Les USA : Fascinants, généreux, mais tyranniques…
Les USA : Fascinants, généreux, mais tyranniques…
PAR AMADOU FALL
Les attentats du 11 septembre ont atteint au cœur et fortement ébranlé les Etats-Unis, mais ils sont loin d'avoir été l'amorce de leur effondrement. Forme la plus achevée du libéralisme économique triomphant, le pays de l'Oncle Sam va pour longtemps encore une très grande puissance, la plus grande au monde. Et comme tel, il continuera d'exercer une fascination – contemplative ou haineuse, c'est selon – sur le reste du monde qui a le regard et l'esprit braqués sur ses politiques, réalisations et intentions.
Les pays africains qui ont à se reconstituer de nouveaux repères, de nouvelles références extérieures, à chaque fois que l'histoire du monde tend à déraper à leurs dépends sont, bien entendu, aux premières loges. Oui, les Etats Unis nous fascinent, dans le sens constructif et exaltant du terme. C'est un pays qui s'est libéré très tôt de la tutelle coloniale britannique pour, de lui-même et avec tous ceux qui se sont résolument engagés dans une belle mais souvent douloureuse aventure, se construire, prospérer et incarner la manière de vivre la plus moderne et libre qui soit, dans toute son immensité. C'est aussi un peuple pluriel mais unique, une nation qui s'est constituée dans la diversité et qui, malgré le choc des différences, arrive à faire bloc pour sa réussite intérieure, et face aux défis extérieurs. C'est également cette grande démocratie, cette terre des libertés qui, un siècle et demi plus tôt, avait fasciné Alexis de Tocqueville, tel qu'il le fit ressentir dans « De la démocratie en Amérique » un ouvrage politique capital qui devint aussitôt commis la bible des partisans du libéralisme politique. C'est enfin une terre d'émigration, un pays qui est resté largement ouverts à tous les apports extérieurs, du moins à ceux qui n'ont pas le mal en eux…
Un peuple soudé dans sa diversité pour le renforcement de la prospérité qu'il s'est construite, dans la démocratie, la liberté, et l'acceptation des apports extérieurs fécondants. Il n'y a aujourd'hui pas d'Africains qui ne rêvent pas de voir cette image des Etats-Unis être celle d'un continent africain réussissant demain sa renaissance. Le « rêve africain » qui s'inspire de plus en plus du modèle américain est pour un continent où les peuples, intensément unis par les liens de l'intégration économique et politique, réussiraient par leur travail et la valorisation de leurs immenses potentialités à créer les richesses qui fondent la prospérité durable, et seraient plus à même de défendre leurs intérêts sur l'échiquier planétaire, tout en restant ouverts au reste du monde.
Mais pour que ce rêve se réalise, les Africains doivent assurément compter d'abord sur leurs propres forces, comme ils l'ont toujours dit et tenté de le faire du Plan d'actions de Lagos au Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique. Mais les moyens mobilisables en soi sont si dérisoires par rapport à l'immensité des besoins d'un continent où tout est à construire où à refaire, qu'ils devront nécessairement être le plus largement possible compléter par
C'est à cet égard que la générosité agissante des Américains est interpellée, comme il l'a été quelque cinquante années plutôt, lorsqu'ils mirent en branle le Plan Marshall pour aider à la reconstruction de l'Europe occidentale sortie de la seconde guerre mondiale, ravagée et exsangue. Elle s'en est très rapidement relevée, pour vivre les moments les plus fastes de son histoire, la période des « trente glorieuses » années d'après-guerre. Le temps n'est-il pas venu pour l'Afrique de connaître la même sollicitude de la part des Etats-Unis, en ces moments tout aussi difficiles où le continent déstructuré par la colonisation est toujours sous l'emprise de crises économiques sans discontinuité et de nombreuses turbulences socio-politiques ? Très certainement.
En fait ce n'est vraiment pas d'un Plan Marshall version assistance aux pays pauvres dont l'Afrique a besoin. La totalité des aides au développement jusque-là reçues des seuls Etats-Unis, sans compter les contributions des Européens, des pays arabes et asiatiques, dépasse de loin le volume du Plan Marshall servi à l'Europe occidentale au lendemain de le seconde guerre mondiale. Les Etats-Unis et les autres partenaires sont, à n'en point douter, « généreux » avec le continent noir. Mais les aides jusque-là consenties n'ont guère contribué à la sortie de crise et à la relance des économies africaines. En plus des handicaps structurels qui leur sont internes, l'aide au développement a, en réalité, plus servi à faire valoir et fertiliser, sur le continent, les intérêts économiques de ceux qui concèdent.
La générosité des Américains est effectivement ressentie un peu partout, de l'offre de solutions financières et matérielles aux problèmes de formation, de santé, de nutrition et autres, dont trop d'Africains souffrent quotidiennement, jusqu'au niveau le plus émotionnel d'intervention des « Volontaires de
La « Loi sur le développement des opportunités africaines » (African Growth opportunities Act), qui remonte au magister du Président Clinton, est une première réponse à cette exigence nouvelle, en ce sens qu'il est censé favoriser la percée d'un certain nombre de produits africains sur le marché nord-américain, même si, au demeurant, son application est encore embryonnaire. L'AGOA, comme facilité commerciale est en soi une donne importante, si elle se réalise. Elle devrait toutefois être concomitante à des facilités d'investissements à même de permettre à des opérateurs économiques américains de participer financièrement à la réalisation des infrastructures et grands travaux inscrits dans le NEPAD et qui sont à rentabiliser dans une pure logique d'économie de marché. Il en serait de même, avec les partenariats qu'ils noueraient avec des privés du cru pour la valorisation des ressources naturelles du continent dont une bonne part est encore en friche ou se dégrade.
Les Américains hésitaient, jusque-là, à franchir le Rubicon, avec en tête l'idée que l'Afrique était encore la chasse-gardée des anciennes puissances coloniales dont ils ne sont pas. En le continent est tendanciellement laissé à lui-même, à ses difficultés économiques, à ses conflits internes et guerres fratricides. L'Union européenne a sans doute beaucoup plus d'intérêt à jouer à fond la carte de l'Europe de l'Est du Centre vers laquelle elle s'élargit et se replie en termes d'investissements. Mais ce qui est sûr est que les marges de progression des marchés du Nord sont très ténues, parce qu'il ne s'y crée que très peu de nouveaux besoins, et que toutes les économies se suffisent pratiquement à elles-mêmes.
Tout au contraire l'Afrique est une juxtaposition d'économies en friche où tout est à construire ou à reconstruire, sur la toile de fond des marchés où les besoins qui s'expriment sont immenses. C'est peut-être la chance de l'Afrique, mais également celle des Américains qui ont désormais les coudées franches pour investir largement et prospérer sur ce continent, encore une fois sur la base du partenariat. Ils auront à leur avantage les ressources naturelles qu'il faut. Mais également des valeurs humaines sures dont les générations nouvelles, si elles n'ont pas fait leurs classes en Amérique ne jurent plus que par les Etats-Unis, qui leur a largement ouvert ses portes, quand

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