Echos des tropiques

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Du nucléaire civil, mais pas n’importe comment

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Du nucléaire civil, mais pas n’importe comment

 

PAR AMADOU FALL

 

Le 11 juillet 2008, le cours du brut culminait à plus 147 dollars le baril, son niveau historique le plus élevé. Porté par les soubresauts de crise financière internationale et de la récession mondiale, il a subi, au cours de ces derniers mois, des hauts et des bas pour  retomber  à 67,15 dollars le 25 juillet dernier. Il faut sans doute s’en réjouir, en tant que non producteur et gros consommateur. Mais il est clair que la  hausse des prix pétrolier ne va pas tarder à reprendre de plus belle, pas seulement parce qu’une sortie de crise inéluctable lui est corrélative, mais également et surtout parce que les énergies fossiles sont dans une phase avancée d’épuisement. Pris en cisailles entre l’accroissement de la demande et la raréfaction du produit, la constante  du prix du pétrole restera son trend montant et inflationniste.

 

La fin du cycle pétrolier, plus nettement mise en perspective par les temps de crise qui courent, déblaie la voie pour le développement intensifié d’énergies alternatives à travers le monde : solaire, éolienne, biocarburant mais aussi nucléaire civile. Ce ne sont plus les grandes puissances qui  ont la meilleure maîtrise de cette dernière source qui s’activent à y recourir davantage pour produire de l’électricité. Des plus en plus de pays émergents ou en développement, avec ou sans réserve d’énergie fossile, voudraient bien en faire de même. Il en est ainsi, même en Afrique, avec des pays comme l’Afrique du Sud, de l’Algérie, de l’Egypte, du Maroc, du Nigeria et du Sénégal. Ils ont tous exprimé leur volonté de développer chez eux, le nucléaire civil, en s’appuyant, au choix, sur l’expertise de leurs partenaires extérieurs au développement.  

 

Face à l’immensité du déficit énergétique de l’Afrique qu’une offre classique en hydrocarbure  ou en hydroélectricité ne pourra jamais combler, à elle seule, des groupes spécialisés s’intéressent de plus près au potentiel du marché nucléaire civil prêt à s’ouvrir sur le continent. AREVA, y est tout naturellement en pole position, parce que depuis fort longtemps engagés dans l’exploitation des gisements d’uranium à Mounana au sud-est du Gabon,  à Bakouma dans l'extrême-est de la Centrafrique, à Arlit, Akouta et  bientôt à Imouraren dans le  nord Niger. Le démarrage de la production sur le site d’Imouraren, prévu pour 2012, permettrait au Niger de doubler sa production actuelle et de se placer au deuxième rang mondial des pays producteurs d'uranium.

 

L’inquiétude avec AREVA est que la manière dont il a jusque-là opéré sur les sites miniers africains a pour le moins été respectueuse de l’environnement et de la santé des populations. Dans un rapport rendu public en 2007, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD)* dénonce les conditions dans lesquelles il extrait et exploite l’uranium gabonais et nigérien. Les mineurs sont en contact régulier avec le minerai radioactif sans les protections requises, sans les informations et le suivi médical appropriés. Des millions de tonnes de déchets  d’extraction de l’uranium se présentant sous forme de montages de sable, de poussières et de gaz et les concentrés uranifères transportés dans des conditions de sécurité insuffisante, concourent à une pollution radiotoxique extrêmement dangereuse pour la biosphère, la santé humaine et animale, dans les cités minières et leurs larges environs.

 

Certes, en conclusion d’une démarche entamée en mars 2007, AREVA s’est accordé avec l’Association SHERPA, un réseau international  des  juristes et « Médecins du Monde », le 19 juin dernier, pour la création d’Observatoires de la santé autour des mines d’uranium exploitées par le numéro un mondial de l’énergie atomique  au Niger et au Gabon, et ailleurs dans le monde. L’initiative est certes bonne en soi. Mais l’indemnisation préconisée, suivant le mode de couverture de la Sécurité sociale française, ne concernent que les travailleurs miniers victimes de cas très limités de cancers radio induits. L’accord ne prend pas en compte les risques encourus par les populations riveraines des sites miniers. Et l’on est droit de craindre une possible collusion entre le groupe et les organisations non gouvernementales impliquées dans ces observatoires. La question essentielle n’est d’ailleurs pas d’indemniser un sinistre, mais de tout faire pour l’éviter, en minimiser le risque.

 

Quel intérêt ceux-ci pourrait vraiment avoir cet accord si des mesures concrètes ne sont pas prises et mises en œuvre pour réduire, à un niveau proche du zéro, l’impact sanitaire et environnemental des émanations radioactives des exploitations d’uranium d’AREVA sur les travailleurs et les populations environnantes ? L’alimentation des centrales nucléaires des pays riches se fait au détriment de la santé du voisinage humain, animal et végétal  des  mines d’uranium. Qu’en sera-t-il avec les centrales nucléaires qui pourraient être, dans un avenir plus ou moins proche, implantées tout près des populations, dans les pays africains demandeurs pour qui la sécurisation de leurs centrales thermiques et réseaux de distribution électrique est déjà  une très sérieuse équation ?

 

La réponse est assurément dans l’assurance de conditions absolues de sécurité. Le spectre de la catastrophe de Tchernobyl n’a pas encore disparu des mémoires. Il  doit exister d’autres alternatives à la construction de centrales nucléaires dans le voisinage des populations. D’accord pour le nucléaire civil, mais pas n’importe comment…

 



Article ajouté le 2009-07-30 , consulté 21 fois

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