Echos des tropiques

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Leçons d’un troisième choc pétrolier

Leçons d’un troisième choc pétrolier

 

PAR AMADOU FALL

 

JUILLET 2005

Le cours du baril taquine, depuis quelques jours, les 60 dollars. Il pourrait même crever ce plafond et grimper plus haut encore, dans les semaines et les mois qui viennent. L’éruption des prix pétroliers qui survient au tout début de l’été, saison où la demande est habituellement la plus basse, augure le pire pour les pays, notamment en développement, dont les économies sont fortement tributaires d’une énergie importée à frais croissants.

Le marché flambera de plus belle, paradoxalement en cette période estivale, parce qu’il est d’emblée dans la crainte d’une possible pénurie de pétrole à la fin de l’année quand, avec la survenue de l’hiver, la demande sera à son pic annuel le plus élevé. Les spéculateurs concourent, pour de confortables gains, à pousser les prix toujours plus haut. Mais la spirale inflationniste du brut est surtout maintenue par un déséquilibre chaque jour plus prononcée entre l’offre et la demande.

La demande est, depuis quelque quatre années, dopée par la reprise économique mondiale, par la boulimie exponentielle des géants asiatiques que sont la Chine et l’Inde, et par l’expression des besoins grandissants des pays émergents et de ceux en développement. Tirée par l’augmentation de l’utilisation du pétrole dans les entreprises et les logements et la multiplication par six du nombre de véhicules, cette demande devrait tripler, si l’on en croit des experts qui suivent de près cette évolution.

Dans la dernière édition des « Perspectives de l’économie mondiale » du FMI et un autre de ses rapports intitulé « Oil Market Developments and Issues», l’on fait noter que les besoins de consommation en pétrole continueront d’augmenter à un rythme rapide, portant la consommation mondiale des 82 millions de barils/jour où elle se situait en 2004 à près de 140 mbj en 2030.

L’offre suivra-t-elle ?  rien n’est moins sûr. Les réserves des pays producteurs se résorbent et sont moins accessibles. Et les conditions d’extraction du pétrole et de raffinage du brut sont, conséquemment, plus difficiles techniquement et coûteuses financièrement. La production de produits bruts et raffinés suit ainsi une courbe décroissante.

L'offre étant, dans ces conditions, incapable d’être en phase avec une demande toujours plus vigoureuse, les cours du baril risquent fort de se maintenir, pour de bon, sur leur tendance haussière actuelle. A cela s’ajoutent des facteurs aggravants, tels l’incapacité de l’Opep à réguler la production, les conflits et incertitudes  qui pèsent sur certains pays producteurs dont particulièrement l’Irak ou l’Iran avec son nouveau président, Mahmoud Ahmadinejad. Il est présenté comme foncièrement opposé à la présence des compagnies occidentales sur son sol national.

Le monde a déjà connu deux graves chocs pétroliers au cours des dernières décennies du siècle écoulé. Ce troisième, consécutif à l’onde de la guerre d’Irak, risque d’être encore plus sérieux et redoutable, si l’on en juge par tous les faits et incertitudes qui tendent à l’amplifier.

 Pour avoir été surestimées, pompées et utilisées sans retenue, les réserves mondiales de pétrole se sont considérablement réduites. Elles tendent même à s’épuiser beaucoup plus tôt que prévu. Elles ne se régénéreront pas. Et il n’y aura pas de création naturelle de gisements nouveaux, à l’échelle humaine.

Ce troisième choc pétrolier est bien loin d’être conjoncturel. Il sonne l’heure de nouvelles options, de nouvelles stratégies qui ne seront point, comme cela a jusque-là été le cas, d’adaptation aux contraintes directement imposées par le marché, en attendant que l’orage passe.

Le recours au système de péréquation pour offrir aux entreprises et aux ménages un prix de l’énergie importée la plus stable et acceptable possible n’est sans doute plus de saison, parce qu’il n’est plus possible de l’appliquer, pour toutes les raisons et obligations que l’on sait. L’indexation des prix intérieurs au cours mondial n’est pas non plus la solution idoine pour les pays pauvres importateurs nets de pétrole, car avec la remontée du dollar, ses incidences inflationnistes handicapent les entreprises et les ménages, même si des efforts sont faits pour les atténuer.

Sachant que, même s’ils découvraient de l’énergie fossile dans leur sous-sol, ils n’en disposeraient jamais plus suffisamment, ces pays-là, comme d’ailleurs tous les autres - développés ou émergents - doivent inscrire l’essentiel de leurs projets futurs dans l’ère de « l’économie sans carbone », sans presque pas énergie fossile, autrement dit.  

En attendant de pouvoir, demain, accéder à l’énergie atomique sans danger, comme nous y prépare le projet Iter accepté à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône françaises, les Africains doivent impérativement s’activer dans la valorisation du potentiel que la nature leur a offert en abondance, et qui peut être exploité à bien moindre coût : le soleil, le vent, et même la mer. Demain les modèles économiques les plus viables reposeront, fondamentalement, sur les énergies nouvelles et renouvelables.    



Article ajouté le 2006-09-20 , consulté 42 fois

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