Echos des tropiques

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L’aide retenue à la source

L’aide retenue à la source

PAR AMADOU FALL

 

L’Afrique se passera, un jour ou l’autre, de l’aide extérieure pour se réaliser d’elle-même, sur la base essentielle de la valorisation de ses ressources et compétences intrinsèques. Mais ils sont nombreux les pessimistes sur le devenir du continent qui clament, sans ambages, que ce n’est pas demain la veille de cette nouvelle ère. Leur argument massue est que, si les apports de subsides extérieurs pouvaient suffire pour faire décoller ce continent, la plupart des pays qui le constituent auraient, depuis longtemps, rejoint le concert des nations développées, à tout le moins économiquement émergentes.

Il est sans doute exact, comme ils l’avancent, que l’Afrique a eu, sur son ardoise,  l’équivalent de plusieurs « Plan Marshall », sans avoir pu assurer sa reconstruction et son développement. Mais cette assertion occulte le fait patent, que concrètement, la plus grosse partie des fonds généreusement promis n’arrive jamais à destination. En effet, si l’on défalque des montants annoncés, les  investissements au profit réel des économies d’origine et  les prélèvements opérés par les structures intermédiaires qui tournent autour du gâteau, c’est à peine si le tiers de l'aide parvient aux pays dont elle est censée contribuer au développement.

A l’échelle du monde, il y a au moins 500 millions de personnes  - excusez du peu ! -  qui, pire que des sangsues, vivent grassement de qu’il est  convenu d’appeler « l’industrie de l’aide ». Dans son essai sur « Les mirages de l’aide internationale », David Sogge explique, par ces rétentions de ressources et prédations, « le fait paradoxal que la pauvreté et les inégalités se sont accrues et l’insécurité prévaut là où l'aide joue un rôle prédominant ».

C’est parce que, justement,  l’aide est, d'abord et avant tout, utilisé au bénéfice économique des les pays donateurs et de celui des relais entre eux et les destinataires finaux. D’où la part congrue qui échoue dans leur escarcelle. Si cette rétention d’aide perdure, il y a fort à craindre  pour la tenue des promesses fermes de doublements des fonds multilatéraux et bilatéraux requis par les Objectifs du Millénaire pour le Développement. 

Cette appréhension vaut également pour les engagements des milliardaires philanthropes qui, dans la même mouvance,  entendent s’engager généreusement et à fond, dans la lutte contre les maladies, la malnutrition et la pauvreté en Afrique. C’est le cas des fondations Bill et Melinda Gates et Rockefeller  qui ont, récemment, annoncé leur alliance pour investir 150 millions de dollars dans un projet visant à  améliorer la productivité agricole dans les petites exploitations, «une révolution verte » pour des dizaines de millions d’agriculteurs de l’Afrique subsaharienne. De son côté, le financier américain George Soros a également rendu public son intention d'investir 50 millions de dollars dans un projet de développement dénommé « Villages du millénaire »  et destiné à montrer comment des investissements modérés et ciblés, dans les domaines de la santé, de l'éducation et de l'agriculture, peuvent mettre un terme à l'extrême pauvreté. D’autres richissimes voudront, à coup sûr, franchir le pas, à la suite des Gates, Rockefeller, Soros et consort, contre les « tsunamis silencieux »   qui étouffent l’Afrique.

Les milliardaires philanthropiques n’en sont d’ailleurs pas à leurs premiers actes de générosité envers ce continent. Les Rockefeller ont, au cours de ses sept dernières années  offert 150 millions de dollars en soutien au progrès agricole en Afrique. Mais qui, parmi les ayant droits, a véritablement bénéficié des retombées de cette subvention ? Pas grand monde. Il en est de même, pour la centaine de millions de dollars que les Gates ont fait débloquer par leur fondation, en guise de soutien au combat mené en Afrique contre le sida, le paludisme et la tuberculose. Dans cette dernière affaire, des rédactions africaines ont été « bluffées » par la structure américaine qui avait en charge le volet communication de ce programme. Choisies par elle comme « centres d’excellence » pour un travail d’intensification et de modélisation du traitement de l’information sur les maladies ciblées, elles n’ont pratiquement rien reçu, en terme de soutien financier et matériel, de l’organisme intermédiaire. Ses gérants s’étant, tout bonnement « couchés » sur les le pactole alloué à cet effet par la fondation. Un cas parmi beaucoup d’autres… 

Bien entendu, les rétentions de l’aide au développement ne se font pas uniquement à la source. Le peu qui arrive à destination,  n’est pas non plus intégralement investi à des fins de développement. Il n’est pas rare qu’il soit, en bonne partie, détourné de son objet, pour conforter l’assise financière et politique de satrapes locaux qui péjorent l’État, le bien commun et le service public.    

Une chose est sure, si l’aide destinée à l’Afrique n’était pas aussi outrageusement ponctionnée et détournée, mais investie à bon escient,  le continent aurait, depuis bien longtemps, réussi à restaurer les bases d’un développement durable,  pour ne plus compter que sur ses ressources et forces intérieures. Il est donc grand temps de revoir les règles du jeu, d’assainir les pratiques qui entourent l’aide extérieure, aux fins d’en garantir l’intégrité, la bonne gouvernance et l’efficacité. 



Article ajouté le 2006-10-04 , consulté 116 fois

Commentaires


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