Echos des tropiques

Annonces




La pêche sénégalaise en eau trouble

La pêche sénégalaise en eau trouble

PAR AMADOU FALL

Malgré le non renouvellement de l'accord de pêche entre l'UE et le Sénégal  des chalutiers et thoniers européens continuent de racler les ressources de ses mers fortement menacées d'épuisement.

Le Sénégal a reçu de l'Union européenne quelque 220 millions d'euros en guise de redevances, au titre des accords de pêche qui autorisaient les chalutiers et thoniers espagnols, portugais, français, italiens et grecs à opérer régulièrement dans ses eaux territoriales, de février 1980 à juin 2006. Depuis lors, plus un euro n'est, à ce compte, tombé dans caisses du trésor public sénégalais. Les discussions pour le huitième renouvellement desdits accords sont, en effet, au point mort depuis trois ans, à force d'achopper sur des points qui sont loin d'être de détail.

Pour mémoire, le protocole 2002-2006 n'avait pu être signé qu'avec une année de retard et après neuf âpres rondes de négociations. Il avait rapporté 64 millions d'euros, soit 16 millions de plus que pour le précédent, alors que la contrepartie pêche avait été fortement réduite, au nom de la nécessité vitale de la sauvegarde et de la régénération des ressources halieutiques du Sénégal qui, en en 25 ans, ont diminué de trois quarts. Les bateaux européens se sont donc retrouvés avec des possibilités de pêche ramenées de 2131 tonneaux de jauge brute à 1500 TJB pour la pêche démersale côtière et  de 7869 TJB à 6500 TJB pour la pêche démersale en eaux profondes, outre la suppression des 22 licences dévolues, dans l'accord précédent, aux chalutiers pélagiques.

Ces concessions sont bien évidemment restées comme une arrête dans la gorge des négociateurs européens. Raison pour laquelle, jusqu'à ce jour, Bruxelles a opposé un niet catégorique au Sénégal qui exige la réduction d'au moins 60% des quantités de captures s autorisées au large de ses côtes, voire le renoncement des Européens à la pêche démersale côtière afin de ne pas léser les pêcheurs artisanaux, mais avec la hausse du montant de la contrepartie financière où, à tout le moins, son maintien à son niveau de 2002-2006, à raison de 16 millions d'euros l'an. 

Le Sénégal est bien dans sont bon droit,  comme le justifie  la Coalition pour des accords de pêche équitables (CAPE). Elle soutient que, « les calculs ont montré que, même si la compensation financière versée par l'UE est importante, elle ne représente qu'une petite partie de la valeur des ressources pêchées. Ainsi, un euro dépensé par l'UE pour la signature d'accords de pêche en rapporte 3 ou 4 au niveau européen. » 

Pour les Européens, il n'est plus question d'accepter la diminution de leurs possibilités de pêche sans celle de la compensation financière qu'ils voudraient par ailleurs voir servir au développement de la pêche locale, artisanale en particulier. 

Les négociations en sont restées à ce point de désaccord et sur d'autres. Mais la constante est que les ressources des eaux territoriales sénégalaises continuent d'être ruinées par la surpêche.  Les Européens s'en défendent encore, en pointant un doigt accusateur sur la pêche artisanale. Leur argument est que, les captures de leurs navires au Sénégal, dans le contexte de l'accord de pêche 2002-2006, ne représentaient qu'environ 10% du total contre 80 à 90%  pour les pêcheurs locaux forts d'un armement de quelque 15.000 pirogues motorisés.   

Il est vrai que, comme on le reconnaît dans cette corporation, la pêche artisanale s'est densifiée au Sénégal, au cours de ces deux dernières décennies durant lesquelles  la crise de l'agriculture a poussé des vagues de jeunes ruraux vers les côtes, dans le secteur de la pêche en particulier. Ce mouvement a effectivement accru l'activité de pêche, provoquant un état de surexploitation relative des ressources côtières. Mais la surpêche destructrice qui empêche le renouvellement régulier des espèces et conduit inexorablement à leur extinction est plutôt le fait majeur d'une pêche industrielle surdimensionnée et cannibale qui se pratique  sur un nombre croissant de navires reconvertis en bateaux congélateurs pour une rentabilité accrue.     

Normalement, ces navires devaient avoir quitté les eaux sénégalaises depuis la fin juin 2006 des accords de pêche avec l'Ue. Mais ils sont toujours là, par l'entremise de sociétés censées être de droit sénégalais qui cachent mal leur véritable nationalité. Sur les quelque 120 bateaux dits sénégalais et quelques rares exceptions autorisées à pêcher dans la Zone économique exclusive du pays, plus de  la moitié sont en réalité des sociétés mixtes qui servent d'écran à des intérêts étrangers, signalent des armateurs locaux. Dans l'autre moitié effectivement sénégalaise, nombre de bateaux, vieux de plus de trente ans et bons pour la casse, ne vont guère loin en mer, s'ils la prennent de temps à autres.

Et, accord de pêche où pas, l'essentiel de la production halieutique  sénégalaise continue de prendre le chemin de l'Europe. Fermées ou moribondes, les conserveries locales ne sont plus de la partie. Les pêcheurs industriels ne débarquent plus grand-chose à Dakar. Les captures de qualité des pêcheurs artisanaux sont également exportées, par le canal de  PME spécialisées. Au grand dam des ménages sénégalais obligés de se contenter des espèces les moins nobles. Malgré la baisse de volume des exportations  estimées à 350.000 tonnes en 2008 contre 400.000 tonnes en 2000, les revenus qui en découlent sont demeurés croissants, dans le même temps. Ils sont passés de 229 millions d'euros à quelque 282 millions d'euros. Mais ces gains ne font qu'accentuer les ravages d'une pêche en eaux troubles.

 

  

 



Article ajouté le 2009-07-03 , consulté 23 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " ANALYSES ECONOMIQUES "

Imprimer cet article

Retour aux articles


Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever



design by ksa | kits graphiques by krek