USA - Irak : Cette maudite guerre du feu
USA - Irak : Cette maudite guerre du feu
PAR AMADOU FALL
Mars 2003
La " Guerre d'Irak " a lieu. Le reste du monde s'y est opposé jusqu'à la dernière minute, mais sans vraiment croire que Georges Bush donnerait un quelconque sursis à Saddam Hussein. Et pourtant, dans les jours qui viennent, cette maudite guerre démontrera d'elle-même que l'Irak n'a véritablement plus d'armes stratégiques, nucléaires ou bactériologiques qui vaillent le déluge de feu qui s'abat, depuis hier, sur ses infrastructures essentielles et sur sa population de nouveau dans le désarroi et la tourmente.
Cette nation et ses dirigeants ont accepté jusqu'à l'inacceptable : se laisser désarmer dans des conditions humiliantes, tout en sachant que l'ennemi n'en a cure, car son dessein n'est pas seulement de mettre un despote avéré hors d'Etat de nuire, de restaurer ou de créer les conditions de la renaissance démocratique de ce pays.
De fait, le mobile de cette guerre impérialiste qui n'a pas révélé tout son sens est bien loin des idéaux universels portés en étendard, comme pour une croisade des temps modernes. Ce qui fait se dresser la puissante et hégémonique Amérique contre un Irak exsangue et à genoux, c'est moins les armes de destruction massive qu'on aura du mal à retrouver dans les quantités décrites, que les gigantesques gisements pétroliers dont regorge le sous-sol de ce pays. L'objectif de cette guerre n'est plus ni moins que le renversement du régime de Saddam Hussein pour mettre la main sur les réserves pétrolières parmi les plus massives de la planète.
Sous-terre, l'Irak est une immense nappe de pétrole avec des réserves de brut prouvées atteignant 112 milliards de barils. Il vient à la deuxième place mondiale, derrière l'Arabie saoudite avec ses 262 milliards de barils. Mais encore, certaines études font estimer les réserves globales de l'Irak à plus de 330 milliards de barils ; si cela est, il dépasserait d'une bonne longueur l'Arabie Saoudite. Les experts en pétrole soulignent que la durée de vie des réserves est de 53,1 ans en Iran, de 55,1 ans en Arabie Saoudite de 75,1 ans aux Emirats arabes unis de 116,1 ans au Koweït. En Irak, elle serait de 526,1 ans !
Les Etats Unis d'Amérique qui représentent 4,6% de la population du globe mais qui consomment 25% de ses ressources énergétiques, sont dans une situation beaucoup moins enviable. Ils sont certes le troisième producteur mondial de pétrole, mais leur consommation énergétique est si volumineuse et exponentielle, qu'ils courent le risque de devenir très rapidement importateurs nets de pétrole et de gaz. Jeremy Rifkin, dans la revue spécialisée Hydrogen Economy, livre cette information capitale : au rythme de leurs production et consommation actuelles, les Etats-Unis, ont déjà exploité 60 % de leur pétrole récupérable ; ce qui fait que la durée de vie des réserves qui subsistent encore n'excédera pas dix ans…
C'est bien tout cela qui a amené le vice-président Dick Cheney à tirer la sonnette d'alarme, à travers son rapport sur la politique énergétique des Etats-Unis rendu public en mai 2001. " La nation est en danger, disait-il, car nous faisons face à la plus grande pénurie depuis l'embargo sur le pétrole imposé par les pays arabes dans les années soixante-dix ". Cheney expliquait alors que, pour combler le déficit énergétique américain, ou à tout le moins le réduire dans une bonne mesure, il faudrait, d'ici 20 ans, construire près de 1 200 usines de production électrique ! Ce qui est impossible, même pour l'économie la plus puissante au monde.
George Bush, deuxième du nom, semblait penser tout le contraire, lui qui, dans le feu de la publication de l'alarmant Rapport Cheney, s'est lancé dans une campagne massive tendant à pousser les Américains à " investir de grandes sommes dans le développement des ressources tant à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur " de son pays. Mais c'est dans les événements du 11 septembre, douloureusement ressentis de par le monde, qu'il a trouvé son meilleur viatique pour la conquête des ressources énergétiques qu'il ne pouvait plus trouver aux Etats Unis, et dont il n'était pas non plus en mesure de développer des alternatives convenables. Il lui aura suffi de se prévaloir de la " guerre contre le terrorisme " et du vieux contentieux entre son père et Saddam Hussein pour, envers et contre le monde entier, mettre l'Irak en ligne de mire, son pétrole plus que toute autre chose. Cette guerre est bien la guerre pétrole. La guerre du feu.
Et forcément, George Bush a derrière lui, toutes les compagnies pétrolières américaines totalement absentes d'Irak, depuis trois décennies, et qui ne rêvent que de son pétrole. Or, sans cette guerre dont nul ne peut dire combien de temps elle va durer, elles avaient toutes les chances de continuer à être exclues du partage du gâteau irakien, car le régime de Saddam Hussein avait déjà négocié des contrats avec des sociétés françaises, russes, italiennes, chinoises principalement, lesquels devaient entrer en vigueur, tout de suite après la levée de l'embargo onusien.
L'issue de la présente guerre étant on ne peut plus claire, dans la mesure où l'Irak faible et désarmé ne pèsera pas lourd face à la puissance de feu anglo-américaine, il ne fait pas de doute que les sociétés américaines vont reprendre pied dans le pays. Toutes seules, plus exactement avec leurs alliées britanniques. Dans tous les cas, les compagnies françaises et russes auront du mal à participer à l'exploitation des gisements pétroliers irakien dans l'ère post-Saddam, parce que leurs Etats ont joué, jusqu'au bout, et tout à leur honneur, la carte du désarment pacifique sous l'égide des Nations Unies.
Pour l'instant, l'on se soucie beaucoup plus, du sort des populations irakiennes, mais également de l'effets de l'évolution des cours pétroliers sur les économies du monde, et sur celles les plus pauvres en particulier. Le marché est très nerveux parce que sensible à la situation qui prévaut en Irak et dans la sous-région. Les cours pourraient, ces jours-ci très rapidement flamber, en réaction à des risques d'obstruction des approvisionnements, de rupture de stocks, et de débordements de la guerre dans la sous-région.
Mais il est certain que l'importance des stocks stratégiques accumulés dans les pays du nord permet d'amortir la flambée des cours, si la guerre, comme beaucoup le pense, ne va pas durer plus d'une semaine ou deux. A moins et long terme, aussi condamnable soit-elle, la mainmise unilatérale des Américains sur le pétrole irakien, garantira la stabilité de l'approvisionnement des gros consommateurs du Nord, et une stabilisation conséquente des prix internationaux.
Le scénario probable sur lequel nombre d'experts s'accordent et celui d'une brève envolée des prix pétroliers vers 40 dollars le baril, suivie d'une baisse prolongée jusqu'aux alentours de 20 dollars. Alors, ce serait, au grand soulagement de nous autres Africains.
Même si elle ne le clame pas partout, l'Afrique est dans son ensemble contre cette guerre, au nom des droits universels et de la légalité internationale, mais encore parce qu'elle a tout à perdre dans un tel conflit, quelle qu'en soit la durée. Faut-il rappeler que les chocs pétroliers qui secouent régulièrement le monde depuis 1973 comptent parmi les facteurs qui ont le plus accentué les crises structurelles du continent en l'enfonçant dans la spirale de l'endettement ? Et Dieu seul sait le bon usage qu'il aurait pu faire de ces centaines de milliards de dollars engloutis dans cette guerre, si…

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