Echos des tropiques

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Sénégal: Un contexte favorable au riz local

Un contexte favorable au riz local

 

PAR AMADOU FALL

 

DECEMBRE 2005

 

La production locale de riz peine à atteindre 100.000 tonnes, le cinquième des immenses quantités qui se consomment, chaque année, en cette céréale qui constitue l’essentiel de l’ordinaire du commun des Sénégalais. Autant dire que malgré  les grands barrages sur le fleuve Sénégal et ceux de moindre envergure sur d’autres cours d’eau, les aménagements hydro-agricoles  et les politiques de soutien, l’on est encore loin de la sortie de l’emprise tyrannique du riz importé.

L’explication très souvent avancée, relativement aux habitudes alimentaires prises par les Sénégalais et qui leur font préférer les brisures importées d’Asie au riz entier local, ne tient plus. A dire vrai, depuis quelques années, offert sur le marché à des prix nettement plus compétitifs que par le passé, le riz local n’a pratiquement plus de problème d’écoulement. Il arrive même qu’à une certaine période de l’année, les consommateurs, qu’il a conquis pour de bon, aient du mal à en trouver, parce que sa production est très en deçà de la demande. 

Le problème doit davantage être recherché ailleurs, notamment dans le fait que les opérateurs économiques qui évoluent dans le créneau du riz sont plus nombreux à investir  dans l’importation que dans la production. En économie de marché, tout acteur économique a, bien évidemment, la liberté de choisir son mode opératoire, dans l’exacte mesure des risques auxquels il peut être confronté.

Mais, en la matière, l’option importation est-elle vraiment la meilleure ? Au lendemain du démantèlement du monopole d’Etat de la Caisse de péréquation et de la libéralisation totale du commerce, ils étaient près d’une cinquantaine à se lancer dans les importations de riz. Il en reste, aujourd’hui moins d’une dizaine. Ils sont encore en activité, mais sous la menace permanente d’être exclus du marché international par les traders, comme on appelle ces requins qui règnent en maîtres absolus sur le négoce international du riz et d’autres denrées alimentaires.

Hier comme aujourd’hui, les traders continuent d’administrer la preuve que pour tenir sur le marché mondial du riz et en tirer le meilleur parti, il faut non seulement avoir une solide assise financière,  mais surtout, les capacités techniques, relations et repères qui siéent dans ce monde opaque aux relents mafieux.

Pour l’instant, les importateurs sénégalais encore en course, semblent tirer leur épingle du jeu. Mais dans le désordre et l’inorganisation, comme en atteste le million de tonnes de riz qu’ils ont importé cette année, pour une consommation nationale qui tourne autour de 500.000 tonnes. Le stock résiduel correspond à une année ferme de consommation. Les opérateurs vont-il, malgré cela, rester sur le même rythme d’importation, sachant qu’ils ne feraient que noyer le marché avec du riz dont la qualité de premier choix se raréfie ? Et qui, au regard des prix auxquels il est proposé,  étouffe, d’année en année, encore plus la production locale. Maintenant par le fait des importateurs locaux toujours actifs sur le marché international, demain par les traders qui les en excluront.

La demande mondiale en riz est de plus en plus forte, marquée notamment par l’augmentation de la consommation de cette denrée en Afrique centrale du Sud et de l’Est où elle n’était pas un produit traditionnel, mais également dans les pays asiatiques. Cette tendance est si marquée que les quantités offertes sur le marché mondial se sont considérablement rétractées, poussant tout naturellement les prix à la hausse. Il y a fort à craindre que nos opérateurs qui évoluent sur ce segment ne soient, plus tôt que prévu, boutés dehors par ceux qui n’acceptent pas qu’il y ait trop de convives autour d’un gâteau parti pour être beaucoup plus juteux.

Tout cela devrait inciter les importateurs sénégalais à cesser d’aller isolément sur le marché international, à regrouper leurs achats pour les réaliser en fonction des besoins réels du marché local, mais également surtout pour faire poids et obtenir les meilleurs prix possibles, en pensant aux consommateurs.  C’est aussi une raison supplémentaire, pour eux, de s’engager résolument dans la commercialisation du riz local, et plus particulièrement dans le développement de sa production. 

Le contexte est bien opportun. L’augmentation continue depuis deux ans des prix internationaux, du fait d’une consommation mondiale surpassant la demande, augmente très sensiblement la compétitivité de la riziculture sous ces latitudes tropicales. Au Sénégal, en particulier, les recherches développées ont permis de surmonter un certain nombre de contraintes relatives à la production du riz. Il s’y ajoute  les  mesures incitatives prises et mises en oeuvre par l’Etat en termes de subvention aux intrants et matériels agricoles. Une chose est sûre, les centaines de milliards de francs CFA déboursés chaque année, en devises fortes, pour importer du riz seraient beaucoup plus utiles investis localement dans sa production, et généreraient davantage de revenus pour l’importation d’équipements, d’outils et de technologies stratégiques. 



Article ajouté le 2006-09-20 , consulté 48 fois

Commentaires


Habib Demba Fall le 19/01/2007 à 15:45:13
Salut A. Fall,
j'ai visité votre blog. J'ai été très ravi de naviguer sur cet espace économique à la fois fait de rigueur et de fraîcheur dans la présentation. Une expertise sûre, Macha'Allah!Bonne continuation.
Habib

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