Echos des tropiques

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COULEURS D'AMERIQUE 1

COULEURS D'AMERIQUE

 

La saga des Africains américains

 

PAR AMADOU FALL

 

AOUT 1991

 

Les Etats-Unis sont un immense arc-en-ciel ethnique aux couleurs juridiquement égales mais qui, dans les faits, offrent des nuances socio-économiques fort déroutantes. Le ton dominant  est à l'opulence, mais la richesse américaine reste beaucoup plus blanche que noire. Le jaune, sans trop faire de bruit, s'y taille une bonne place, quitte à bousculer le noir qui se rebiffe et le marron chicano qui, fuyant la misère du sud du Rio Grande, veut à tout prix assouvir son rêve américain. Comme d'ailleurs nombre de nos compatriotes.

Terre de libertés, les Etats-Unis restent ouverts, mais de manière de plus en en plus sélectives, à tous ceux qui veulent réussir, par le travail, à la sueur de leur front. Mais les conditions n'y sont pas toujours. C'est le cas de bien de rouges, de ces Amérindiens reclus dans les réserves, ou de ces jeunes noirs qui, dans les ghettos, glissent en grand nombre sur les pentes de l'alcoolisme, de la drogue, de la prostitution et de la violence. Une escale tout de même gaie dans cette randonnée américaine : Bourbon Street, à New Orléans. C'est dans la frénésie nocturne de cette rue que le Dixieland Jazz est né. Let the good time roll…

 

 

 

 

 

WASHINGTON D.C.  – Adossé au Potomac, du haut des marches  du Mémorial de Lincoln, et à l'ombre de son imposante statue, l'on ne peut s'empêcher de penser au combat d'un autre héros de l'Amérique et au rêve qu'il a émis là, devant des milliers et des milliers de personnes de toutes les couleurs, massées jusqu'au monument de Washington.  A l'autre bout de l'esplanade du Reflecting Pool. C'était le 28 août 1963. « I have a dream… » s'écriait Martin Luther King.  "J'ai fait ce rêve qu'un jour, sur les rouges collines de Georgie, les fils des anciens esclaves et les fils de leurs anciens maîtres pourront s'asseoir à une même table fraternelle ».

Qu'est-ce que son rêve et son combat pacifique pour la dignité du Noir et l'égalité des races ont donné ? La bataille a été rude et souvent violente. Malgré lui, et par delà lui, car d'autres leaders de la communauté noire n'excluait pas que l'on forçât la main aux tenants d'un pouvoir blanc très peu enclins à laisser tourner la roue de l'histoire vers la liberté. L'impression générale que donne aujourd'hui l'Amérique, quand  on sillonne ses villes et ses campagnes est que les libertés ont fini par triompher sur le racisme, et qu'en particulier, les Africains américains ont tous les droits  -et devoirs civiques- en égalité avec leurs concitoyens blancs.

Pas tout à fait. Car, comme le dit si bien Tony Brown, journaliste à la sixième chaîne de Los Angeles,  « in America, the only colour of power is green », dans les Etats-Unis d'aujourd'hui le pouvoir n'a qu'une seule couleur : le vert.  C'est la couleur du dollar. Le pouvoir appartient donc aux seuls riches. Ainsi donc, si la ségrégation et le racisme sont officiellement et juridiquement bannis, ils n'en subsistent pas moins dans les clivages sociaux hérités du passé et accentué par les différences économiques et de conditions de vie.

Au USA les pauvres se recrutent dans toutes les couches de la population ; mais ils sont beaucoup plus noirs que blancs. Les Africains américains sont d'ailleurs majoritairement pauvres. Les  ghettos ne sont certes plus des lieux de réclusion, mais ils restent, par la force des inégalités socio-économiques, les domaines réservés des plus pauvres : les chicanos et par-dessus tout, les noirs.

POLITIQUE

DES LOYERS

 

La séparation urbaine des groupes éthnico-économiques se fait principalement par la politique des loyers. A Washington DC qui est à 75% noire, cette politique tend à chasser les Africains américains vers le Maryland. Ainsi Georgetown est devenu un quartier blanc, alors qu'il était noir 20 ans plus tôt. Los Angeles sur la côte ouest est également très ségréguée. Le quartier chaud de Watt au sud de la ville est à 70% noir et à 30% hispanique.  Dans les quartiers blancs de la West-Walley, vous ne pouvez dégoter  un appartement de pièces à moins de 1200 dollars le mois, tandis que dans les quartiers négro-hispaniques du sud et de l'est de la ville vous pouvez en trouver en dessous de 700 dollars. Mais il n'y a pas grand-chose. Toutes les nouvelles entreprises sont dans les zones de prédilection des populations blanches et nanties. Très peu d'investissement dans les quartiers pauvres.

Beaucoup de Noirs – les jeunes en particulier – sont sans grande qualification professionnelle. La communauté enregistre 42% d'échec scolaire avant la deuxième année de collège. Les chômeurs sont légion. Et l'on glisse très facilement sur les dangereuses pentes de l'alcoolisme, de la drogue, de la prostitution et de la violence.  Ainsi, déplore Chendlu Degues, membre du Black Caucus, 25% des jeunes Africains américains entre 16 et 18 ans ont déjà eu maille à partir avec la justice, sont en taule ou en liberté surveillée. De son amer constat,  « il y a plus d'hommes noirs en prison que dans les universités ». Les familles se disloquent et 65% des naissances sont hors mariage.

Selon  Chendlu, « nombre de parents ont fini par démissionner de leurs responsabilités éducatives, sociales, émotionnelles et affectives. Les jeunes agissent comme ils veulent maintenant. Quand un garçon ou une jeune fille amène plus de 1000 dollars à la maison, ses parents ne lui posent pas de question. Prostitution ? Drogue ? Vol ? Ils utilisent l'argent qu'on leur donne. C'est tout. Il y a vingt-cinq ans, ce n'était pas çà. »

Il y a vingt-cinq ans la communauté croyait en des valeurs sures, engagée qu'elle était dans la lutte pour les droits civiques et la reconnaissance de la dignité  nègre. Elle avait en son sein, dans les ghettos, des leaders, les Martin Luther King, Stockley Carmichael, Malcom X et autres modèles. Des modèles il y en a toujours. C'est ceux d'entre les frères qui ont réussi en politique, dans les affaires,  et surtout dans les sports et le show-business. Mais ces gens ne vivent point dans les ghettos,  à la différence des anciens modèles, du temps de la ségrégation. Ils sont, pour la plupart, près des WASP (White Anglo-saxon people), dans les beaux quartiers. Les quartiers pour riches. Ils évoluent dans des sphères trop élevées pour être accessibles.

Ainsi les jeunes noirs ne connaissent souvent pas qui, dans leur circonscription, les représente au Caucus. « Il y a un réel fossé entre les populations noires et le Caucus » reconnaît Chendlu. Les modèles qu'on vénère, ceux qui ont bâti leur fortune et leur gloire  sur les sports, la musique et le  show-business pour tout dire, sont tout aussi inaccessibles. Ils sont la plupart du temps en tournée. Ils sont trop pris par les affaires pour véritablement se préoccuper de la situation de leurs frères, ceux que Chendlu Degues appelle « la sous-classe noire qu'on n'arrive pas à sortir du trou ».

La jeunesse noire, malgré tous ses handicaps, vit le rêve américain avec un incroyable optimisme. « I'l make it, tomorrow, I'l be a millionnary » vous disent-ils, avec la ferme conviction qu'ils réussiront, qu'ils deviendront des millionnaires comme Michael Jordan  du basket,  Dexter Manley du football américain, Michael Jackson de la musique. Le plus court raccourci emprunté est malheureusement le trafic de drogue. Ça doit rapporter, à voir ces jeunes dealers de 15 à 23 ans bardés de chaînes en or conduisant de rutilantes bagnoles dans les quartiers pauvres, snobant royalement les autres. Il n'est pas rare que l'un d'entre eux se fasse descendre en pleine rue, victime de la guerre des gangs.

Certains Africains américains de la haute société font des efforts pour aider leurs congénères d'en dessous. Marion Barry, au temps où il était maire de Washington DC, avait fait en sorte que, dans chaque famille noire, il y ait au moins un qui travaille pour la municipalité : réfection de routes, construction, etc. Cette astuce héritée du New deal et utilisée par Marion Barry, pour surtout gagner l'électorat noir de la ville, a creusé le déficit budgétaire de Washington de quelque 15 milliards de dollars. Avant que Barry  ne soit politiquement perdu par…son penchant pour la drogue.

Dans toutes grandes villes, comme à Los Angeles avec ses programmes de restructuration et de redéploiement de Watts, de Korietta Sud et Central, les élus noirs sont en train de faire un excellent travail, malgré la réticence  de leurs administrés noirs qui ont peur d'être dessaisis  et relégués de leurs habitations pour d'autres réalisations.

De riches individualités font de généreux dons à la communauté noire. C'est le cas, de l'humoriste Bill Cosby qui, l'année dernière,  a offert 20 millions de dollars au Spellman College, une université noire d'Atlanta. C'est la plus grosse somme jamais offerte à une université.

Le Black Caucus fait également des efforts dans ce sens par des bourses scolaires et universitaires. Mais elles ne profitent généralement qu'aux enfants des couches supérieures et intermédiaires. Les gens attendent davantage du Caucus, selon Chendlu qui pense qu'il devrait porter son action  sur les problèmes de fond de la communauté : l'épidémie de drogue,  le chômage, l'éducation, les problème de santé (enfants malnutris, sida, fort taux de cancer), filles mères et enfants abandonnés.

Le Caucus et beaucoup de libéraux croient que le racisme est à la base de la pauvreté noire. Chendlu Degues a une toute autre opinion sur la question : « Le racisme existe toujours, mais beaucoup de problèmes vécus par les Noirs ce sont les Noirs eux-mêmes qui se les posent. 98% des Noirs de cette ville de Washington sont tués par des Noirs. Qu'on ne me dise pas que ce sont des hommes blancs qui ont forcé la main des coupables ». La vérité est que la communauté vit une profonde crise de valeurs, dans tous les sens de l'expression.

Ce n'est d'ailleurs pas sans raison que de plus en plus de Noirs se cherchent dans l'Islam, jusqu'à devenir fondamentalistes comme les disciples de Louis Farakhan, le leader de Nation of Islam. Aux Etats-Unis d'ailleurs, l'Islam est intimement lié à la race noire. Il tend à jouer un rôle purificateur contre les gangs et la drogue. « Il attire beaucoup de jeunes parce que cela leur donne une meilleure imagez d'eux-mêmes. Il améliore leur apparence. Les jeunes Noirs islamisés portent des costumes ; ils ne se droguent pas et ne sont pas dans les gangs », constate  Saud M. Smater, un ancien étudiant somalien en planification resté aux Etats-Unis « pour des raisons politiques » et travaille pour un élu noir de Los Angeles.

A cet engouement nouveau pour l'Islam la jeunesse noire devra ajouter celui pour l'éducation et la formation, rempart à toutes les déviations. Mais jusque-là obnubilée par les médiats, elle croit, comme d'ailleurs tout bon Américain, que la réussite c'est la richesse matérielle uniquement. Ainsi « aller à l'école, devenir cadre professionnel, professeur par exemple,  n'est pas associé à la réussite, au succès par elle. Dommage !

La communauté africaine américaine manque terriblement d'esprit…communautaire, à la différence de celle asiatique. C'est une société en miettes, désarticulée après la lutte pour les droits civiques. Elle a épousé l'individualisme urbain typique aux USA, aux civilisations industrielles occidentales en général. Alors qu'elle a plus que jamais besoin de rester soudée pour de nouveaux objectifs, ceux-là économiques, sociaux et politiques auxquels il faut se rallier pour sortir la communauté de la misère et mieux la positionner sur l'échiquier américain. Exactement comme les autres lobbies.

Les Africains américains en ont les potentialités. Ils ont, en 1988, dépensé 250 milliards de dollars en biens de consommation. Ce pactole pris comme PNB, ils seraient la septième puissance économique du monde. Conscient de cette force et l'utilisant à meilleur escient par des investissements rentables dans leur communauté et en partenariat avec l'Afrique mère, leur situation serait autre. Et ils influenceraient positivement la politique américaine envers l'Afrique. Mais…

 

Manhattan, île sénégalaise

 

 

 

NEW YORK CITY (NEW YORK) – Il pleut dru sur Big Apple, la grosse pomme. La nuit est froide, d'une fraîcheur à ne pas mettre un Sahélien dehors. Mais qu'il pleuve ou qu'il vente, de préférence quand il fait beau, les Sénégalais sont toujours là, debout à tous les coins de rue de Manhattan, veillant jalousement sur leurs marchandises, généralement des montres haut de gamme, des Roleix, des Gucci… mais en contrefaçon, achetées chez les grossistes asiatiques de Chinatown, sur Canal Street. La contrefaçon, c'est la rançon de la gloire de toute marque.

Ce soir-là, ceux qui sont dans la rue vendent plutôt des parapluies. La veille, la météo avait annoncé la pluie. Ils ne se le sont pas fait répéter deux fois. Ils ont dévalisé littéralement tous les stocks de parapluies de Canal Street. Ils les ont vendus comme de petits pains. Un sens très instinctif des affaires.

Le commerce des Sénégalais dans les rues de New York n'est pas de tout repos. Les descentes intempestives de la police leur font perdre énormément d'argent car leurs activités sont à tout point de vue illégales. Beaucoup sont en situation irrégulière, n'ont pas de licence de commerce et vendent des produits contrefaits, donc prohibés. Avant, quand ils étaient pris dans une rafle, ils passaient quelques jours en prison et repartaient avec leurs marchandises. Maintenant, à l'instigation des fabricants et concessionnaires attitrés, leur camelote est détruite. Un des leurs, Maka a eu à perdre, comme ça, 200 dollars en l'espace d'une semaine. La guigne.

Les rafles ne sont pas leur seule crainte. Ils subissent fréquemment les exactions de jeunes délinquants noirs américains. Fréquemment, ces enfants terribles leur arrachent leurs marchandises pour s'engouffrer dans la bouche du plus proche subway. Et il n'est pas du tout indiqué de les y suivre. Le métro new-yorkais est des plus dangereux au monde.

Mais les Sénégalaise des Etats-Unis arrivent généralement à bien s'en sortir, malgré toutes les affres de la vie à l'étranger. Les « horlogers de la rue » peuvent se faire un chiffre d'affaires  quotidien de cent dollars. Et souvent plus en été et à la veille de certaines fêtes. Contrairement à leurs compatriotes évoluant à Washington, notamment, ils préfèrent travailler à leur propre compte que de se faire embaucher en entreprise. « Nous gagnons dix fois plus que les salariés. Certes des fois c'est la dèche. Mais c'est le commerce. Des fois nous faisons d'excellentes affaires, des fois rien ne va. Il faut s'y faire et surtout ne pas gaspiller l'argent que l'on gagne. Notre présence ici est très précaire. Alors il faut bien préparer le retour et surtout ne pas décevoir ceux qui nous attendent là-bas au pays », philosophe Maka.

 

LE GRAND

SAUT 

Lougatois bon teint, Maka est à New York depuis bientôt quatre ans. Le fait qu'il soit illettré ne le gène pas trop dans ses transactions commerciale, car il parle maintenant un anglais acceptable. C'est pour avoir en vain cherché à valoriser ses qualités de chauffeur professionnel qu'il s'est résolu à faire le grand saut sur les States, comme beaucoup d'autres compatriotes victimes du chômage. Le boulot de chauffeur de taxi l'avait au début tenté, compte tenu de ses références. « C'est un métier trop risqué », fait-il remarquer. En effet, beaucoup de jeunes Sénégalais y ont laissé leur vue, agressés de nuit dans les quartiers chauds de Harlem ou du Bronx. Il a cru bon se rabattre sur le commerce des montres. L'hiver, quand le froid devient insoutenable sur Manhattan, lui et ses compatriotes descendent en vacance, ou se trouvent de petits boulots temporaires. Dans les « fast food », par exemple.

Quelques Sénégalais parmi les plus débrouillards ont sur Manhattan ou dans le New Jersey des « cantines » où ils vendent, qui des journaux, cartes postales et autres menus objets de papeterie, qui des sculptures africaines. Ou des enregistrements musicaux sur cassettes, comme à Sandaga. A Washington, rares sont les Sénégalais qui évoluent dans le commerce. Ils travaillent plutôt comme employés. C'est le cas de Adama F., un étudiant en informatique qui travaille à mi-temps dans une entreprise de la capitale administrative américaine. « Nous n'avons pas trop de problème à trouver du travail ici. Les employeurs nous préfèrent d'ailleurs aux jeunes noirs américains, pour les problèmes de drogue, d'absentéisme que vous savez. Il y a surtout que la plupart connaissent leurs droits et sont défendus par les syndicats. Alors que, parmi nous, rares sont ceux qui ont des working-cards. Alors les employeurs en profitent », explique Adama.

 

BRIAN HOTEL

 

A New York City, Washington DC, dans le Maryland, le New Jersey et en Virginie du Nord où vivent beaucoup de Sénégalais émigrés aux USA, nos compatriotes ont tendance à vivre regroupés selon leurs affinités. A New York, ils crèchent en majorité sur Manhattan, au Brian Hôtel, une vétuste bâtisse de la cinquantième rue où ils occupent à trois, quatre ou plus, des chambres payées 30 dollars la semaine. A côté, un couple vit en appartement. Il parait qu'il y'en a d'autres.

La communauté sénégalaise se retrouve souvent à Central Park pour des séances de lutte, de « sabar » ou de champ religieux. Elle a une mosquée dans le Bronx. La           situation st quelque peu différente à Washington où la population sénégalaise est beaucoup moins dense, plus jeune et moins grégaire. Des velléités communautaires commencent tout de même à s'y développer, principalement à la faveur de relations amicales qui s'entretiennent dans le cadre du dancing – restaurant – auditorium  le « Kilimandjaro » où les Sénégalais branchés de « D.C. » vont…à la messe, comme ils disent.

Les parasites sont légion malheureusement, déplore Félix, un rasta sénégalais pour qui les Etats-Unis sont la « terre promise ». « Fi la rail-bi téné », c'est le terminus, clame-t-il à qui veut l'entendre. Devenant plus sérieux, il se lance dans une longue diatribe contre « ces Sénégalais qui ne veulent rien faire, sinon vivre aux crochets des aînés qui veulent bien les aider ou des noires américaines rencontrées au Kilimandjaro. Mus par un esprit fêtard, ils ne cherchent pas à travailler ou à faire des études. Certains ont déjà fini par se clochardiser. » Félix devient gravement sentencieux sous l'œil approbateur des copains présents : « il faut que les Sénégalais qui débarquent aux Etats-Unis perdent cette mentalité de fêtard inconscient. Ici, tout un chacun peut réussir, s'il travaille. Il faut travailler dur ». Pour sûr !

 

Sélection pour la terre promise

 

Les Etats-Unis resteront, pendant longtemps encore, la « terre promise », dans l'esprit de bien des gens du Tiers monde. Mais se refermeront des plus en plus à ceux qui, comme nos vaillants  modou-modou et les chicanos venus du Mexique, voudront y réussir leur vie sans qualifications reconnues. Le congrès a adopté, ces derniers temps, une  loi sociale dont l'objet majeur est de filtrer qualitativement les flux migrants vers le pays de l'Oncle Sam. Elle augmente de 40% le quota annuellement admis, mais triple en fait l'immigration sur la base de la qualification à l'emploi.

Les dispositions légales jusqu'alors en vigueur, en mettant l'accent sur la réunification familiale, ont eu à favoriser l'arrivée massive sur le sol américain de travailleurs au bas de l'échelle qui ne doivent leur entrée aux Etats-Unis qu'au fait d'avoir des proches sur place. Cette ancienne loi, non seulement laissait très peu de place aux travailleurs qualifiés candidats à l'émigration aux Etats-Unis, mais encore excluait directement du « rêve américain » une bonne partie des candidats qui, à la différence des Latino-américains et des Asiatiques  avaient très peu d'attaches aux USA.

Par le relèvement très sensible du quota de travailleurs étrangers qualifiés admissibles aux USA, la nouvelle loi inquiète des employeurs américains qui craignent l'accroissement de leurs charges sociales, parce qu'il y aurait de moins en moins de clandestins à exploiter. Leurs appréhensions ne sont cependant pas largement partagées, car les Etats-Unis  ont un grand besoin de bras compétents  pour revitaliser leur économie. Comme le fait remarquer Gilbert Martin, un Américain de souche française : « la population blanche est vieillissante, la communauté noire accuse certes un fort taux de natalité mais elle vit des handicaps d'ordre socio-éducationnel, tandis que la main d'œuvre fournie par l'immigration latino-américaine n'est pas des plus qualifiée. Il en est de même de celle qui nous vient d'Afrique, quoiqu'à son avantage elle ne se mêle pas de problèmes de drogue ou  de gangs »

 

VISA DE L'INVESTISSEUR

Question main d'œuvre étrangère, les Etats-Unis lorgnent plutôt du côté des pays de l'Est qui se trouvent aux prises aux difficultés liées à leur renaissance économique et politique  et sur les vieilles souches que sont l'Irlande et l'Italie. Quelque 40.000 visas seront ainsi exclusivement réservés aux candidats à l'immigration originaires de ces pays-là, selon les termes de la nouvelle loi. La SLCIO, syndicat qui a acquis ses lettres de noblesse dans l'éducation et la défense des intérêts des premières générations de travailleurs immigrés s'est, paradoxalement, battue contre l'adoption de cette loi. Les temps ont beaucoup changé, avec la crise des années passées et la fermeture de nombreuses entreprises non concurrentielles qui s'en est suivie. Ainsi, du point de vue de la SLCIO, la bataille à mener doit être pour la conservation et la création d'emplois à l'exclusivité des autochtones. 

Les Américains restent cependant, dans leur ensemble, optimistes quand à leurs capacité à transcender la situation de crise, d'ailleurs très relative, qu'ils vivent. Surtout avec les effets induits du succès de la guerre du Golfe. Le professeur Wilson qui enseigne l'Economie  à l'Université d'Arizona y croit fermement : » Dans les dix années à venir, je vois l'économie américaine plus forte encore. Elle sera plus forte qu'elle ne l'était il y a vingt-cinq ans. Elle s'est réajustée pour être plus compétitive encore ».

Pour revitaliser l'économie de certaines régions, les USA comptent notamment sur la fortune et l'expérience d'une certaine catégorie d'immigrés en provenance de l'Asie du Sud-est en particulier. Ainsi, la nouvelle loi institue-t-elle des visas de l'investisseur. Il y en aura, chaque année,  un total de 10.000 qui seront accordés migrants potentiels en mesure d'investir un million de dollars en zone urbaine ou la moitié en milieu rural. Avec, au bout du compte, la création d'au moins dix emplois permanents.

A cet égard, le regard du législateur reste fixé sur le Pacifique, et cible, principalement, les ressortissants des Dragons de l'Asie du Sud-est, notamment ceux de la riche colonie britannique de Hong Kong. Le spectre de la reprise de l'île par la Chine communiste, en 1997, stimule déjà de très fortes évasions de capitaux et de compétences vers la Côte ouest. Il ne fait pas de doute que ce mouvement ira en s'amplifiant.

 

Une race à problème ?

Les relations entre les Sénégalais et la communauté noire américaine ne sont pas conflictuelles. Elles le sont seulement avec les « street peoples », les marginaux. Sans famille, drogués, chômeurs, ou absentéiste quand ils ont du travail, ces gens sont agressifs envers tout le monde, sans distinction particulière. Par contre, avec ceux qui ont fait des études et qui ont une certaine conscience de leur identité raciale et civique, le courant passe. Quand bien même une présentation médiatique déformante des réalités africaines tend à développer des complexes parmi eux.

Les problèmes socio-économiques et ethniques que connaît, par endroit, l'Afrique sont amalgamés avec les difficultés vécues par les Africains américains, pour dire que tout cela est inhérent à leur race condamnée à être éternellement en crise. Une culpabilisation  qui a souvent des effets. Fatalistes certains se disent que c'est comme cela et se laissent aller à la déchéance, d'autres en rejettent la responsabilité sur les Africains vendeurs d'esclaves et leurs descendants.

Le grand nombre é idéalisant l'Afrique ou en parlant avec réalisme, refuse de tomber dans le piège. Ils veulent qu'à l'image des Juifs,  les Africains américains fassent bloc avec la mère patrie, sur la base de relations économiques, sociales et politiques soutenues et efficientes.

C'est à la lecture de tout cela que l'on peut comprendre, en particulier, l'état actuel des rapports entre les immigrés africains, sénégalais pour ce qui nous occupe, et les autochtones africains américains.


 



Article ajouté le 2006-10-02 , consulté 169 fois

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