Horticulture : des normes au bénéfice de tous
Production et vente de produits horticoles : Des normes au bénéfice de tous
PAR AMADOU FALL
MAI 2006
L'on s'insurgera longtemps encore contre les barrières non tarifaires qui, au Nord, endiguent les exportations en provenance des pays en développement. Il est vrai que les marchés extérieurs en question ne sont pas aussi ouverts que souhaité par toutes les parties contractantes des accords de l'Organisation mondiale du commerce. Il n'en demeure pas moins que le protectionnisme qui y est déploré n'est pas seulement d'ordre commercial. Il est également et surtout de nature sanitaire et phytosanitaire, donc humainement compréhensible.
Les phobies induites par des crises comme celles de la vache folle ou plus récemment de la grippe aviaire, le problème des résidus de pesticides dans les produits agricoles, le doute persistant sur les organismes génétiquement modifiés et les craintes d'attaques bioterroristes ont conduit, ces dernières années, les autorités des pays industrialisés à renforcer les normes édictées dans l'optique de mieux protéger leurs consommateurs et environnement.
En fait, ces normes ont toujours sous-tendu les échanges internationaux, chaque pays cherchant tout naturellement à se prémunir contre des importations impropres ou nocives à la consommation et à l'environnement. Dans le contexte actuel marqué par les peurs que l'on sait, leur spectre a été élargi et les pays du Nord sont nettement plus exigeants et stricts quant à leur respect. Ainsi, l'Union européenne qui absorbe le gros des exportations des pays de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique a très fortement durci, depuis 2000, sa législation en la matière à travers des directives portant sur des « mesures de protection contre l'introduction dans
Depuis janvier 2005, aucun produit ne peut entrer dans le marché européen s'il n'est pas possible d'en remonter les traces, de sa production, à sa consommation, en passant par ses stades intermédiaires de transformation et de distribution. Cette obligation de « traçabilité » concerne les denrées alimentaires mais aussi les aliments pour animaux et toute autre substance susceptible d'être incorporée dans l'alimentation des hommes ou des bêtes. En outre, depuis le mois mars de la même année tout matériel d'emballage en bois originaire de pays tiers utilisé dans le cadre d'exportations de denrées vers l'Europe doit faire l'objet d'une certification phytosanitaire.
Encore une fois, le souci est légitime et louable dans la mesure où ces normes permettent de se prémunir contre les contaminants et agents pathogènes microbiens susceptibles d'affecter l'alimentation humaine, de circonscrire la propagation des prédateurs de cultures et des vecteurs de maladies animales. Vus sous un autre angle, ces normes sanitaires et phytosanitaires sont aussi un élément important du développement du commerce mondial des produits périssables à forte valeur ajoutée. En s'y pliant, les producteurs et exportateurs des pays en développement feront, en toute logique, sauter les derniers verrous qui limitent leurs parts des marchés du Nord.
L'enjeu est de taille car, dans les ACP, quelque 45 millions d'hommes et de femmes vivent directement des exportations de fruits et légumes en grande partie achetés, chaque année, par des supermarchés européens pour 7 milliards d'euros, environ 4592 milliards de francs CFA. Plus ils tarderont à répondre aux préoccupations des consommateurs occidentaux qui, dans ce cas de figure, ont essentiellement trait à l'usage des pesticides dans l'horticulture et au conditionnement des produits, plus ils seront marginalisés.
Il leur faut donc impérativement s'adapter aux exigences de ce marché pour pouvoir continuer à y exporter. Toujours est-il que la conformation aux normes qui y sont de rigueur a un coût qui n'est pas sans inquiéter les producteurs ACP. Le problème qui leur est posé est bien moins financier que culturel et comportemental. Il n'est pas donné à tous ces acteurs économiques qui, pour la plupart, ne savent ni lire ni écrire, d'être au fait des directives de l'UE relatives à ses exigences sanitaires et phytosanitaires, de trouver et utiliser des semences, engrais et pesticides conformes aux normes établies et de pouvoir collecter et fournir les informations requises pour assurer la traçabilité de leurs productions.
Il y a assurément un colossal travail de sensibilisation, d'encadrement et d'assistance à mener pour que cette révolution, qui ne peut se réaliser qu'en douceur, s'opère dans le dessein d'amener les producteurs de base à adopter de bonnes pratiques que supposent les normes en question. Ces tâches sont, au premier chef, du ressort des pouvoirs publics des pays en développement et des sociétés privées qui sont les relais entre les producteurs de base et la clientèle extérieure. Les pays riches et leurs organismes techniques compétents doivent également aider ceux développement à renforcer leurs capacités sanitaires et phytosanitaires, et réorienter en conséquence leur aide.
Il ne s'agit pas seulement d'être aux petits soins avec les consommateurs européens. L'on ne doit pas perdre de vue le fait qu'utilisés sans discernement et sans équipements de protection, les pesticides ont des effets néfastes sur la santé, les conditions de vie des producteurs et travailleurs agricoles et sur leur l'environnement. Ils réduisent même les rendements et revenus des cultures quand ils finissent par développer de phénomènes de résistance irréversibles auprès des rongeurs, insectes et autres parasites qu'ils sont censés pouvoir éliminer ou écarter.
Ainsi, si des pratiques culturales plus saines sont indispensables au maintien de la dynamique des exportations horticoles de nos pays, elles n'en sont pas moins vitales pour les producteurs et consommateurs locaux. Les normes sont fondamentalement au bénéfice de tous.

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