Echos des tropiques

Annonces




La mauvaise fortune de la Palestine

 La mauvaise fortune de la Palestine

 PAR AMADOU FALL

Jeudi 11 novembre 2004

Yasser Arafat mort, on épiloguera longtemps encore sur sa fortune qui serait colossale. Elle est estimée à près de deux milliards de dollars. Les ennemis de la Palestine en font des gorges chaudes. Cette " affaire " est une arme de plus qu'ils n'ont d'ailleurs pas tardé à utiliser pour semer la discorde entre les héritiers directs et politiques du Raïs défunt, jeter le discrédit sur la cause palestinienne, et saper le moral des combattants de la liberté.

Jusque sur son lit de mort, bien loin de son dernier lieu de retranchement où il reviendra pour l'éternité, Arafat s'est, quarante années d'épreuves et de sacrifices durant, donné, corps et âme, au seul combat qui pour lui en valait la peine, celui de faire recouvrer à son peuple sa liberté et sa dignité sur son sol historique. Il n'est pas possible de réduire la vie de cet homme, aujourd'hui disparu, à une œuvre d'enrichissement personnel à l'abreuvoir du sang des justes et des martyrs. Arafat était et restera un symbole qui n'était riche que de sa conscience, de ses convictions, de ses idéaux, de son charisme, et de la force qu'il avait à s'en servir pour que la Palestine soit, un jour, véritablement souveraine et respectée dans le concert des nations reconnues comme telles.  

L'argent est bien évidemment le nerf de ce long combat. Les fonds relativement substantiels qu'à des desseins contraires à toute éthiqu, l'on prête à Yasser Arafat, sont en réalité de ce ressort. Ils proviennent, principalement, des donations des pays arabes et de l'Union européenne. Comme nul ne l'ignore, l'Autorité palestinienne vit principalement de subsides extérieurs, parce qu'étant dans l'impossibilité de réunir les moyens endogènes de la libération de son peuple, sous la chape de plomb et de béton israélienne. Et c'est bien là la mauvaise fortune de la Palestine.

Le rapport de la Cnuced rendu public en septembre dernier sur l'économie de la Palestine est fort édifiant. L'organisme onusien y appelle les donateurs à intensifier leur engagement en faveur de la Palestine qui a perdu " au moins un cinquième de son outil économique au cours de ces quatre dernières années en raison de la guerre et de l'occupation ".

Le coût total des dommages matériels accumulés (logements, usines, infrastructures, terres) depuis octobre 2000 est prudemment estimé à 2,2 milliards de dollars, soit près de 19 % de la valeur estimative du stock de capital palestinien en Cisjordanie et à Gaza. L'équivalent de la fortune que Yasser Arafat aurait placé dans les comptes bancaires suisses dont il serait parti, dans l'au-delà, avec les codes d'accès !

Le risque, après la disparition du Raïs, est de voir l'autorité politique palestinienne s'affaiblir parce que sapée de l'extérieur, et d'assister inversement à la radicalisation de la stratégie de destruction de l'économie palestinienne entamée dès l'occupation des territoires en 1967.

Les armes qui se renforceront sont les mêmes : confiscation des terres et le détournement de l'eau au profit des colons juifs ; tracasseries et blocages administratifs pour restreindre tout investissement susceptible de faire concurrence aux producteurs artisanaux et industriels israéliens ; obstruction des débouchés extérieurs notamment sur le marché israélien surprotégé … Il y a fort à craindre que le gouvernement Sharon, derrière le mur de la honte et malgré le retrait amorcé de Gaza,  en use davantage pour achever de détruire le développement agricole et industriel palestinien et permettre aux producteurs israéliens d'écouler leurs produits tout en tirant parti d'une main d'œuvre condamnée à être flexible et bon marché, pour survivre. D'autres colonisés ont été nombreux à vivre pareille iniquité, mais ils s'en sont sortis, politiquement à tout le moins, pour ensuite entamer un autre long combat pour le développement.

La Palestine, elle, doit mener concomitamment sa double bataille pour la libération et pour le progrès économique endogène. Sa relative autonomie l'y autorise. Et aussi le soutien d'une bonne partie de la Communauté internationale. 

Mais celle-ci devra, dans les années qui viennent, s'inscrire, avec la Palestine, dans une stratégie de développement cohérente et à plus long terme. Tout en maintenant et renforçant l'aide urgence à une économie exsangue et dont les acteurs courent des risques encore plus grands de meurtrissures, après Arafat. De vigoureuses et durables mesures s'imposeront en effet pour remédier aux profondes faiblesses structurelles créées par une occupation prolongée et la dépendance à l'égard de l'économie israélienne. Et aussi la réorientation de l'économie palestinienne dans le sens de relations équilibrées avec ses partenaires commerciaux par le biais d'une intégration régionale et mondiale. Ce qui est valable pour la Palestine l'est également pour bien d'autres pays en développement. A quelques nuances près…

 

 



Article ajouté le 2006-09-19 , consulté 90 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " REGARD SUR LE MONDE "

Imprimer cet article

Retour aux articles


Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever



design by ksa | kits graphiques by krek