employés s’ils n’opèrent pas des compressions de personnel, alors que les coûts relatifs aux facteurs techniques de production (énergie, eau et téléphone) restent élevés.
Au Sénégal, les voyagistes et autres opérateurs touristiques ne désespèrent pas de voir l’activité économique et la consommation très rapidement relancées à partir de là où la crise mondiale a éclaté, et la propension au voyage, aux vacances et à la découverte d’autres horizons reprendre de plus belle. Ils sont d’autant plus optimismes que l’élection de Barack Obama à la tête de la très puissance Amérique devrait pousser encore plus les Afro-américains à la recherche de leurs repères originels, mais également leurs compatriotes d’autres ethnies à s’intéresser à l’Afrique, à ses cultures et charmes naturels. Dans une conjoncture économique revenue à la normale, les voyages entre les deux continents peuvent effectivement augmenter sensiblement s'il y a des vols réguliers entre l'Afrique et les Etats-Unis. Le Kenya intéressera assurément les Américains. Mais le Sénégal qui abrite la maison des esclaves de l’Ile de Gorée sera incontournable.
Toujours est-il que pour attirer le plus possible de touristes, toutes origines confondues, ce pays a de sérieux handicaps à surmonter, pour être plus compétitif. Les groupements professionnels du secteur avancent une cascade d’obstacles : faible promotion intérieure et extérieure, lourde pression fiscale, financements trop onéreux, augmentation du coût des facteurs de production, érosion côtière entraînant la rétraction des plages, pollution des eaux, insécurité, délabrement des routes dans les régions de l’intérieur. Et, plus récemment l’arrêt total des vols de la compagnie Air Sénégal international qui hypothèque surtout la destination Casamance, alors que ni le bateau irrégulier ni la route peu sure n’offrent d’alternatives probantes. Le Syndicat des agences de voyage et de tourisme du Sénégal (SAVTS) met sur le compte du conflit la Royale Air Maroc et ASI, sa filiale sénégalaise, un fort taux d’annulations. Ces contraintes renchérissent ou péjorent la destination Sénégal au profit d’autres pays africains concurrents, notamment ceux du Maghreb qui, en plus de leurs atouts intrinsèques, ont l’avantage d’être plus proche de l’Europe, le principal marché émetteur sur l’Afrique.
Il y a des points sur lesquels le gouvernement sénégalais peut agir immédiatement pour infléchir la tendance négative déplorée. Dans la logique même qui avait présidé à l’instauration d’une taxe sur les nuitées touristiques, les milliards de franc CFA produits devraient pouvoir être utilisés pour une plus adéquate promotion de la destination Sénégal, et également à la sécurisation de l’environnement touristique. Un effort fiscal est possible dans le sens de la réduction sur les produits touristiques. En effet, un directive de l’Union économique et monétaire ouest africaine autorise l’abaissement de la TVA dans ces secteurs sensibles de 18% à 10%. Alors que les autorités sénégalaises tardent à réagir, le Syndicat patronal de l’industrie hôtelière du Sénégal (SPIHS) estime que la TVA devrait être ramenée à 5% pour rendre plus compétitive la destination Sénégal, d’autant que des pays concurrents comme le Maroc ou la Tunisie sont en dessous de 10%. Le même plaidoyer est fait pour la baisse des taxes aéroportuaires, avec l’argument comme quoi pour développer l’industrie touristique, le gouvernement doit s’aligner sur ses concurrents tunisiens, égyptiens ou marocains qui seraient dans une dynamique de baisse de l’ordre de 50%.
Le tourisme, deuxième secteur économique du Sénégal, avec 300 milliards de francs CFA de recettes brutes, bon an mal an, représentent 6% du PIB Sénégalais formel. Il ne pourra pas se développer sans un sérieux coup de pouce de l’Etat.

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