Echos des tropiques

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Quand le Fmi prête gratis…

Quand le Fmi prête gratis…

 

PAR AMADOU FALL

 

L’événement a été qualifié d’historique, à juste raison. C’est en effet la première fois, depuis sa création  le 27 décembre 1945, que le Fonds monétaire international  accepte d’octroyer des prêts sans intérêt, à ses clients les plus démunis de surcroît. Comme annoncé, la semaine dernière, par la direction générale de l’institution, celle-ci renonce, jusqu’à fin 2011 aux intérêts sur la dette que lui doivent quelque 80 pays pauvres majoritairement africains. Mais encore, elle s’engage à leur concéder de nouveaux prêts à concurrence de 17 milliards de dollars américains, d’ici à 2015.

 

Il est difficile de faire la fine bouche devant un tel geste, dans ce contexte de crise économique et d’indigence financière. Il ne fait pas de doute qu’il va, dans une certaine  mesure, atténuer la pression du fardeau de la dette extérieure sur le budget des Etats les plus concernés. Toujours est-il que l’Afrique n’est point le grand bénéficiaire de la mansuétude du Fonds monétaire. Certes, elle concentre la moitié des pays à qui ses subsides sont octroyés. Mais, elle n’en reçoit que la portion congrue, à peine11% de ses prêts au développement. Un seul exemple suffit : l’Ukraine a obtenu du FMI, en novembre 2008, 16,4 milliards de dollars, sur deux ans, sensiblement la même somme qu’il entend saupoudrer sur l’ensemble des pays les plus pauvres, dans les six années qui viennent. Et ce montant n’est grand-chose, comparé aux centaines de milliards de dollars déjà engloutis dans le sauvetage des banques de l’Europe de l’Est, pour ne pas parler de celles de la partie occidentale du vieux continent.

 

Ensuite, les intérêts sur la dette des pays les plus pauvres auxquels le Fonds monétaire international renonce ne concernent, en réalité, que ceux qui frappent les « prêts concessionnels » qui leur sont consentis dans le cadre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) institué en 1999. Ils sont assortis d’un taux d’intérêt très faible (0,5%) et sont remboursables sur dix ans après un différé de cinq ans et demi, après le premier décaissement. Un demi-point, ce n’est certes pas rien. Mais l’effort consenti serait encore plus appréciable s’il portait sur des montants et des taux plus importants. En plus du FMI qui semble s’inscrire sur les pas des banques centrales des pays industrialisés qui ont très fortement réduit leurs taux directeurs, pour soutenir la relance de leurs systèmes bancaires et financiers, l’on était en droit de s’attendre à ce que la Banque mondiale et d’autres bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux s’inscrivent dans le mouvement, dans l’optique d’un allégement plus conséquent du fardeau de la dette publique.  

 

Pour que les pays à faibles revenus puissent s’extirper de la crise, en plus des solutions internes qu’ils doivent mettre œuvre avec plus de rigueur et d’efficacité, il faudrait qu’ils bénéficient de mesures nouvelles s’ajoutant à l'Initiative pour les pays pauvres très endettés (IPPTE) et à l’Initiative d’annulation de la totalité de la dette multilatérale (IADM) auprès de l’Association internationale de développement (Banque mondiale), du Fonds monétaire international, de la Banque interaméricaine de développement et du Fonds africain de développement (Banque africaine de développement). Les montants concernés sont importants : 71,2 milliards de dollars et de 55 milliards de dollars, respectivement. Mais l’IPPTE et l'IADM ne sont pas une panacée. Le défi majeur, dans le contexte critique actuel, est de dégager et de  pérenniser de nouvelles ressources pour le développement, sans que les pays pauvres n’entrent dans un nouveau cycle d’endettement excessif.

 

Fondamentalement, toutes les dettes anciennes pourraient être aujourd’hui totalement effacées, puisque les pays africains ont déjà payé plus qu’ils ne doivent, en réalité, à leurs bailleurs extérieurs. Les chiffres avancés par la CNUCED sont édifiants sur la question.  Selon cet organisme des Nations-Unies, bien que l’Afrique subsaharienne ait remboursé quelque 270 milliards de dollars au titre du service de la dette de 294 milliards qu’elle a contractée entre 1970 et 2002, elle est restée débitrice de… 210 milliards de dollars. Pour le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers monde (CAMDT), la cause est entendu : «  il y a bien un transfert inverse de ressources en provenance du continent le plus pauvre du monde ». Il faut arrêter la saignée, effacer toutes les anciennes ardoises devenues « illégitimes et odieuses » selon les Altermondialistes. Au  CADTM, l’on est convaincu que  « la dette des pays pauvres pourrait aisément être effacée par les pays développés, sans grand préjudice financier pour eux ».

 

Ce serait, en revanche, tout à l’avantage des pays en développement qui ne disposent pas des ressources internes requises pour le financement de leurs programmes de sortie de crise et de relance économique, alors qu’il n’est pas sûr qu’ils puissent obtenir de l’extérieur les ressources dont ils ont besoin. Dans ces conditions, une annulation totale de dette leur permettrait d’utiliser les fonds rendus disponibles dans leurs budgets à des fins de développement, et limiterait par conséquent leur besoin de recourir à l’emprunt extérieur. Certes oui. Mais cela ne les pousserait-il pas à refranchir le seuil du surendettement, avec la certitude renforcée que les compteurs seront, un jour ou l’autre, remis à zéro, une nouvelle fois ?



Article ajouté le 2009-08-04 , consulté 20 fois

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