LES DEFIS DE L'INDUSTRIE AFRICAINE
Fabriquer plutôt qu’assembler
PAR AMADOU FALL
Février 2006
Un entrepreneur spécialisé dans l’électricité industrielle se plaignait, l’autre jour, d’avoir de plus en plus de difficultés à décrocher des marchés, non pas à cause de la faiblesse de l’offre, mais davantage parce que les prix qu’ils proposent sont bien plus élevés que ceux de ses concurrents. Imbu de sa rigueur professionnelle, il s’obstine encore à ne s’approvisionner qu’en produits et composants européens, américains ou japonais, parce qu’il estime qu’ils sont les seuls à répondre aux normes internationales de qualité et de fiabilité. Les autres ne s’embarrassent guère de prendre tout ce qu’ils peuvent trouver sur le marché aux prix les plus bas possible. Là où le très vertueux spécialiste de l’électricité industriel peine à trouver de nouveaux marchés et risque, de jour en jour, de faire péricliter son affaire, ses compétiteurs eux tirent bien mieux leur épingle du jeu.
La contrefaçon fait-elle la différence ? Une chose est sure, il y a des produits contrefaits sur le marché. La contrefaçon qui se définit comme la reproduction ou l’utilisation totale ou partielle d’une marque, d’un dessin, d’un modèle, d’un brevet ou d’un droit d’auteur sans l’autorisation de son titulaire, représente d’ailleurs 5 à 7% du commerce mondial.
Il ne faut assurément pas occulter le fait que la contrefaçon nuit sérieusement aux grandes entreprises qui en sont en victimes et aux consommateurs si les produits en question ne répondent pas aux normes de sécurité.
Elle a certes occupé une place relativement importante sur le marché des produits industriels du Sud. Mais de plus en plus, elle tend à céder la place à des produits qui ne cherchent plus à copier ou à s’identifier à quelque marque occidentale qui soit. Ils n’en satisfont pas moins les acteurs économiques des pays en développement qui les acquièrent à des prix que nulle autre concurrence ne saurait soutenir, et dans une qualité de plus en plus acceptable.
En effet, les entreprises qui les fabriquent en Thaïlande, en Chine, en Turquie, à Hong Kong ou ailleurs sont, depuis des années, passés du stade artisanal à celui résolument industriel. S’appuyant sur des équipements modernes et sophistiqués résultant d’investissements important mais à la portée d’entrepreneurs de pays émergents, elles livrent sur le marché, du textile aux pièces détachées industrielles, des produits qui n’ont rien à envier à ceux dont la marque est de réputation mondiale.
Dans le contexte de cette mondialisation à outrance, la marque n’est d’ailleurs plus qu’un simple signe de notoriété commerciale estampillé sur des produits fabriqués là où il est plus avantageux de le faire, dans les pays en développement ou émergents plus que dans les pays industrialisés. Les industriels du Sud qui savent à quoi s’en tenir tendent à sortir des fourches caudines de la contrefaçon pour afficher et vendre leur production sous leur propre nom, sachant qu’ils ont atteint, sinon qu’ils ne sont pas loin d’égaler les standards universels de qualité.
En outre, ils ont sur leurs concurrents du Nord, des avantages comparatifs qui les rendent nettement plus compétitifs. Cela se mesure d’abord en termes d’énormes écarts de salaires. A titre d’exemple, et selon l’Union française de l’industrie d’habillement, le taux horaire qui est de 14 dollars en moyenne pour l’Europe, n’est que de 2,6 dollars en Turquie et descend à 0,6 dollars en Chine pour tomber à 0,3 dollar au Pakistan. A ces différences de rémunérations s’ajoutent des charges sociales, des conditions de travail, des niveaux de protection sociale, des environnements réglementaires et des taux d’imposition moins pesants ou contraignants.
C’est d’ailleurs tout cela qui explique les délocalisations intempestives d’industries du Nord vers les pays du Sud qui offrent ces facilités à l’investissement productif, en plus d’une main d’œuvre de plus en plus hautement qualifiée, avec une productivité qui égale celle de l'Europe. La division internationale du travail qui réservait les industries sophistiquées aux pays développés et la fabrication de produits simple et de bas de gamme à ceux en développement a de beaucoup perdu de son étanchéité. Il est aujourd’hui possible de fabriquer en tous lieux des produits à haute valeur ajoutée. Les coûts de facteurs de production, dont celui du travail et l’environnement des entreprises sont les éléments majeurs de différenciation.
C’est ainsi que
Ce sont ces éléments-là qui permettent aux concurrents de notre spécialiste de l’électricité industrielle accroché aux coûteux produits venant d’Europe et répondant aux normes européennes, de mieux s’en sortir que lui. C’est une excellente chose que de s’approvisionner en restant au Sud, si l’on est gagnant dans le rapport qualité – prix. Mais c’est encore mieux que de pouvoir domestiquer la technologie et les techniques de fabrication qui sous-tendent les industries modernes comme y réussissent les pays émergents.
Ici on assemble des cars et des ordinateurs, des disjoncteurs, etc. C’est déjà bien. Mais il doit être possible de faire beaucoup mieux en en fabriquant les composantes, ici même.

Commentaires