Le dumping, arme fatale
Le dumping, arme fatale
PAR AMADOU FALL
Les économies les plus performantes sont celles qui se taillent les meilleures places sur le marché mondial, en faisant tout naturellement sauter les verrous qui pourraient freiner leur expansion.
L’entreprise compétitive, sur son marché et surtout à l’exportation, est celle-là qui est bien gérée, qui maîtrise ses frais généraux, qui investit dans l’innovation productive, qui n’est pas handicapée par le coût de ses facteurs de productions, par des problèmes d’accès aux crédits, par une monnaie surévaluée et, selon le cas, par un environnement politique, social et juridique peu amène.
Comparativement, l’on a souvent tendance à dire que peu d’entités africaines sont dans cette grille référentielle, contrairement à leurs concurrentes asiatiques. Quand l’Asie du Sud Est continue de faire des bonds économiques prodigieux et d’inonder nos marchés de produits à des prix défiant toute concurrence, l’on ne parle plus de « miracle ». Ils sont nombreux à, finalement, croire que les Asiatiques sont plus aptes que les Africains à maîtriser les techniques et technologies les plus sophistiquées ; que l’environnement de l’Entreprise est bien plus favorable dans leurs pays ; qu’ils gèrent mieux et que leurs travailleurs se contentent de peu épargnent beaucoup. Puisque leurs produits concentrent tout cela, ils sont donc, logiquement, plus compétitifs.
Tout n’est évidemment pas faux dans ces remarques et assertions. Mais en plus de leurs atouts intrinsèques, les Asiatiques usent, encore plus que par le passé récent, de l’arme fatale : le dumping. La pratique consiste, pour une entreprise, à exporter un produit à un prix inférieur à celui qu’elle pratique normalement sur son propre marché intérieur. En somme, il s’agit pour elle, de vendre délibérément à perte à l’extérieur, sur un temps donné, pour étouffer la concurrence, empêcher l’émergence de nouvelles productions, et faire de mirobolantes affaires par la suite, sur les débouchés ainsi conquis.
S’agit-il d’un cas de concurrence déloyale? L’on ne peut pas répondre d’emblée par l’affirmative. Sans que cela porte la même la même appellation, presque toutes les entreprises naissantes font cela, sur leur propre marché. Sur une période variable après le démarrage de leurs activités, elles investissent et vendent, elles aussi, à perte. Leur dessein est de se faire connaître, apprécier auprès des consommateurs, de bousculer et de faire même perdre pied les concurrents trouvés sur place. Et cette démarche n’est point considérée comme déloyale.
A l’échelle du marché mondial, les entreprises qui pratiquent le dumping ne font, finalement, pas autre chose. C’est pourquoi les positions sur la question, sont à ce jour, fort divergentes. Et c’est également la raison pour laquelle l’Organisation Mondiale du Commerce ne s’est toujours pas précisément prononcée là-dessus.
L’OMC a, à son actif, un « Accord antidumping ». Mais celui-ci ne condamne explicitement pas la pratique, au contraire des dispositions prises à l’issue du Cycle de l’Uruguay contre les subventions. Il ne se prononce que sur la manière dont les Etats peuvent ou ne peuvent pas réagir contre.
Il leur permet d’intervenir contre le dumping lorsqu’il occasionne un dommage « important !? » à une production nationale. Le plus souvent, la mesure antidumping tolérée consiste à imposer un droit d’importation supplémentaire sur le produit étranger concurrent afin d’en rapprocher le prix de sa « valeur normale » ou d’éliminer le préjudice causé à la branche de production nationale du pays importateur. Elle doit prendre fin au bout de cinq années d’application. A moins qu’une enquête ne démontre que son abrogation entraînerait un dommage supplémentaire.
Le gouvernement concerné doit d’ailleurs, à chaque fois, pouvoir prouver qu'un dumping a lieu, calculer son ampleur pour établir dans quelle mesure le prix du produit qui entre dans son marché est inférieur à celui en vigueur sur celui de l'exportateur. Il a également l’obligation de démontrer que la pratique dénoncée cause ou menace de lui causer un préjudice commercial et économique.
Le problème, c’est que les pays africains ne sont pas les mieux armés pour entreprendre les enquêtes approfondies ainsi préalablement exigées, avant toute mesure de protection contre le dumping.
A l’échelle de l’UEMOA, il a tout récemment à Dakar, été déploré les retards dans la mise en œuvre du « Code antidumping » adopté depuis mai 2003 par le Conseil des Ministres de l’Union, à la faveur de « l’Accord antidumping » de l’OMC. Cela résulterait « de la faiblesse actuelle des capacités des administrations chargées de mettre en application cette réglementation tant au niveau national que sous-régional ». Quoi qu’il en soit, il y a urgence.
Les économies de la sous région, obligées de s’ouvrir sans réserve à l’extérieur, ont particulièrement été fragilisées par les subventions et le dumping, dans des secteurs comme l’agriculture, l’agro-industrie, le textile. Et dans bien d’autres segments de production de biens de consommation courante. Leur sauvegarde et l’émergence de nouvelles industries performantes et concurrentielles nécessitent l’organisation d’une riposte efficace, tant au niveau des pays que de la communauté. Et comme pour pouvoir légalement combattre le dumping, il faut prouver qu’on en est gravement victime, même si c’est patent, il va falloir se mettre tous ensemble à exercer une surveillance accrue et pointue de la concurrence internationale pour disposer des informations nécessaires. De preuves irréfutables. C’est tout le paradoxe de l’affaire…

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