Climat des affaires : l’Afrique de l’ouest à la rame
Climat des affaires : l’Afrique de l’ouest à la rame
Les pays de l’Afrique de l’Ouest font certes des efforts pour améliorer l’environnement régional des affaires ; mais ils ne suffisent pas pour attirer les investisseurs, dans une conjoncture pour le moins défavorable.
Le climat des affaires n’est certes pas exécrable au sein de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, mais elle n’est pas des meilleurs non plus, tel qu’il apparaît à travers le rapport « Doing Business 2010 » de la Banque mondiale à l’intitulé fort révélateur des limites qu’impose la crise mondiale : « Reforming through Difficult Times » (Mener à bien des réformes en temps difficiles).
Le rapport « Doing Business » est la synthèse d’une enquête qui évalue, au 31 mai de chaque année, l’environnement des affaires à travers le monde, dans 183 pays pour ce qui est de cette septième édition. Il donne une appréciation de la manière dont les réglementations économiques, juridiques, fiscales etc. facilitent ou font obstacle à la dynamique des entreprises, de leur phase de création à leur extinction. Les pays ainsi mis en observation sont notés et classés en fonction de dix indicateurs-clés portant sur les délais, les coûts et la réglementation concernant la création et l'exploitation d'une entreprise, la fiscalité des sociétés, les procédures de faillite, les droits de propriété intellectuelle, la résolution des conflits commerciaux, les échanges transfrontaliers, notamment.
Dans le classement du « Doing business 2010 », les 15 pays de la CEDEAO sont en mauvaise posture. Tous à la rame, ils se situent entre la 92ème place occupée par le Ghana et la 181ème prise par la Guinée-Bissau. L’on retrouve en tête de peloton, après le Ghana, le Nigeria (125ème), la Gambie (140ème) et le Cap-Vert (146ème). Suivent le Burkina Faso (147ème), la Sierra Leone (148ème), le Libéria (149ème), le Mali (156ème), le Sénégal (157ème) et le Togo (165ème). La Côte d’Ivoire (168ème), le Bénin (172ème), la Guinée (173ème) et le Niger (174ème) ferment la marche, devant la Guinée-Bissau.
A l’échelle régionale, les pays qui sont en tête n’ont pas accompli de nouvelles réformes majeures, entre juin 2008 et mai 2009. Ils ont plutôt cherché à renforcer les opportunités et facilités qu’ils offrent aux investisseurs. C’est ainsi que le Ghana, le Nigéria, le Cap-Vert et la Gambie se sont évertués à davantage simplifier leurs procédures de création d’entreprise, avec la mise en place de guichets uniques et de systèmes d’enregistrement en ligne, à réduire l’impôt sur le revenu des sociétés, à améliorer l’accès au crédit.
En milieu de tableau, le Burkina Faso s’est fait remarquer par la simplification de ses procédures et la réduction des coûts d’obtention de permis de construire, d’enregistrement des propriétés et de création d’entreprises. Il gagne huit places par rapport à 2009, en passant de la 155ème place à la 147ème dans le « Doing business 2010 » ; il fait maintenant partie des 5 meilleurs réformateurs en Afrique subsaharienne. La Sierra Leone a adopté une loi qui renforce la protection des investisseurs. Elle a amélioré l’accès au crédit et a prévu des mesures pour la restructuration d’entreprises en difficulté pour ne plus procéder à leur liquidation systématique. Elle a également institué un guichet unique pour l’enregistrement des entreprises. Il y est plus facile de s’acquitter de ses impôts, les services fiscaux étant mieux équipés et plus professionnels.
Prenant la place du Sénégal dans le « Top ten » des plus grands réformateurs du monde, le Libéria vient en deuxième position parmi les pays africains les plus rapides en termes de création d’entreprise et d’accès au crédit. Dans la période de référence juin 2008-mai 2009, il a simplifié ses procédures de création d’entreprises, réduit le coût des permis de construire et a rendu le téléphone plus accessible, en rouvrant la compagnie téléphonique nationale. Il a accéléré les échanges commerciaux et les procédures douanières au moyen d’un nouveau guichet unique. Avec des réformes du même ordre, le Mali s’est haussé de la 166ème place en 2009 à la 156ème place dans le « Doing business 2010 », en termes d’attractivité globale dans le domaine des affaires.
Alors qu’il était, dans le classement de 2009, premier réformateur africain et cinquième mondial, le Sénégal n’est plus dans le « Top ten » de 2010. Il a perdu cinq places pour se retrouver 157ème sur 183 pays. En région Afrique, le pays est passé de la 23ème à la 26ème place sur les 46 pays évalués dans le Rapport du « Doing Business 2010 ». Cela veut dire qu’il n’a pas beaucoup progressé dans la mise en œuvre de nouvelles réforme ni progressé dans les anciennes, sauf dans les domaines de la justice et du commerce transfrontalier. Dans ce dernier cadre, les avancées sont notables, au niveau du Port autonome de Dakar, après l’installation et la mise en route d’équipements de manutention performants, l’adoption de méthodes de gestion modernes du terminal à conteneurs, avec le fonctionnement à feu continu des services portuaires et l'informatisation plus poussée des procédures douanières.
Ombre au tableau des critères du « Doing business » : les pays dont les gouvernements adoptent des programmes de protection sociale sont qualifiés de « non compétitifs » par la Banque mondiale. Le rapport 2010 leur recommande de revoir à la baisse les indemnités accordées aux travailleurs remerciés, de réduire ou de supprimer les obligations relatives au préavis de licenciement. Il est également à noter que le classement du « Doing Business » ne prend pas en compte la politique macro-économique des pays évalués, la qualité de leurs infrastructures, leur taux de criminalité, la volatilité des taux de change ou encore …l’appréciation des investisseurs eux-mêmes. Et pourtant, ce sont des considérations qui entrent largement en ligne de compte dans la décision d’investir, en plus des dix critères classiques du «Doing Business ».

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