Echos des tropiques

Annonces




Les échanges entre l’Afrique et les Etats-unis s’essoufflent

Les échanges entre l'Afrique et les Etats-unis s'essoufflent

PAR AMADOUFALL

L’Afrique subsaharienne ne compte que pour 2% dans le commerce mondial. Si elle parvenait à augmenter cette part de seulement 1%, elle génèrerait, chaque année, des revenus additionnels supérieurs au montant total de l’aide annuelle qu’elle reçoit ». Cette  assertion énoncée par le chef de la diplomatie américaine, le 4 août dernier à Nairobi, lors de la cérémonie inaugurale du huitième forum de l’African growth and opportunies act (AGOA) est significative de la conviction des Américains que leurs relations avec l’Afrique doivent être fondées, non pas sur l’aide, mais sur le commerce et les investissements. « Trade, not aid », comme ils aiment à dire, forts de leur acceptation libérale de l’économie et des échanges internationaux.

Toujours est-il que le bilan de l’AGOA qui sous-tend cette approche, depuis une dizaine d’années, n’est pas des plus brillants. Rendu public à la veille forum de Nairobi, le dernier rapport sur les tendances des échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Afrique souligne qu’en 2008, les importations américaines en provenance d’Afrique se sont élevées à 66,3 milliards de dollars, en hausse de 29,8 %, comparativement à 2007. Mais cette  augmentation est le fait principal des produits pétroliers qui recouvrent 92,3% des achats américains en Afrique subsaharienne. Les hydrocarbures exclus, les importations américaines, toujours sous l’égide l’AGOA, ne font que 5,1 milliards de dollars. Et là également ce sont les  importations de minerais et de métaux qui occupent le haut du panier. Elles ont augmenté de 58,8 %. Viennent ensuite les produits chimiques qui ont enregistré une hausse de 38,7 %. En revanche, les importations de textiles et de vêtements ont baissé de 10,4 % et celles de produits agricoles de 7,9 %. Au total, avec les Etats-Unis, l’Afrique est restée dans sa position classique de pourvoyeuse de produits de base pour le développement industriel du Nord.

En Afrique de l’Ouest, seul le Nigeria bénéficie réellement de l’AGOA, du fait de sa position de grand producteur mondial de pétrole. Ses exportations sur le marché américain ont ainsi augmenté de 16,8%  en 2008. Tous les autres pays de la région qui n’ont ni pétrole ni  minerais fortement demandés par l’économie américaine sont laissés en rade. Ils peinent véritablement à pénétrer le marché américain. A cet égard, la totalité des exportations du Ghana vers les USA, sous le régime de l’AGOA est tombée de 68,6 millions de dollars en 2007 à 42,2 millions de dollars en 2008, déclinant ainsi de 38,4%. Les échanges Sénégal -USA sont  décevants. En 2008, le Sénégal n’a exporté sur le marché américain que pour 18,1 millions de dollars, sensiblement la même chose que l’année précédente, selon des statistiques de l’ambassade américaine à Dakar. Le Mali est, certes, logé à meilleure enseigne avec 31 millions de dollars en 2008,  mais en baisse de 2,2 millions de dollars.

La compression de la demande sous la pression de  la crise financière internationale et de la récession mondiale est sans doute pour beaucoup dans l’essoufflement des exportations hors produits de base des 39 pays africains éligibles à l’AGOA vers les Etats-Unis. Il s’y ajoute, comme largement reconnu à Nairobi, la faible diversité des produits africains exportables sur un éventail de plus de 6.500 éléments autorisés d’accès en franchise totale sur le marché américain. On leur reproche également le manque de compétitivité extérieure qui les caractérise, en raison de leurs coûts de production souvent supérieurs à ceux de leurs concurrents.

Du  côté ouest-africain l’on est conscient que l’offre régionale devrait porter moins sur des produits miniers ou agricoles bruts  et davantage sur des produits transformés incorporant un optimum de valeur ajoutée et de qualité irréprochable. Cependant, fait-on remarquer bien que des efforts sont déployés dans cette optique et qu’il y ait, dans le contexte actuel, des produits d’exportation africains qui soutiennent la concurrence extérieure, la franchise douanière dont ils bénéficient, au titre de l’AGOA, ne suffit pas pour leur ouvrir, dans une mesure adéquate, le marché américain. Lors du forum de Nairobi, nombre de participants africains ont, avec raison, évoqué pour le déplorer, le sérieux handicap que constituent les subventions agricoles américaines à la production et à l’exportation ; ils continuent d’être un frein au développement compétitif à l’agriculture africaine quand elle se tourne vers l’exportation. Ils ont également demandé la levée, à tout le moins, l’assouplissement des barrières non-tarifaires apposées aux produits agricoles, agro-industriels, bien entendu dans le respect des préoccupations sanitaires liées à la protection des consommateurs américains. Le problème, aux Etats-Unis, est que nombre d’entrepreneurs, notamment ceux spécialisés dans le textile et les fruits tropicaux, demeurent opposés à l’AGOA. Il en est de même des mouvements syndicaux. Les uns craignent qu’une arrivée massive de produits africains sur le marché américain ruine leurs intérêts ; les autres y voient une conséquence tout aussi négative pour les travailleurs, surtout quand la crise continue d’être fortement destructrice d’emplois.

A l’inverse, comme l’a fait le Centre Europe-Tiers Monde (CETIM), dans une déclaration auprès des Nation-Unies, l’on peut déplorer que l’AGOA  puisse cacher « une nouvelle forme de colonisation par laquelle les USA tentent de s’accaparer les richesses des pays africains et d’imposer unilatéralement l'économie de marché dans toute l'Afrique ». Celle-ci signifierait,  selon le CTM, que  les gouvernements doivent pousser à fond la libéralisation et les privatisations et en accepter les conséquences  négatives sur les industries, l’emploi et sur l’agriculture dénuée des moyens de faire face à  la concurrence des produits des Sociétés transnationales nord américaines, et sur la souveraineté alimentaire des populations concernées.  De même, fait-il remarquer, « le traitement égal des investisseurs étrangers et des investisseurs locaux équivaut à livrer complètement ces pays aux STN, mettant fin à tout espoir d’indépendance en matière économique et politique ».

 L’AGOA devrait normalement expirer en 2015. Faudra-t-il, une nouvelle fois, reporter cette échéance, ainsi qu’en ont formulé le souhait à l’issue de son huitième forum, les représentants d’un certain nombre de pays africains plus convaincus de ses avantages que de ses inconvénients, « afin qu’il soit étendu et encourage les investisseurs potentiels »? A priori, rien ne s’y oppose, puisque le cycle de Doha relatif aux négociations commerciales internationales, dans le cadre de l’OMC, sont toujours dans l’impasse. Leur aboutissement permettrait d’être fixé sur le terme de la dérogation américaine au bénéfice mitigé de l’Afrique. Et aussi sur l’avènement du tout aussi problématique Accord de partenariat économique (APE) entre les pays de l’Afrique, du Pacifique et des Caraïbes et l’Union européenne, tel que stipulé dans l’Accord de Cotonou. Mais ce n’est certainement pas demain la veille…



Article ajouté le 2009-09-10 , consulté 4 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " ANALYSES ECONOMIQUES "

Imprimer cet article

Retour aux articles


Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever



design by ksa | kits graphiques by krek