Echos des tropiques

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Sénégal : les ravages de la volaille importée

L'aile ou la cuisse importée ?

 

PAR AMADOU  FALL

 

JUILLET 2005

 

L'aviculture était très bien partie pour rendre le Sénégal autosuffisant en viande blanche et même être en mesure d'en exporter vers d'autres pays africains, et pourquoi pas européens, puisque sa production est de qualité. Mais son envol a brutalement été brisé, au tournant de l'an 2000, avec l'application du Tarif extérieur commun à toutes les importations rentrant dans le marché communautaire de l'Union économique et monétaire ouest africaine.

Le Tec est bien évidemment à saluer, comme il se doit car, en plus de la suppression des barrières tarifaires intérieures à l'Union, il consacre la détermination des Etats qui composent celle-ci  à aller résolument vers le marché unique. Il n'en demeure pas moins que le Tec s'est accompagné de dégâts collatéraux particulièrement néfastes, pour un secteur aussi sensible que l'aviculture.

En effet, en faisant passer de 60 à 20% les droits de porte qui frappaient les produits avicoles importés de pays extérieurs à l'Uemoa, il a posé une lourde hypothèque sur l'avenir de la filière locale. L'inondation incidente du marché sénégalais de carcasses, de cuisse et d'ailes de poulets a, réduit l'activité avicole de 30% », dès les deux années qui  ont suivi. Elle menace, aujourd'hui encore, de tuer la filière dans l'œuf, puisque le mal persiste et s'aggrave.

La résistance s'organise sans doute. Mais le combat est à armes inégales. Comme on ne s'en plaindra jamais assez, jusqu'à leur extinction ou réduction drastique, les généreuses subventions que l'Union européenne accorde à ses opérateurs économiques du secteur primaire leur donnent toute la latitude d'exporter massivement de la volaille entière ou découpée, en particulier vers les pays de l'Afrique subsaharienne.

 Passe encore, si cette viande était de bon aloi.  Ce qui est loin d'être toujours le cas. Les poulets qui sont « légalement » importés d'Europe sont pratiquement tous bourrés d'antibiotiques. Pour que leur organisme en soit débarrassé, il aurait fallu qu'ils fussent élevés au moins durant 45 jours révolus avant d'être abattus, emballés, congelés et exportés vers les tropiques. En vérité, ils sont prêts pour cette grande expédition, après seulement une dizaine de jours de dopage à fond pour leur prise de poids. Ils  grossissent effectivement, dans ce laps de temps, mais sans pouvoir être déchargés des résidus dangereux de produits chimiques dont ils ont été  gavés. A outrance. 

Les exportateurs de l'Union européenne trouveront toujours des partenaires et correspondants qui n'ont d'yeux que pour les faramineux gains à réaliser, pour écouler sur les marchés ouest africains des poules pondeuses recyclées, de la viande de poulet ou d'autres volatiles impropres à la consommation humaine, parce que chimiquement chargés ou  non conditionnés dans les normes hygiéniques et sanitaires idoines. Des produits qu'ils n'oseraient jamais proposer aux  consommateurs de l'autre côté de l'Atlantique. 

Ces denrées deviennent de véritables bombes sanitaires quand, en plus d'être de mauvaise qualité à l'origine, ils souffrent, sur le marché local et auprès du consommateur final, de fréquentes ruptures de la chaîne de froid, de problèmes de conservation.

 Les suspensions temporaires épisodiquement imposées à  l'importation des poulets congelés hors norme suffisent-elles pour éradiquer le mal ? Assurément pas. Il empirera à chaque fois que le marché est rouvert, parce que les stocks accumulés trouveront toujours preneurs, et aux meilleurs prix. Leurs détenteurs font très rapidement la part des choses entre le coût que leur incomberait leur destruction en Europe et les bénéfices qu'ils en tirent à l'exportation.

Les autorités européennes ont une grande part de responsabilité dans les dangers que leurs exportations de bon ou mauvais aloi font peser, tout à la fois, sur les consommateurs et sur la filière avicole des pays africains. Elles sont, à cet égard, totalement en porte-à-faux avec l'Accord de Cotonou. Une de ses finalités majeures n'est-elle pas de promouvoir le développement durable et de contribuer à l'éradication de la pauvreté dans les pays ACP, en intensifiant leurs production et capacités commerciales ?  

Dans le cas d'espèce, l'Europe submerge nos marchés de produits carnés bon marché, pour les raisons que l'on sait. Elle condamne, de la sorte, de plus en plus d'aviculteurs traditionnels ou modernes à la faillite. Leurs coûts de production et charges d'exploitation leur permettent difficilement de soutenir la concurrence des produits importés… sans se brûler les ailes.    

Autant les Européens se doivent de respecter les accords qu'ils ont signés, autant les pays de l'Afrique subsaharienne ont tout intérêt à être plus vigilants, à renforcer les moyens de contrôle de qualité dont ils disposent, pour la sauvegarde de la santé de leurs populations. Mais encore, il leur faut couver et protéger davantage une filière qui a toute la latitude de participer à la croissance globale de leur économie.

Au Sénégal elle a, à ce jour, grandement contribué à l'atténuation des chocs conjoncturels, en réalisant, dans ses périodes les plus fastes, un chiffre d'affaires annuel  de quelque 25 milliards de francs CFA, et en faisant vivre, directement ou indirectement, plus de dix mille de personnes. Il est possible de faire plus et mieux, dans des conditions différentes …

 



Article ajouté le 2006-09-20 , consulté 51 fois

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