Echos des tropiques

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Doha, un cycle de négociations pour le Sud

Doha, un cycle de négociations pour le Sud

 

PAR AMADOU FALL

 

OCTOBRE 2005

 

Dans une négociation, un terrain d'entente n'est jamais facile à trouver quand les intérêts en jeu sont colossaux, complexes, et divergents. Il en est ainsi de ceux qui sont au centre du Cycle de Doha relatif à la reconfiguration des échanges internationaux, sous l'égide de l'Organisation Mondiale du Commerce. Ouvertes en 2001 dans la capitale qatari, après le retentissant échec du sommet de Seattle, deux années plus tôt, ces négociations devaient être bouclées en 2004. Mais elles semblent s'éterniser.

Dispersés et complètement noyés à Singapour en 1996, soudés et revigorés par le soutien bruyant des Altermondialistes à Seattle en 1999, solidaires et agressifs à Cancun en 2003, les représentants des pays en développement, de ceux de l'Afrique en particulier, continuent de se montrer, à chaque nouvelle étape du Cycle de Doha, plus combatifs et pugnaces dans la défense des intérêts de leurs mandants. 

Il faut, à cet égard, saluer leur détermination à mener, jusqu'à un accord acceptable, leur bataille contre les subventions à l'exportation et soutiens à la production dont les Américains, les Européens et les Asiatiques ont l'apanage. Leur opposition est d'autant plus motivée que ces pratiques permettent aux économies développées  d'exporter des aliments bon marché dans les pays pauvres au grave préjudice de leurs agriculteurs. Tout comme elles ruinent, à dessein, la position des grands  produits de base du Sud, tel le coton, sur le marché mondial, en déstabilisant leurs cours.

Les négociateurs du Sud ont aussi raison de se mettre en porte-à-faux avec leurs homologues des pays riches dont les gouvernements, sous la pression de puissants lobbies industriels -comme pour les subventions agricoles- continuent de restreindre l'ouverture de leurs marchés par des barrières non tarifaires, si ce ne sont des droits d'entrée particulièrement élevés, tout en exigeant une attitude contraire des pays pauvres à leur égard.  Or, la libéralisation imposée, sans filet de sécurité,  par les institutions de Bretton Woods aux économies sous ajustement structurel, au cours de ces deux dernières décennies, a déjà fait tomber des pans entiers du tissu industriel de nombreux pays  en développement. Leurs industries sont dans un état de délabrement tel que leur demander d'ouvrir sans réserve leurs marchés intérieurs équivaut à vouloir les condamner à une désindustrialisation totale.

Les pays en développement sont par ailleurs disposés à accueillir toujours plus d'investissements en provenance du Nord, à accepter que des entreprises bancaires, financières, de transport et autres services des pays industrialisés viennent s'installer et opérer librement dans leur paysage économique. Ils ne demandent pas mieux. L'inacceptable pour eux est plutôt qu'on veuille leur imposer de nouvelles et plus amples baisses de tarifs douaniers sur les produits industriels qu'ils importent. Alors que ceux qui sont de l'autre côté de la table protègent aussi bien leurs industries que leur agriculture.

Fort complexes, ces négociations au titre du Cycle de Doha portent sur bien d'autres questions. Mais celles-là qui ont trait aux aides publiques à la production et aux  exportations agricoles et aux tarifs douaniers sur les produits industriels campent, comme remarqué plus haut, les enjeux majeurs pour l'Afrique et les autres pays en développement. Sait-on que la réduction optimale des subventions et des obstacles aux exportations des pays en développement pourrait engendrer des avantages économiques, équivalant à trois fois l'aide au développement qui  va du Nord au Sud ? Selon un rapport de la Banque mondiale qui remonte à l'entame du Cycle de Doha, la suppression, voire la forte atténuation de ces pratiques et barrières, pourrait apporter aux pays en développement 15.000 milliards de dollars supplémentaires en dix ans. L'on comprend bien que les négociateurs du Sud ne veuillent point d'un quelconque compromis qui sacrifierait les intérêts qu'ils défendent en toute légitimité, et que le Cycle de Doha tarde à arriver à son terme. 

Il y a cependant quelques frémissements. Les Etats-Unis ont, tout récemment à Genève, annoncé qu'ils sont disposés à réduire de  60% les aides à leurs agriculteurs et  à soutenir la proposition du G20 qui réunit des pays émergents et les pays les plus industrialisés, de supprimer d'ici 2010 toutes les aides à l'exportation de produits agricoles. L'0ffre américaine qui est conditionnée par de la formulation d'engagements réciproques significatifs des autres pays sur l'accès à leurs marchés et sur des réductions de leurs propres subventions, a eu comme réponse une proposition du commissaire européen en charge du commerce, Peter Mandelson, de réduire de 70% les subventions agricoles de l'UE. 

Tout cela va-t-il sortir le Cycle de Doha de l'impasse ? Difficile de répondre par l'affirmative, quand on sait que les deux propositions n'ont guère l'heur de plaire aux agriculteurs américains et européens. Et que les autorités françaises ont été promptes à dire que « Mandelson est sorti de son mandat ». Cela n'augure pas le succès pour la sixième conférence ministérielle de l'OMC prévue à Hong Kong, à la mi-décembre.  Dans tous les cas, Doha sera un cycle pour le Sud ou ne sera pas.

 



Article ajouté le 2006-09-20 , consulté 46 fois

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