Le Hamas et le Fatah sur la voie de la réconciliation
Le Hamas et le Fatah sur la voie de la réconciliation
PAR AMADOU FALL
Un ordre inique ne saurait être éternellement imposé à tout un peuple. Le colonialisme qui a spolié, extraverti et perverti le développement de presque tout le continent africain, le nazisme qui a failli faire de Hitler le maître absolu du monde, le communisme dans sa face hideuse cachée derrière le rideau de fer et l'odieux régime de l'apartheid en Afrique du Sud ont vécu le temps qu'ils n'auraient jamais dû vivre. Ils ont finalement été vaincus par la conscience humaine du juste et du bien et par des peuples debout contre l'arbitraire et la tyrannie. C'est dans le même sillage que le glas est, en ce moment, en train de sonner pour le « grand hiver » dans lequel Israël accule, enserre et étouffe le peuple de Palestine, sur ses terres, depuis soixante ans.
Il n'est plus personne dans le reste du monde qui ne soit convaincu qu'Israël ne peut plus continuer à entretenir les Palestiniens dans une situation de colonisés, en s'accaparant de leurs terres les plus viables et fertiles et foulant au pied leurs droits les plus élémentaires en Cisjordanie, dans les territoires occupés et à Jérusalem Est, s'il ne les massacre pas dans l'enclave Gaza, comme lors de la récente opération « Plomb durci ». Derrière les murs et les frontières bloquées.
Bien évidemment, le régime sioniste n'a pu continuer à agir de la sorte qu'avec la caution et le soutien de l'Occident, plus particulièrement de son allié en puissance, les Etats Unis d'Amérique. Et c'est sans doute cela qui fait que, de la Conférence de Madrid en 1991, suivie de celle d'Oslo en 1993 jusqu'au sommet d'Annapolis en novembre 2007, en passant par les très nombreuses résolutions des Nations Unies, tous les projets et accords de paix engageant Israël et la Palestine sont demeurés lettres mortes.
Il y a de fortes chances que la donne ne soit plus comme avant, au moins dans les quatre années qui viennent, en ce sens que, dans les actes posés par le président Obama, il apparaît nettement que les USA ne seront plus les suppôts aveugles et inconditionnels d'Israël. Sous la houlette du nouveau locataire de la Maison blanche, ils sont maintenant pour l'arrêt de la colonisation dans les territoires occupés et la création d'un État palestinien à côté d'un Etat israélien et non pas juif, l'un et l'autre se reconnaissant le droit à l'existence pour vivre en paix.
Le problème pour les Américains est comment traduire leur déclaration d'intention en mesures politiques tangibles. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu sous la forte influence de son ministre des Affaires étrangères, l'ultranationaliste Avigdor Lieberman, ne semble guère enclin à se plier aux injonctions américaines. L'Etat palestinien dont il accepterait la création n'existerait que si Israël contrôle étroitement ses frontières et points de passage, son espace aérien, ses relations extérieures, ses télécommunications et ses ressources hydriques, mais aussi Jérusalem-Est arabe. L'Etat sioniste refuserait par ailleurs au million et demi de citoyens palestiniens qu'il compte le droit de vivre en permanence dans Israël leur patrie, et à ceux d'entre eux qui s'étaient réfugiés ailleurs d'y revenir.
De quelle souveraineté et de quels droits du peuple palestiniens pourrait-on parler, sur la base de pareilles conditions ? Benyamin Netanyahu les pose pour faire du dilatoire, le temps de montrer à la nouvelle administration américaine que les obstacles à une véritable coexistence pacifique sont le fait des Palestiniens, et la ramener dans le giron d'Israël, pour l'acceptation de cet ordre inique qu'il cherche à tout prix à maintenir dans cette partie du Proche-Orient.
La solution du conflit israélo-palestinien n'est pas seulement entre les mains des Américains qui ont déjà fort à faire chez eux et ailleurs. Jusqu'au dernier mandat du président Bush ils ont, dans cette pénible affaire, cherché à faire cavalier seul, sans avoir réussi grand-chose sinon à accroître la mainmise israélienne sur la Palestine. Le risque est grand de voir la nouvelle équipe tomber dans le même piège qui conduirait au pourrissement et à l'envenimement d'une situation arrivée à son point d'extrême gravité. Les Etats-Unis devront désormais mieux jouer leur partition en faveur d'une solution irréversible du conflit israélo-palestinien, certes forts de la grande influence persuasive et dissuasive qu'ils ont sur l'Etat sioniste, mais également en bonne synergie avec le Quartet, groupe comprenant les Nations unies, l'Union européenne, les États-Unis et la Russie, de concert qu'ave la Ligue arabe, tous acquis à la cause d'une paix juste et durable au Proche-Orient.
Mais la paix ne peut se construire qu'avec tous les protagonistes d'un même conflit. Et là où le bat blesse du côté de la Palestine, c'est que son mouvement de libération est viscéralement divisé depuis une bonne vingtaine d'année. Le Hamas d'Ismaël Haniyeh et le Fatah de Mahmoud Abbas restent mus par le même objectif : l'indépendance de la Palestine, et ont même eu, dans le temps, à mener ensemble des actions militaires contre les colons et les militaires israéliens à l'intérieur des territoires. La déchirure intervint en 1988, quand Yasser Arafat accepta un nouveau partage des territoires et le fait qu'il doit y avoir une prédominance des négociations sur la lutte armée. Le Hamas s'insurgea contre le rapetissement de la Palestine, se radicalisa pour l'arrêt des pourparlers avec les Israéliens et la poursuite de la lutte armée.
Opposé au Fatah perçu comme parti des compromis et de la compromission, au sein de l'opinion publique, le Hamas deviendra le mouvement politique majoritaire en Palestine, comme en atteste sa victoire aux élections législatives de janvier 2006. Mais le gouvernement formé en mars 2006 par le Hamas est d'emblée boycotté politiquement et financièrement par une bonne partie de la Communauté internationale qui voit en lui un mouvement terroriste. A l'interne, la rivalité exacerbée avec le Fatah le poussera le Hamas à s'emparer, par la force, de la bande autonome de Gaza en juin 2007 et à y établir un gouvernement en porte-à-faux avec l'Autorité palestinienne, après l'expérience avortée du gouvernement d'union nationale de mars 2007. Il s'en est suivi une spirale de violences et d'arrestations, au grand bonheur d'Israël qui se réjouit de ces déchirements qui confortent son règne sur la Palestine et lui donnent tout le loisir de montrer à la face du monde que le Fatah et le Hamas sont dans un antagonisme tel le que destin de la Palestine serait en péril entre leurs mains. Englués dans leurs contradictions internes, les dirigeants palestiniens servent les intérêts d'Israël usant de son pouvoir de diviser pour mieux régner. Leur radicalisation, en particulier celle du Hamas, n'a eu, jusque-là, d'autre effet que renforcer l'alignement du camp occidental sur la politique israélienne dans la région, nonobstant quelques condamnations de pure forme de l'incurie coloniale et les exactions de Tsahal. Qu'ils soient laïcs modérés comme ceux du Fatah ou islamistes intransigeants comme du Hamas, les dirigeants palestiniens restent pour Israël d'inacceptables partenaires pour la paix, des « ennemis de la paix » qu'on utilise comme tels pour le maintien du statu quo.
Les deux camps rivaux palestiniens semblent d'ailleurs savoir à quoi s'en tenir, désormais. Sous les auspices égyptiens, leurs responsables se sont donné rendez-vous le 25 juillet prochain, pour la septième fois de suite, dans l'intention de parapher un accord de réconciliation qui conduirait à la réunification politique de Gaza et de la Cisjordanie, et à la tenue de l'élection présidentielle, le mandat de Mahmoud Abbas étant arrivé à expiration depuis le 8 janvier dernier. Les principaux points de discorde portent sur la date et le mode de ce scrutin, les réformes à apporter à l'Autorité palestinienne, la composition d'un gouvernement d'union et la réorganisation des services de sécurité.
Les actes et signes de bonne volonté ne manquent pas de part et d'autre, dont la libération de détenus politiques. Le Hamas fait preuve en ce moment preuve d'une modération appréciable, sans doute confiant aux possibilités nouvellement ouvertes de résoudre le conflit israélo-palestinien et de créer un état palestinien sur les territoires occupés par Israël au lendemain de la guerre de juin 2007. Les dirigeants du Hamas n'en n'espèrent pas seulement des rapports plus confiants et constructifs avec le Fatah, la levée des sanctions américaines édictées à leur encontre sous la présidence de Georges Bush et d'être perçus sous un meilleur jour par la toute la communauté internationale. Ils veulent également et surtout démontrer au monde que ceux qui gouvernent actuellement Israël, comme bon nombre de leurs prédécesseurs, n'ont guère la volonté de faire avancer le processus de paix, et que ce ne sont les Palestiniens qui en sont le véritable facteur de blocage. Il leur faut désormais tout faire pour parler d'une même voix et agir de concert, pour sortir de l'isolement pour le triomphe de leur cause commune, celle des droits inaliénables et de la souveraineté internationale de la Palestine.
C'est ce qu'on espère d'eux, lors de la prochaine conférence sur le règlement du conflit au Proche-Orient dont le projet proposé par le Quartet a reçu l'onction du Conseil de sécurité des Nations Unies. Israël y serait hostile, reprochant, notamment, aux Russes de vouloir rapprocher… le Hamas du Fatah.

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