Echos des tropiques

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La contrefaçon condamnable, cependant…

La contrefaçon condamnable, cependant…

 

PAR AMADOU FALL

 

AOUT 2005

 

Nombre de consommateurs ne connaissent pratiquement rien de tout ce qu’il y a comme intense travail de recherche, de conception, de création, mais encore d’investissement derrière les produits qu’ils achètent et intègrent dans leur ordinaire et vie de tous les jours. Leur souci principal est que ce qu’ils achètent satisfasse leur besoin ou envie,  dans le meilleur rapport qualité – prix possible.

La contrefaçon a un pouvoir d'attraction et de séduction de plus en  plus fort, parce que les produits qu’elle concerne sont de qualité de plus en plus grande. Et les consommateurs qui se les procurent le font en refusant délibérément de payer une chose - ou plutôt son pareil - qu’ils peuvent acquérir à moindre coût, même s’ils sont conscients des sanctions encourues, dans le contexte des marchés du Nord en particulier.  

Ils n’ont pas totalement tort. Surtout qu’il est quasi impossible de retrouver ses … marques sur un marché mondialisé à outrance et où l’ivraie – le clinquant, le toc, le faux ou la contrefaçon -  côtoie et bouscule dangereusement la bonne graine,  les produits qui répondent véritablement aux normes universelles de la propriété intellectuelle, et qualitative de fabrication, de conservation et de distribution.

Mais le drame n’est jamais loin quand ces exigences absolues sont foulées au pied. Vous imaginez les risques permanents de désastre encourus par les populations quand, comme c’est hélas le cas, dans les pays du Tiers monde, elles sont inondées, sans grande possibilité de tri ou de rejet, de faux médicaments qui ne sont pas seulement des placebos, de pièces de rechange hors norme pour automobiles et autres machines, de produits de consommation courante de la pire qualité. Mais qui présentent tout aussi bien que leurs originaux ?

En vérité, il ne s’agit même plus de se les imaginer. De plus en plus de catastrophes imperceptiblement ou directement liées à la contrefaçon emplissent le quotidien des pays pauvres. Elles sont péniblement vécues à travers les pannes et accidents au bureau, à l’usine, à la maison, ou dans la circulation et qui sont dus à des outils, des instruments, des appareils ou pièces de rechange de piètre qualité malgré une apparence avenante, mais sous des griffes usurpées.

Elles le sont à travers l’aggravation de la maladie de personnes soignées avec des médicaments qui n’en sont pas. Et dans la consommation ou l’utilisation de produits courants qui ne sont que de pâles ersatz et qui peuvent être nocifs. Sous ce rapport, la contrefaçon est un mal qu’il faut assurément combattre, aussi bien pour les producteurs dont les droits et les intérêts doivent être protégés que pour les consommateurs dont l’intégrité et la santé n’ont pas de prix.

La contrefaçon a toujours été le revers de la production labellisée. Elle a, sans doute, commencé à être considérée comme telle et à être réprimée quand le secret familial, clanique, ou corporatiste a cessé d’être strictement gardé pour suffire à la  protection de la propriété intellectuelle et du savoir-faire. Les copies et contrefaçons ont consécutivement prospéré, avec la démultiplication et la standardisation des moyens de production artisanale et industrielle, malgré les brevets et tout l’arsenal juridique et réglementaire qui s’est étoffé pour la protection locale internationale de la création et des produits originaux.

Le Japon qui fait aujourd’hui partie des grandes puissances industrielles de ce monde a, au siècle dernier, construit les prémices de son économie en s’inspirant ou en copiant très largement les produits occidentaux. Beaucoup entreprises de l’Asie du Sud-est et dans une moindre mesure africaines ont suivi la même voie pour chercher à se tailler, elles aussi, une place sur le marché.

Les économies occidentales souffrent de la contrefaçon qui se développe sur leurs flancs orientaux et méridionaux. En 2004, elle a coûté à la France 6 milliards d’euros. Le phénomène représente 7% du commerce mondial. Et, à ce jour, l’on n’en est plus à s’inquiéter uniquement de la copie de très mauvaise qualité estampillée tout juste « made in tel pays » sous une appellation sans référence mondialement connue et reconnue. En dehors des médicaments et d’autres denrées particulièrement sensibles,  elle porte de moins en moins sur les produits qui restent dans les standards de la consommation courante et que n’importe quelle entreprise peut mettre sur le marché en y apposant son propre label, en espérant et travaillant pour qu’il soit, demain, parmi les mieux cotés.

Les copies qui causent le plus pertes aux grandes marques occidentales mais aussi asiatiques ce sont celles-là qu’il est quasiment impossible de distinguer des originales, de leurs matrices les plus prestigieuses.

Mais à qui la faute ? Les plus ou moins grands groupes devraient d’abord s’en prendre à eux-mêmes. N’est-ce pas que, pour remporter le plus de parts de marchés face à leur concurrents, ils délocalisent une bonne partie de leurs activités et se font …façonner leurs produits dans des pays moins développés mais qui ont l’avantage de bien porter la greffe des moyens modernes de production, d’avoir une main d’œuvre de qualité, bon marché et de surcroît mis au pas ? Ils devaient bien s’attendre à ce que les entreprises, petites, moyennes et même grandes qu’elles exploitent de la sorte, sous d’autres latitudes, cherchent, d’une manière ou d’une autre, à produire ou à reproduire, à leur compte, ces objets de consommation qui, de fait, portent profondément l’estampille de leurs compétences et savoir faire acquis.

La rançon de la gloire de toute marque est d’être copiée ou imitée. Mais la contrefaçon n’est à la limite de l’acceptable que si elle ouvre à ceux qui étaient hier reclus par le Pacte colonial au statut de pourvoyeurs de matières premières et de consommateurs finaux, la possibilité d’accéder à celui bien plus noble et valorisant de créateurs et de producteurs. Et ce serait une bien belle manière, parmi tant d’autres de redistribuer les cartes entre le Nord et le Sud, pour plus d’équilibre sur la balance. 

 

 



Article ajouté le 2006-09-20 , consulté 37 fois

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