Aviation : Vivement la « Nouvelle Air Afrique »
Vivement la « Nouvelle Air Afrique »
PAR AMADOU FALL
Jusque dans les airs, la nature a horreur du vide. Disparue, après des années de lente agonie, Air Afrique a très vite été remplacée, dans les aéroports et cieux continentaux, par des compagnies nationales, ou supposées telles. Elles sont de plus en plus nombreuses à se disputer âprement l’espace aérien régional et continental. Leur ardeur est dopée par la libéralisation de l’espace aérien africain intervenue début 2003, suite à l’Accord de Yamoussoukro signée quatre années plus tôt.
L’exécution de cet accord tend, notamment, à éliminer de façon graduelle toutes les barrières non physiques et les restrictions liées à l’octroi des droits de trafic et spécialement ceux de la 5e liberté, à la capacité des aéronefs des compagnes aériennes africaines et à a réglementation des tarifs. Sur les axes où il est mis en œuvre, de nouvelles lignes sont exploitées, le trafic et les mouvements des aéronefs ont augmenté entre les pays concernés, rendant un peu plus fluide le mouvement des personnes et des biens. La compétition introduite sur les lignes a entraîné l’amélioration de la qualité de certains services. Et les voyageurs ont le choix entre plusieurs tarifs.
Toutes les compagnies locales qui cherchent à tirer leur épingle du jeu, dans ce contexte nettement plus concurrentiel, ont de très grandes et légitimes ambitions. Mais elles sont très peu nombreuses celles qui pourront, durablement et profitablement se maintenir dans cette course parsemée d’embûches, surtout lorsqu’elles l’abordent en solitaires. Le fait d’être adossée à une grosse pointure expérimentée en matière de transport aérien est assurément un atout, un avantage comparatif de taille. Mais il n’est pas une protection absolue contre certaines déconvenues.
Une compagnie, la plus soutenue et la plus performante de sa catégorie, en administre la preuve. Elle se heurte à la limite objective de ses moyens, du fait d’un appétit bien plus gros que le nombre et le ventre de ses appareils. C’est ainsi qu’en cette période de fin de vacances, elle contraint beaucoup de voyageurs à destination de
Globalement, les compagnies africaines ont toujours du mal à satisfaire leur clientèle. Les pavillons africains n’ont à leur actif pas plus de 2,5 % du trafic mondial. Cette part est bien congrue pour un continent qui compte 53 pays et plus de 800 millions d'habitants. C’est parce que les compagnies africaines, dans leur émiettement actuel, et en raison de leurs contraintes financières, technologiques et de leurs coûts d’exploitation élevés, n’ont pas les capacités nécessaires à la prise en charge de la demande exprimée et potentielle. Tandis que le prix à payer pour voyager par les airs est toujours prohibitif, pour le grand nombre d’Africains. Les compagnies aériennes locales arguent que leur marge ne dépasse pas les 10% du coût des billets qu’elles émettent. Il n’en demeure pas moins que leurs tarifs sont 20 à 30 fois plus élevés que ce qui se pratique ailleurs dans le monde. Leur inadéquation avec le pouvoir d’achat réel du commun des consommateurs africains risque de faire drastiquement régresser le trafic aérien sur le continent et vers l’extérieur, si les tarifs intégraient la totalité des hausses successives et continues des cours pétroliers.
Les compagnies africaines, comme leurs concurrents étrangers, jouent, pour l’instant, la carte de la prudence, en partageant avec les passagers transportés la « surcharge carburant » induite par la flambée du baril. Plutôt que de la répercuter intégralement sur le prix des billets. C’est bien. Mais jusqu’à quand ? Dans tous les cas de figure, la redynamisation du transport aérien en Afrique a comme préalable la mise à disposition de plus d’avions fiables et l’offre de tickets de voyage à des prix accessibles, et le plus largement possible.
Certains experts n’ont pas non plus tort d’avancer que la baisse des taxes de balisage, d’atterrissage, de décollage et de survol perçues par l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique (Asecna) pourrait y contribuer, en donnant une véritable impulsion au transport aérien africain. Tout comme les alliances destinées à réduire les charges d’exploitation des différentes compagnies constituent déjà un important pas franchi dans cette direction, en attendant la « Nouvelle Air Afrique ».
Le projet de relance de la compagnie multinationale sur des bases plus sûres et durable fait son bonhomme de chemin. Des institutions de
En réalité la place laissée vacante par cette dernière dans le ciel africain a été exploitée, bien plus par les compagnies étrangères européennes et américaines que par les compagnies nationales africaines. Profitant de la grande compétition entraînée par la libéralisation et la déréglementation à l’échelle planétaire, et aux avantages que leur confère
Dans leur dispersion actuelle, les compagnies africaines en font pas le poids face à cette inégale concurrence. Elles ont tout intérêt à se mettre en synergie par le biais d’alliances solides et dynamiques. Il importe également que les Etats africains, dans leur espace régional respectif, facilite l’émergence de compagnies aériennes multinationales dignes de ce nom et qui pourront être de formidables outils d'intégration régionale et de sortie de l'ornière du sous-développement. C’est tout le mal que l’on souhaite à la future « Nouvelle Air Afrique »…

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