L’aide, autrement
L’aide, autrement
PAR AMADOU FALL
MAI 2005
A chaque fois que l’idée d’un « Plan Marshall pour l’Afrique » est agitée par des leaders ou amis du continent, des voix s’élèvent contre. Elles font remarquer que, s’il ne tenait qu’à l’aide au développement, cette partie du monde aurait, depuis bien longtemps, réussi son décollage économique. A dire vrai, des pays en développement, ceux d’Afrique sont, à des degrés tout de même variables, ceux qui ont le plus bénéficié de l’assistance financière de
Les pays de l’Europe de l’Ouest, ravagés par la seconde guerre mondiale, se sont refait une excellente santé et ont, très rapidement repris leur place sur l’échiquier économique planétaire, au cours des « trente glorieuses ». Mais cela n’a pas été par la seule puissance du Plan Marshall américain. En réalité, les Européens avaient, avant la conflagration mondiale, atteint des niveaux d’organisation, de gestion et de développement tels qu’il leur suffisait tout juste d’un coup de pouce pour reconstruire et relancer leur machine économique. Voire prendre un nouveau départ, sur des bases bien plus modernes et dynamiques. Les massives destructions de la guerre leur auront même été « très utiles », en leur permettant de repartir sur du neuf et du plus performant.
Il est évident que l’aide au développement jusque-là consentie à l’Afrique, et cet hypothétique « Plan Marshall » version tropicale que d’aucuns souhaitent et espèrent pour elle, ne pourront la sortir de l’ornière, comme par miracle. L’épisode critique que l’Europe occidentale a traversée durant et après la seconde guerre mondiale n’était que conjoncturelle, donc passagère. Celle qui handicape encore l’Afrique est beaucoup plus profonde, parce que structurelle, héritée d’un long passé d’exploitation coloniale, et amplifiée par les errements d’après.
L’aide extérieure a tout de même eu un impact positif sur ce lourd passif à transcender. Elle a en effet aidé à la mise en œuvre de nombreuses et importantes réformes tendant, notamment, à la remise en cause du fonctionnement des économies héritées des systèmes coloniaux. Elle a aussi permis de financer de nombreux projets…
Mais les réformes macroéconomiques, en particulier les exigeantes et douloureuses politiques d’ajustement structurel, se sont, pour la plupart, soldées par de cuisants échecs. Elles n’ont pas, dans tous les cas de figure, à elles seules, permis de relancer la croissance économique des pays qu’elles ont eu à mettre sous perfusion. Ensuite, nombre de projets dont l’aide au développement a contribué au financement et à la mise en en œuvre se sont avérés peu viables. Et pour cause. Leur maintenance et leur suivi n’ont pas été, le plus souvent, ni prévus, ni assurés. Plus est, cette aide au développement a été dispensée suivant des conditionnalités qui ont le plus souvent empêché l’appropriation de ses réalisations et usufruits par ses bénéficiaires de droit. Alors que de nombreux intermédiaires locaux et internationaux continuent de largement se servir des royalties et prébendes, sur leur dos.
En somme, si elle ne se heurte pas aux faibles capacités d'absorption des pays bénéficiaires, l’aide est souvent mal ciblée, détournée de ses fins. L’on estime que 60% de son flux retourne immédiatement dans son pays ou sa zone d’émission où il faut, en plus, déplorer une onéreuse inefficacité bureaucratique. C’est à se demander, après toutes les autres formes de déperdition et de gaspillage auxquelles elle est soumise, ce qui reste, véritablement de l’aide extérieure, pour ses véritables ayants droit. La réponse coule de source…
Alors que faire ? Asseoir impérativement les voies et moyens d’intégrer davantage l’aide dans les plans, stratégies et options prioritaires des gouvernements qui sont censés s’en servir comme appoint, pour assurer les mutations que requiert leur développement national et régional. A cet égard, les Etats africains joueraient un rôle plus actif, dans l’identification des besoins de leurs pays, la conception des programmes, leur réalisation, puis leur évaluation en termes de résultats économiques et sociaux. Il va sans dire que les bailleurs de fonds sont dès lors appelés à ne plus être des donateurs rentiers - l’aide n’étant point gratuite - mais de véritables partenaires au développement. Comme les y convie le NEPAD, lequel est sous-tendu par la prise de risques partagée à travers des investissements capitaux. Sur la base d’une confiance réciproque et dans une logique d’efficacité, de performance et de rentabilité.

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