Le Nepad en souffrance
Le Nepad en souffrance
PAR AMADOU FALL
JUILLET 2005
Ils avaient été quelque peu nombreux à accueillir, avec scepticisme, l’avènement du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique né de la fusion du Plan Omega du président Wade et du Millenium African Plan concocté par le Sud Africain Thabo Mbeki, le Nigérian Olusegun Obasanjo et l’Algérien Abdelaziz Bouteflika. Un plan de plus qui sera très rapidement jeté aux oubliettes de l’histoire avait-ils alors prédit, en pensant au triste sort de toutes les stratégies jusque-là pensées, conçues pour extirper l’Afrique du sous-développement, depuis le fameux Plan d’Action de Lagos et l’Acte unique d’Abuja, mais qui n’ont jamais été mises en œuvre.
Et pourtant il y avait, d’emblée, beaucoup à espérer du Nepad. En effet, à la différence des plans antérieurs qui ont vécu le temps que vivent les roses, il n’est pas le produit volontariste d’intellectuels qui n’ont de puissance que leurs immenses capacités à cogiter généreusement pour l’Afrique et leur force percutante de proposition. Il est la résultante objective de l’engagement de chefs d’Etat parmi les plus représentatifs et influents du continent à impulser son développement intégré et global, en recentrant sa trajectoire sur ses propres forces et sur ses vraies priorités économiques et sociales. Avec comme préalable la minoration de ce déficit infrastructurel qui le handicape le plus. Plus est, l’Union Africaine a fini par se l’approprier, pour en faire son propre cheval de bataille sur le champ de la croissance et du développement.
Quelque quatre années après son lancement, où en est aujourd’hui le Nepad ? Le concept a pris considérablement forme. Il a un contenu des plus convaincants quant à la pertinence de ses objectifs et la rationalité de son principe opératoire. Les partenaires extérieurs au développement du continent ont quasi unanimement épousé la cause du Nepad. Certains, parmi les plus puissants, ont fait des annonces fermes d’engagements financiers substantiels pour accompagner sa mise en œuvre. Des subsides sont même déjà tombés dans l’escarcelle, venant du Japon, de l’Inde et du Canada, pour ne pas les citer.
Alors, quel est le problème du Nepad ? A chaque fois que l’occasion se présente à lui, le président Abdoulaye Wade, avec le franc parler qui est le sien, n’hésite pas à mette le doigt dans la plaie. Celle-ci est d’abord bureaucratique, par la faute du Secrétariat général du Nepad confortablement logé à Johannesburg, en Afrique du Sud. Plutôt que d’être efficacement opérationnel, en termes de formulation et de proposition projets concrets et bien ficelés sous toutes les coutures, il s’est avéré un véritable gouffre à sous, un budgétivore improductif. Le secrétariat général du Nepad aura à répondre de 15 millions de dollars (quelque huit milliards de francs CFA) déjà dépensés en frais de fonctionnement et généraux, pour rien du tout comme résultat.
Ce n’est pas sans raison que le président Wade doute de la capacité des compétences africaines mises en avant pour conduire le Nepad. Peut-être pas toutes, mais un bon nombre d’entre elles sont là, principalement pour ce que « cette affaire » doit pouvoir leur rapporter, personnellement. Il y a tout lieu de fermer ou, à tout le moins, reconfigurer et réorienter le bureau de Jo’Burg qui ne brille présentement que par son défaut d’opérationnalité.
Le Nepad donne l’impression d’être un « éléphant blanc » de plus, au regard de ce qui précède. Pour le commun des Africains, mais également pour nombre d’amis du continent, rien de concret n’est, à ce jour, perceptible en émanant, au-delà du rêve fou et des immenses espoirs qu’il continue de susciter. Le Nepad est bien évidemment fort de cette commune volonté d’agir sur au moins huit leviers essentiels au développement du continent, dont l’interconnexion par le rail et la route de tout l’espace compris entre Dakar à l’Ouest et Djibouti à l’Est, et entre le Caire au Nord-Est et la Cap au Sud, pour donner un exemple.
Cependant, aussi ambitieuse et acceptable soit-elle, une idée de projet n’est jamais un projet définitif. Un projet véritable part, certes, de l’imagination créative d’une personne, ou d’un cercle de prospection. Mais il ne rentre dans le domaine du possible et du réalisable qu’après avoir été techniquement paramétré, financièrement bien monté, et surtout correctement évalué tant du point de vue de sa faisabilité que de sa rentabilité. Et c’est peut-être là le travail d’experts qui fait le plus défaut au Nepad.
Il lui faut de véritables projets, des compétences à même de les conduire et également et surtout quelque chose qui, concrètement, permettrait à l’Afrique de prouver aux partenaires extérieurs dont elle sollicite la participation - à risques partagés- dans le renforcement prioritaire de ses infrastructures de développement, que son engagement est résolue et sans faille.
Alors quel meilleur gage de bonne foi qu’un Fonds de développement du Nepad, lequel serait constitué par la contribution de tous les Etats africains sans exclusive, au prorata de leur poids économique ? Il n’existe pas encore. Il faut le créer impérativement et l’alimenter conséquemment…

Commentaires