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La microfinance, une révolution

La microfinance, une révolution

 

PAR AMADOU FALL     

 

JANVIER 2006

 

En chaque individu sommeille un entrepreneur. Le souhait de tout homme normal est, en effet, de pouvoir valoriser ses  potentialités innées et acquises, à travers des activités productives ou de services, pour réaliser son mieux-être et participer à la dynamique constructive du groupe auquel il appartient.

D'aucuns disent, a contrario, que le grand nombre préfère la protection d'un emploi salarié aux risques et aléas qui sont le lot quotidien de l'entreprise. Il est sans doute vrai que, sous toutes les latitudes, il y a bien plus d'employés que d'employeurs. Mais le problème véritable est que les moyens ne sont pas donnés à tout le monde de pourvoir entreprendre, de travailler à son compte.

L'entrepreneuriat est par essence sélectif, en ce sens qu'il requiert, au-delà de certaines prédispositions, tant soit peu de compétences managériales, mais également et surtout des fonds pour lancer et développer sa propre activité. C'est sur ce dernier point, celui du nerf de la guerre, que nombre de projets butent. C'est une chose que de vouloir et pouvoir entreprendre et une toute autre que d'arriver à ses fins.

 Mais, dans un contexte où le marché de l'emploi est submergé par une demande exponentielle alors que l'offre est rare et très exigeante, l'alternative qui s'impose est de soutenir les initiatives individuelles et collectives que  les laissés pour compte sont à même de développer, pour s'extirper, d'eux-mêmes, de la pauvreté.  

Il convient, à cet égard, de saluer l'impact déterminant des institutions financières décentralisées dans la lutte contre la pauvreté. Inspirés assez largement des Gramen Banks  indiennes, ces structures spécialisées dans la microfinance ont, tout le long de ces dernières décennies, beaucoup contribué à améliorer le niveau de vie des populations au sein desquelles elles ont encouragé la pratique de l'épargne et du crédit pour l'investissement productif. Et à dimension humaine. La microfinance se révèle aujourd'hui la stratégie la plus efficace de prise en compte de populations désœuvrées. Elle a prouvé, qu'à travers une stratégie d'épargne et crédit de proximité, impliquant les populations dans sa gestion, il est bien possible, non pas de réaliser des miracles, mais de d'atténuer et de résorber, progressivement, la pauvreté et la dépendance économique de ceux qui sont aux bas de l'échelle. 

Si l'on en croit les derniers chiffres avancés, quelque 600 structures spécialisées dans la microfinance fonctionnent à travers le Sénégal, dans les centres urbains comme en milieu rural. Elles ont, à ce jour, contribué à la naissance de plusieurs milliers de micro-entreprises et de micro-affaires,  en les finançant par des prêts pouvant atteindre, voire dépasser, dans certains cas, 2,5 millions de francs CFA.   

Le microcrédit est en soi une révolution économique sans précédent, en ce sens qu'il démocratise l'accès au capital, en l'ouvrant aux populations largement exclues du financement bancaire, en raison de leur indigence financière et de leur incapacité matérielle à présenter des garanties en contrepartie de l'octroi d'un prêt. Il permet à des hommes et à des femmes handicapés par leur pauvreté, de développer des activités génératrices de revenus, dans l'informel urbain et le monde rural, sans avoir à subir les contraintes inhérentes au fonctionnement sélectif du système financier classique.

Les besoins de financement des micro-entreprises sont généralement assez bien satisfaits par les mutuelles et les groupements d'épargne et de crédit, ainsi que par les systèmes financiers décentralisés conventionnés, en termes de volume de prêts, de durée et de taux d'intérêt.

Les problèmes surgissent quand l'entreprise commence à de voir sortir des limbes, à grandir. Elle a, à ce moment des besoins de financement des investissements dont la durée et le montant sont parfois hors de portée des institutions de microfinance. Les ressources courtes dont elles disposent et que constituent les dépôts de leurs membres et clients sont quasiment impossibles à transformer en ces financements conséquents et sur le long terme que la mutation des micro-entreprises en plus grande entreprise exige.

C'est d'ailleurs pour cette raison que les institutions de microfinance  ont été, tout au long de ces dernières années, très peu présentes dans le segment du financement de la PME.  Celles qui, exceptionnellement, y ont pris pied, vaille que vaille, l'ont surtout fait pour ne pas perdre des clients dynamiques et solvables dont elles ont soutenu le développement, depuis leur naissance. 

Une plus grande synergie entre le secteur bancaire et le secteur de du microcrédit permettrait, dans une bonne mesure, de surmonter les écueils qui, sous l'angle du financement, font obstacle au passage de la Micro et Petite Entreprise à la Petite et Moyenne Entreprise. La concurrence entre banques sur un marché de plus en plus étroit pourrait y aider. Ainsi que la toute nouvelle donne introduite par la Banque Régionale de Solidarité qui est, notamment, venue renforcer les capacités d'intervention des institutions de microfinance. 

 



Article ajouté le 2006-09-20 , consulté 42 fois

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