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La poste dans le créneau bancaire ?

La poste dans le créneau bancaire ?   

 

PAR AMADOU FALL

 

DECEMBRE 2005

 

Vingt ans après la séparation de la poste des télécommunications, les deux entités formées et qui ont évolué différemment, présentent deux bilans des plus contrastés.

L'une engrange, d'année en année, des bénéfices colossaux. Ils sont la résultante d'investissements massifs et judicieux commencés très tôt dans les technologies et systèmes de pointe, et de l'augmentation exponentielle de la demande en télécommunication dont elle a pendant longtemps monopolisé la satisfaction. Elle  a su y répondre en adaptant et diversifiant son offre, avec une pointe de longueur face une concurrence qui s'affirme, malgré tout.

L'autre n'a pas encore touché le fond. Mais le service postal a connu ses pires moments durant ces temps où la lettre et la carte postale sont abruptement frappées du sceau de l'archaïsme. Le téléfax puis le courrier électronique lui ont fait un grand tort. La Poste a bien cherché à faire de la résistance, en investissant encore plus les créneaux du transfert rapide de courrier, de colis et d'argent. Mais là également ce n'est pas avec les meilleures armes qu'elle se bat contre une concurrence débridée et qui est de puissance internationale.

La poste réalise des résultats, certes de bien moindre importance que ceux des télécommunications dont elle a été séparée deux décennies plus tôt. Mais des bénéfices tout de même. Si elle tient encore, elle le doit dans une très large mesure à sa force de pénétration restée intacte jusque dans les endroits les plus reculés du pays. Là où l'Internet et  le téléphone n'ont pas encore les développements attendus, le service postal garde une position centrale dans les relations épistolaires entre les terroirs et leurs ressortissants. Malgré la concurrence, elle  fait toujours partie  des acteurs de premier plan évoluant dans le secteur du transfert de fonds qu'opèrent les émigrés en direction du Sénégal des profondeurs, principalement.

La poste brasse, bon an mal an, plus  environ 140 milliards de francs CFA.  C'est le cumul annuel des dépôts auprès de la Caisse Nationale d'Epargne  et du   volume de transferts à travers les CCP, les mandats et autres modes d'envoi d'argent.  Elle couvre la quasi-totalité du pays avec ses 135 bureaux et près de 2000 employés.

Si l'on veut qu'elle  se revitalise et participe davantage à la création des richesses nationales et à la démultiplication des emplois, il faudra bien qu'elle s'inscrive, un jour ou l'autre, dans le créneau bancaire. Elle en la capacité technique, les moyens humains, comme démontré à travers le fonctionnement de la Caisse d'épargne et du service des Chèques postaux. Et le réseau que forme ses bureaux sur toute l'étendue du territoire national n'est à nul autre pareil.

Par l'offre de services bancaires, sous différentes formes de rémunération des dépôts et de crédits à l'investissement ou à la consommation, la poste pourrait participer encore plus à la collecte de l'épargne et au renforcement du financement de l'économie. Elle n'en fortifierait que davantage sa structure et son assise financière.

Cette perspective a bien été inscrite dans les réformes jugées nécessaires à la modernisation de la poste et à son adaptation à la concurrence croissante dans son secteur, dans l'optique de la continuité de ses activités. Le projet clairement énoncé et cautionné par le gouvernement est de « promouvoir le développement soutenable des services financiers postaux afin d'offrir à une plus grande partie de la population un accès plus large à des services d'épargne, de prêts et d'assurances, et des opportunités accrues d'utiliser l'épargne mobilisée en faveur de l'investissement privé ». 

La balle est sans doute dans le camp des autorités monétaires de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine qui doivent donner leur feu vert, en tenant compte d'un certain nombre de considérations dont le respect des règles de concurrence n'est pas des moindres.  On voit d'ici les banques existantes lever leur bouclier avec comme argument massue que l'intrusion de la poste dans le système bancaire serait une concurrence inégale et déloyale.

C'est une réaction du genre qui a accueilli, en France, une récente disposition légale autorisant la poste à offrir des services bancaires. Les banques traditionnelles de l'Hexagone entendent d'ailleurs porter, sans tarder, l'affaire devant la Commission de Bruxelles. Si le gouvernement français se voit, dans les semaines ou mois qui viennent, dans l'obligation de reculer, il y a de fortes chances que  le processus de repli de la poste du milieu rural se poursuive de plus bel.

Au Sénégal on n'en est pas encore là. Mais le cas de la poste en France est à suivre de très près. Il peut donner des idées sur l'avenir de la  nôtre. 



Article ajouté le 2006-09-20 , consulté 38 fois

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