Echos des tropiques

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Une guerre de l’eau au Sahel ?

Une guerre de l’eau au Sahel ?

 

PAR AMADOU FALL

 

AOUT 2005

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les trois quarts du globe terrestre sont couverts d’eau, de neige et de glace, alors que le monde a de plus en plus soif et que de plus en plus de terres sont arides. Plus d’un milliard de personnes sont privées d’eau potable sur la planète. En Afrique subsaharienne, les deux tiers de la population rurale (273,5 millions d'habitants) et un quart de la population urbaine (45,6 millions d'habitants) n’en disposent suffisamment pas.

La situation est de plus en plus critique avec la dégradation accentuée de l’environnement, surtout dans le Sahel, et une croissance démographique qui, à son rythme actuel, portera la population africaine à plus d’un milliard d’habitants d’ici à 2025.

Les pluies étant capricieuses et aléatoires, le dessalement de l’eau de mer n’étant pas encore la panacée, et l’exhaure de l’eau enfouie dans les entrailles de la terre ne pouvant pas encore se faire dans une dynamique optimale, la sollicitation des fleuves ne peut que se densifier à l’abus. Cette pression toujours plus forte exercée sur une ressource qui répond de moins en moins bien à la demande serait lourde de risques de graves conflits, d’une guerre de l’eau, entre les pays qui ont en commun une ou plusieurs vallées fluviales, comme l’augurent certains...

Ils sont sans doute de mauvais augure. Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire de l’humanité, il n’y a eu de véritable guerre de l’eau, qu’entre deux cités mésopotamiennes au sujet du Tigre et de l’Euphrate, dans le sud de l’Irak actuel. Il y a de cela plus de 4500 ans.  L’eau a certes été, par la suite, au cœur de certains conflits, comme le Chatt al-Arab dans l’attaque de l’Iran par l’Irak, en 1980. Mais elle n’a jamais plus été une cause principale de guerre entre les peuples ou les nations.

Les incidents les plus sérieux se manifestent généralement à travers des déclarations intempestives. Il en a été ainsi, quelque cinq années plus tôt, de l’opposition du président mauritanien, depuis quelques jours déchu, à la politique sénégalaise de revitalisation des vallées fossiles et de construction du canal du Cayor en les approvisionnant à partir du fleuve Sénégal.

En fait le discours d’Ould Taya était bien plus destiné à la consommation interne. Il cherchait, de la sorte, un exutoire à la forte tension sociale et politique à laquelle il était confronté et qui pouvait, dans ce contexte précis, être rendue plus vive par les effets collatéraux du changement de régime intervenu au Sénégal le 19 mars 2000, si sa population cherchait à s'en inspirer d'une manière ou d'une autre. Il ne fait pas l'ombre d'un mystère que Taya n'était guère préoccupé par l'observance d'une gestion équitable des eaux du fleuve, dans la mesure où, peu de temps après, il avait unilatéralement mis en chantier un important chantier d'approvisionnement de Nouakchott à partir des eaux de ce même fleuve Sénégal. Et qu'il n'ait plus dit grand-chose quand, en plus des lâchages épisodiques de Diama, une brèche a été ouverte pour évacuer le trop-plein d’eau du fleuve dans l’océan Atlantique, pour préserver Saint-Louis des inondations.

C’est bien là la preuve qu’avec les effets conjugués des barrages de Diama et de Manantali il y a suffisamment d’eau dans le fleuve Sénégal pour satisfaire les besoins rationnels en eau potable et d’irrigation des pays riverains, y compris pour la recharge d’anciens cours d’eau ou la création de nouveaux.

Osons espérer que les nouvelles autorités qui sont en train de se mettre en place en Mauritanie vont se montrer plus coopératives avec celles des pays voisins sur cette question vitale de l’eau. Il est vrai que la négociation de traités multilatéraux sur l’eau n’est jamais aisée. Mais les Etats membre de l’Organisation de la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal se sont déjà accordés sur l’essentiel, et ont même mis en place des organismes de gestion autonomes, aussi bien pour la gestion de l’eau que de celui de l’électricité produite à Manantali, au Mali. Tout ce qu’il reste à faire est de reconnaître leur autorité et de suivre leurs orientations et directives expertes.

Les Etats membres de l’OMVS ont transcendé les risques les plus sérieux de conflits qui portent souvent sur la construction de barrages, laquelle reste, en passant, une équation toujours sans solution opérationnelle sur le fleuve Gambie, pour toutes les raisons que l’on sait. Ils sont aujourd’hui bien placés pour venir à bout de contradictions sur les utilisations possibles de l'eau, surtout quand elles sont politiques pour l’essentiel.

Plutôt que d’être source d’antagonismes, l'eau doit davantage être comprise comme le vecteur d’une indispensable coopération régionale, dans la mesure où la réalisation des objectifs économiques, sociaux et environnementaux de l'Afrique nécessite une gestion intégrée de cette ressource vitale.  Pour arriver à ces fins de développement les pays qui ont en partage un réseau hydrographique régional, se doivent de coopérer. Leur croissance économique, leur sécurité alimentaire et la stabilité de leur environnement naturel  dépendront,  dans une très large mesure, de la bonne gestion, de l’utilisation efficiente et de la protection efficace de leurs ressources en eau limitées, sinon  mal réparties géographiquement. Et qu’il faut partager équitablement.

Ainsi, à au niveau régional, les Etats, comme pour l’électricité, pourraient se fonder davantage sur les règles du marché pour répartir l'eau, en fixer le prix et prendre les décisions d'investissement idoines. A l’échelle des nations, chaque gouvernement se devrait alors  d’inciter à un usage rural, industriel et domestique plus efficace de l'eau, tout en se prêtant à une application souple des dispositions prises en fonction de l'évolution de la demande et du coût de l'eau.  Dans ce schéma,  une guerre de l’eau a très peu de chance d’éclater dans le Sahel…

 



Article ajouté le 2006-09-20 , consulté 46 fois

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