Accès au marché américain : le prix de l’Agoa
Accès au marché américain : le prix de l'Agoa
PAR AMADOU FALL
JUINB 2006
Dans les jours qui viennent, Dakar sera à l'heure américaine avec la tenue, du 18 au 20 juillet du quatrième Forum sur le commerce et les échanges économiques entre les Etats-Unis et l'Afrique. Dans le millier de participants attendus à cette rencontre figureront en très bonne place de nombreux représentants américains et africains, de leurs gouvernements respectifs, d'entreprises privées et d'organisations de la société civile des deux continents. Ce beau monde discutera principalement de ce qu'il est encore possible d'obtenir de l'African Growth and Opportunies Act (AGOA), en termes de renforcement de capacités commerciales, d'intensification des échanges, et d'accroissement des investissements.
C'est dans ce triptyque que se trouvent les intentions affichées par le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique, à travers le vote et la promulgation, depuis le 18 avril 2000, de l'Agoa. Cette loi autorise le président de la première puissance mondiale à désigner des pays autorisés à exporter des produits de leur cru sur le marché américain en franchise de taxes et de quotas. Pour ce droit de libre entrée, le prix à payer est d'abord d'être une économie de marché, un Etat de droit et une démocratie plurielle. Il faut également s'évertuer à éliminer les entraves à l'investissement américain en son sein, protéger la propriété intellectuelle, combattre la corruption, bannir certaines formes de travail des enfants etc.
En plus de leur engagement louable pour la bonne gouvernance, l'approfondissement la démocratie et les droits de l'homme, la lutte contre la pauvreté et l'élimination de la prévarication, les pays africains éligibles à l'Agoa sont contraints par l'article 104 de ladite loi de ne pas se mettre en porte à faux avec les intérêts et la politique étrangère des Etats-Unis s'ils veulent préserver leur accès à son marché. C'était à prendre ou à laisser…
Quelque cinq années après, le bilan est variable selon l'angle d'approche. Il peut être considéré comme globalement positif, dans la mesure où l'Agoa est véritablement le premier programme économique d'ampleur conduit par les Américains et direction de l'Afrique subsaharienne et qui donne des résultats honnêtement appréciables.
Ils sont visibles à travers les 181 millions de dollars consacrés par les Etats-Unis à des activités visant le renforcement des capacités commerciales en Afrique saharienne, en 2004. Ce montant est en hausse de 36 % e plus par rapport à celui décaissé l'année précédente, pour le même motif.
Ils sont lisibles à travers l'évolution échanges commerciaux entre les Etats-Unis et l'Afrique au sud du Sahara, lesquels ont atteint 44,4 milliards de dollars en 2004, augmentant ainsi de 37% par rapport à l'année d'avant.
Le rapport chiffré publié récemment par
Sous un autre angle, l'impact de l'Agoa est des plus mitigés. S'il est acquis que 37 des 48 pays que compte l'Afrique subsaharienne peuvent prétendre aux avantages conférés par l'Agoa, l'on doit à la vérité de dire qu'ils ne profitent encore qu'à un tout petit nombre, et sur une palette de produits tout aussi limitée. Les principaux partenaires commerciaux américains et les plus grands bénéficiaires de l'investissement en Afrique sont les gros producteurs et exportateurs de pétrole du continent, dont le Nigeria, l'Angola et le Gabon. Les importations américaines aux termes de l'Agoa qui ont atteint 26,6 milliards de dollars en 2004 sont constituées à 78% de produits pétroliers.
Les importations américaines non pétrolières qui portent sur des produits ressortant de l'agriculture, du textile et de l'habillement, et de l'artisanat de l'Afrique subsaharienne ont à peine rapporté 3,5 milliards de dollars à cette partie du continent. Et là également la manne ne profite qu'à un nombre restreint de pays : le Lesotho, le Kenya, l'Ile Maurice, Madagascar ou encore de la Namibie pour le textile et l'habillement ; l'Afrique du Sud pour les agrumes et le vin…
Il reste encore beaucoup d'efforts à consentir pour qu'un nombre plus important de pays africains puissent effectivement tirer parti des avantages de l'Agoa, mais également pour faciliter l'accès des produits frais de l'agriculture et de la pêche, et artisanaux du continent aux Etats-Unis. Ils se heurtent à des barrières non tarifaires liés à la rigueur des critères sanitaires et phytosanitaires en vigueur sur le marché américain et dont les exportateurs africains n'ont pas la maîtrise.
Les subventions américaines, continuent également, à contre-courant de l'Agoa, de freiner la dynamique productive et exportatrice de bien des secteurs économiques africains liés à l'agriculture, la filière cotonnière et textile notamment. Plus est l'Agoa est loin d'avoir stimulé les investissements américains en Afrique subsaharienne, alors que ce sont les investissements étrangers directs qui manquent le plus à cette partie du continent pour son développement.
L'Agoa qui devait arriver à son terme en 2008 a finalement été prorogée jusqu'en 2015. L'on peut espérer que, dans le temps assez long qui lui reste à courir, les réglages idoines seront opérés, que les échanges entre l'Afrique subsaharienne et les USA s'élargiront et se renforceront, et qu'il y aura des flux conséquents d'investissements productifs dans les économies des pays en harmonie avec l'oncle Sam.
Mais il faut d'ores et déjà se préparer à l'Après-Agoa. Il a déjà commencé avec le démantèlement de l'Accord Multifibre qui, avec la suppression du régime des quotas depuis le début de l'année, aiguise la concurrence des produits textiles, en donnant l'avantage aux Asiatiques, aux Chinois principalement, plus compétitifs à la production et à l'exportation que les Africains.
Inéluctablement, tous les régimes préférentiels, comme l'Agoa, et les filets de protection qui subsistent encore seront éliminés, conformément aux nouvelles règles du commerce international régies par l'OMC. Dans les années à venir, le commerce international ne se fera plus que sur la base de la symétrie et de la réciprocité dans les échanges. Les pays africains vont devoir se préparer activement à ces réalités nouvelles.

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