Bush –Kerry : pour qui sonne le glas ?
Bush –Kerry : pour qui sonne le glas ?
PAR AMADOU FALL
Le président « le plus mal élu » de l'histoire des Etats-Unis conservera-t-il son poste, à l'issue du scrutin du 2 novembre, ou sera-t-il obligé de laisser s'ouvrir une nouvelle ère démocrate, sous la férule de John Forbes Kerry ? L'économie et le social devraient peser très fortement sur la balaance des choix que les Américains vont faire, ce mardi.
Les électeurs américains jugeront nécessairement l'actuel locataire de
Dressant un des tableaux les plus sombres qui puissent être de l'économie américaine, Kerry et son camp auront tout fait pour convaincre leurs compatriotes que Georges William Bush doit assumer « le pire bilan en matière d'emploi depuis
Un second mandat
sans le moindre emploi ?
Le marché du travail se serait dégradé à un point tel que les pertes d'emplois se situeraient autour de 2 millions de postes, de 2001 à maintenant. S'il sortait de cette présidentielle vainqueur, Bush serait alors le premier président américain à obtenir un second mandat sans avoir créé le moindre emploi, depuis la crise de 1929, selon le camp démocrate. Cette convocation de l'histoire n'est point fortuite, puisque Hoover, qui présidait alors aux destinées des Etats-Unis, fut balayé par le Démocrate Franklin Delanoë Roosevelt, au terme d'un premier mandat qui s'était soldé par une perte nette d'emplois, avec de faibles perspectives de sortie de la récession d'alors…
Dans la situation présente, le nombre d'Américains que les statistiques classent parmi les pauvres a augmenté, en 2003, pour la troisième année consécutive. Près de 36 millions d'Américains seraient touchés, tandis que 45 millions de personnes seraient sans assurance maladie.
À la guerre comme à la guerre, John Kerry a exploité à fond cette misère sociale, dans sa campagne pour la présidentielle. Son principal projet alternatif est de mettre en place un système d'assurance maladie qui couvrirait à peu près 95% de la population. Son financement viendrait de la suppression des réductions d'impôts opérés par les Républicains au bénéfice des revenus les plus élevés. Des richards, à qui ces baisses d'impôt profitent normalement, les ont d'ailleurs pris comme des cadeaux fort indécents et embarrassants. C'est le cas de milliardaires de renom comme Bill Gates, Warren Buffett. À l'inverse de son challenger, Kerry voudrait maintenir la diminution de la pression fiscale sur la classe moyenne, car de l'analyse de son parti, ces dernières ont été les grandes victimes de la gestion Bush.
Quand Kerry pose aux Américains la question posée, en son temps, par Reagan : « Vivez-vous mieux aujourd'hui qu'il y a quatre ans ? », il est évident qu'il entend énormément de réponses négatives, de la part de tous ceux qui subissent les affres d'une crise économique qui ne dit pas son nom, mais qui se traduit par l'augmentation du chômage, une réelle baisse de pouvoir d'achat et de niveaux de vie et un défaut de couverture sanitaire et sociale, chez ceux qui travaillent, dans l'Etat le plus puissant du monde.
D'ailleurs, un sondage ABC News-Money Magazine a montré, récemment, que 67 % des Américains interrogés estiment que « l'économie va mal ». Les électeurs, sans cesser de penser à l'Irak, louchent de plus en plus vers leur porte-monnaie et la caisse de l'Etat que la guerre a contribué à vider. La crainte d'une rechute de la croissance alimente la morosité des consommateurs.
Notable embellie
de l'économie américaine
Et pourtant, sans que cela ne soit immédiatement appréciable, du point de vue de son impact social, l'économie américaine est bien en train de reprendre du poil de la bête. Elle a effectivement commencé à connaître une notable embellie durant la troisième année du mandat du président Georges Bush, depuis l'année dernière, en l'occurrence. Sur le dernier trimestre 2003, les Etats-Unis d'Amérique ont, en effet, enregistré une croissance de 7,2%, leur plus fort taux depuis près deux décennies.
Cette amélioration a mis un terme à près de trois années de marasme économique. Après l'éclatement de la bulle spéculative, au début des années 2000, et la démystification de la nouvelle économie, le marché des actions avait alors connu un sévère réajustement. Les scandales financiers dont celui du courtier en énergie, Enron, avaient contribué à faire entendre ceux qui se prononçaient pour une plus grande transparence financière et un assainissement du « gouvernement » des entreprises. Depuis quelques mois, la croissance paraît ferme, avec un regain d'activité manifestement lié à l'accroissement des commandes militaires, selon certains analystes.
Dans tous les cas de figures, bien que gêné aux entournures par la difficulté qu'il a à justifier, a posteriori, la guerre d'Irak par la preuve des « armes de destruction massive », Georges Bush a pu, à la faveur de cette relance qui s'est amorcée, tenir des propos de campagne optimistes sur la situation et les tendances de l'économie américaine. « Nous avons pris le tournant » de la récession à la reprise. L'économie est forte, et elle se renforce », clame-t-il.
Reprise de l'embauche
dans de nombreux Etats
Et elle a, effectivement, créé de nouveaux emplois. Après plusieurs trimestres de croissance sans effet sur le marché du travail, l'embauche a repris dans de nombreux Etats américains. Bush se targue des quelque 90.000 emplois manufacturiers créés depuis le début de l'année, tandis que le Comité de soutien à son ticket avec Dick Cheney assure que « l'économie américaine fonctionne à plein gaz » et que « sous le leadership du président Bush, 1,4 million d'emplois ont été créés ».
Dans cette guerre des chiffres sur les emplois créés ou perdus, c'est, sans doute, dans leur nature qu'il faudra trouver le bon compte. Quoi qu'il en est, le président Bush, qui se bat sur tous les tableaux pour que le peuple américain lui renouvelle massivement sa confiance, le courtise bien : « l'Amérique est le pays des travailleurs les plus consciencieux, novateurs et honnêtes dans le monde, et grâce à leurs efforts et à leur sens de l'initiative, l'économie américaine est forte et se renforce ».
Elle est très certainement en phase de croissance, mais pas à un rythme qui soit vraiment satisfaisant pour les nombreux travailleurs dont les revenus peinent à rattraper l'inflation, ou pour tous ceux qui sont laissés en rade, en raison de l'absence de progression importante de l'emploi et de la lenteur de la reprise. Les Républicains assurent avoir dopé le revenu des ménages avec les remises fiscales, et qu'ils ont, par exemple, apporté 1.000 dollars à 100 millions de foyers. C'est principalement des ménages les plus nantis qu'il s'agit… L'accroissement conséquent des inégalités ne plaidera, en réalité, guère en faveur de l'actuelle administration aux élections présidentielles de novembre.
Réduire de moitié
le déficit budgétaire
Les baisses d'impôts consenties par le gouvernement Bush aux très riches Américains, plus qu'à ceux qui se trouvent à des échelons sociaux plus bas, ont sans doute stimulé l'économie et l'a aidée à donner des signes de sortie de crise ; mais elles ont conduit à un énorme déficit budgétaire qui devrait tourner à la fin de cette année autour de 521 milliards de dollars, en plus d'un déficit commercial qui était de 48.327 milliards de dollars, en avril dernier. Tout cela est simplement abyssal !
S'il y a un point sur lequel Bush et Kerry sont au moins d'accord, c'est bien sur la nécessité de réduire, au moins de moitié, le déficit budgétaire américain, sur une période de quatre à cinq ans. Mais comment ?
Il y a très peu de chance que Georges Bush revienne sur les faveurs qu'il a octroyées au grand capital et plus largement aux Américains de la haute classe, au plan fiscal. Il est également impensable qu'il veuille imposer davantage les revenus en dessous. On ne le voit pas non plus, dans la logique de guerre qui l'enrage, mettre un terme à ses engagements sur les fronts extérieurs, en Irak en particulier, et réduire, conséquemment, ses fantasques et faramineuses dépenses militaires.
Sur ce chapitre, John Kerry aura les coudées franches, s'il est élu président. En bon Démocrate, c'est sans état d'âme qu'il devrait, conformément à sa vision politique et ses engagements électoraux, faire basculer le poids de la fiscalité, en instaurant davantage de réductions d'impôts pour les revenus bas et moyens et moins pour les plus hauts revenus. Cela pourrait ramener beaucoup d'argent dans les caisses du Trésor public américain et en atténuer les déficits si, bien évidemment, les dépenses sociales que Kerry a promis d'augmenter ne dérapent pas.
Faramineux coûts
de la guerre d'Irak
Kerry a un autre atout potentiel en main, celui qu'on lui prête de pouvoir replacer la crise irakienne dans une perspective de solution concertée et non guerrière, et de s'engager dans une dynamique de réconciliation avec les autres, de paix globale. Les incidences de ce désamorçage seront tout bénéfice pour le budget américain qui n'aurait plus à supporter les faramineux coûts de la guerre larvée d'Irak.
Ensuite, avec Kerry, elle atténuerait la forte tension qui pèse sur les marchés pétroliers dont les cours flambent parce que l'Irak est en feu et à sang, et le Proche-Orient, qui est déterminant dans l'approvisionnement du monde en pétrole, risque, à tout moment, l'embrasement. Une baisse des prix pétroliers renforcerait, à coup sûr, le redressement de l'économie américaine qui souffre, en premier lieu, par la hausse des prix de l'énergie, laquelle affecte directement les dépenses de consommation nécessaire à l'intensification des activités productives.
Les autres économies du monde, en particulier, celles des pays en développement, ne s'en porteraient que mieux.
Fondamentalement, l'Economie sonne le glas pour Bush et vote Kerry. Mais il y a bien d'autres paramètres…

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