La Cedeao peine pour sa monnaie unique
La Cedeao peine pour sa monnaie unique
PAR AMADOU FALL
La Zone monétaire ouest africaine (ZMAO) unique que les pays non membres de l'Union économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) doivent constituer, condition préalable à l’avènement de l’Eco, la future monnaie commune à toute la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) finira-t-elle par voir le jour ? La décision avait initialement été prise, en 2000 à Bamako, d’amener la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Nigeria et la Sierra Leone à constituer cette seconde zone monétaire, en fondant en une seule monnaie le dalasi, le cedi, le franc guinéen, le naira et le leone, au plus tard en 2003. Le projet a par la suite été reporté à 2005, puis à 2010 et tout récemment à 2015. La fusion de la ZMAO et de l’UEMOA et l’adoption de l’Eco, comme devise pour toute la CEDEAO n’interviendraient plus, dans ces conditions, qu’en 2020.
Ce sont les mêmes raisons qui nous faisaient douter, en janvier 2006, de la possibilité de faire aboutir la ZMAO et la mise en circulation de l’Eco à l’échéance 2010 qui président à ce nouveau changement d’agenda : l’incapacité des pays impliqués à gommer leurs disparités et faire converger leurs économiques dans les délais convenus. Ils peinent à répondre aux indispensables critères requis. Pour rappel, ils doivent avoir un taux d’inflation ne dépassant pas 5%, des réserves brutes de change couvrant au moins trois mois d’importation et un déficit budgétaire plafonné à 4 % du PIB. Il leur est également exigé la non accumulation d’arriérés sur la dette intérieure ; un ratio recettes fiscales rapportées au PIB supérieur ou égal à 20% ; un ratio masse salariale rapportée aux recettes fiscales inférieur ou égal à 35% ; un ratio investissements publics sur recettes fiscales supérieur ou égal à 20% ; un taux de change inscrit dans la bande de + ou - 15%.
Les pays de la ZMOA qui font partie des pays les plus pauvres du continent qui était dans le contexte antérieur individuellement et collectivement incapables de relever ces challenges le sont encore plus sous l’effet de la crise économique et financière mondiale. Dans la conjoncture qui prévaut, sur la toile de fond d’un climat sociopolitique très tendu çà et là, il leur sera pour longtemps encore, assez difficile de s’assurer un niveau de réserves respectable, de s’imposer la discipline budgétaire qui sied, de rompre avec les financements non basés sur une production réelle, d’avoir une meilleure maîtrise de l’inflation et de stabiliser les taux de change de leurs monnaies. Ce sont des efforts titanesques qui sont demandés aux cinq.
Ensuite, à supposer le meilleur, qu’ils arrivent à leur fin, aux points de convergence visés, avec les performances économiques qui leur sont corrélative, qu’en sera-t-il de leur fusion avec les deux électrons libres, le Libéria et le Cap-Vert, qui sont membres de la CEDEAO mais qui ne font pas partie de la ZMAO en gestation ni de l’UEMOA. Leurs monnaies, le dollar libérien et l’escudo, sont des devises qui n’ont de valeur que dans leur pays d’émission. Le Conseil de Convergence des Ministres et Gouverneurs des Banques Centrales de la ZMAO invité les deux pays à « se joindre à au moins une des zones monétaires ouest africaines et au Programme de coopération monétaire de la CEDEAO pour la réalisation de l'initiative de la monnaie unique ». Cette injonction est d’autant moins impérative qu’aucun délai d’adhésion ne leur est fixé.
En plus des difficultés latentes d’assurer la convergence des économies, la marche de la CEDEAO vers la monnaie unique se heurte à la réticence des autorités nationales disposant encore de leur propre monnaie à décentraliser cette prérogative à l’échelle régionale, de perdre l’autonomie de leur politique monétaire. Il leur faudra se résoudre à ne plus utiliser leur monnaie et leur politique monétaire nationale comme ils voudraient continuer à le faire pour s’ajuster à des chocs économiques. D’autant que la pratique qui est infiniment inflationniste ne leur réussit guère. Face aux défis de la mondialisation, ils ont tout intérêt à intégrer union monétaire viable plongeant ses racines dans une intégration économique solide.
Le jeu en vaut chandelle. Une union qui, à l’échelle de la CEDAO, mettrait un terme à l’anarchie monétaire existante, mais également à l’existence anachronique du franc CFA, liquiderait les inconvénients commerciaux majeurs que comporte l’échange d’une monnaie contre une autre. Elle éliminerait, en effet, les risques de change dans l’espace qu’il intègre de la sorte et réduirait par conséquent les coûts liés aux transactions entre les pays de la zone. Elle fluidifierait les échanges intracommunautaires et accélèrerait le processus final de création d’une union économique, fortifierait la position de la région dans les échanges internationaux et soutiendrait mieux sa croissance économique et son développement social. Mais faut-il sans plus tarder oser franchir le Rubicon…

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