L’assurance antidote au fatalisme
L’assurance antidote au fatalisme
PAR AMADOU FALL
L’Afrique tire faiblement profit du commerce mondial du fait de la pauvreté de la structure de ses exportations dominées par des matières premières dont les cours se détériorent toujours à l’exception du pétrole, des barrières non tarifaires auxquelles se heurtent ses produits agricoles et industriels à l’entrée des marchés du Nord, et à l’extrême faiblesse des échanges intérieurs au continent. Mais ces contraintes pourraient être sensiblement atténuées si les investisseurs, importateurs et exportateurs étrangers ne rechignaient pas à prendre des risques sur l’Afrique, en raison de l’instabilité politique et sociale et des manquements en matière de justice qui entachent son image. Elles seraient moins pesantes encore si, concomitamment, les exportateurs africains avaient une meilleure maîtrise des risques commerciaux, mais aussi politiques, auxquels ils s’exposent à travers leur quête de marchés dans les autres pays du continent ou de l’extérieur.
L’assurance-crédit n’est certes pas une panacée, mais elle peut profitablement être mise à profit pour le renforcement des positions commerciales africaines; si beaucoup plus d’entreprises y faisaient recours pour sécuriser leurs transactions contre les risques de non-paiement des crédits qu’elles sont obligées de consentir à leurs clients et partenaires, dans un contexte chaque jour plus âprement concurrentiel. En conséquence elle constitue un moyen important de sécurisation et de diversification des exportations et de stimulation des investissements. Elle peut également faciliter l’accès des exportateurs au financement du commerce et encourager les PME à se lancer dans de nouveaux marchés.
Mais, de pratique récente sur le continent, l’assurance-crédit a quelques difficultés à s’y développer. Beaucoup d’opérateurs économiques continuent de la considérer comme une ponction sur les marges bénéficiaires de leurs activités ou comme une taxe indirecte. Quand la conjoncture est difficile, le réflexe de l’agent économique est tout naturellement d’élaguer toute charge qui peut l’être, pour ne pas affecter outre mesure ses résultats. L’assurance-crédit a d’autant plus de chance à être rangée dans le catalogue des investissements compressibles qu’elle n’est point obligatoire.
Les opérateurs privés sénégalais exportent beaucoup plus qu’il n’y a guère, et dans des créneaux qui, comme la pêche ou l’horticulture, sont particulièrement sensibles aux aléas du monde. Ce sont généralement des secteurs où les risques de perte de produits ou de non-paiement sont énormes. Mais, à ce jour, rares sont les opérateurs de ses secteurs qui s’assurent à l’exportation. Mais il n’est par contre pas rare d’en entendre qui se plaignent d’avoir subi de ruineux préjudices, et sans la moindre possibilité de recours pour obtenir une juste réparation des torts et pertes que des tiers leur ont occasionnées, hors de nos frontières.
La mondialisation accentue tous les risques commerciaux, d’autant que les Etats qui étaient les garants des relations économiques et financières internationales tendent à se mettre en retrait, pour laisser les agents économiques face à eux-mêmes, avec pour arbitre, le marché et ses lois. Mais comme chacun sait, les lois du marché sont comme celles de la jungle. La bonne logique est de s’assurer contre tous ses risques et aléas.
L’exportateur qui ne s’assure pas n’est pas différent des nombreux automobilistes qui font pareillement en se disant que les primes sont onéreuses, que les assureurs n’honorent pas leurs engagements, que les accidents de la circulation sont rares et qu’ils n’arrivent qu’aux autres, aux imprudents, ou qu’ils dépendent de la seule volonté divine. Tout cela est bien évidemment à relativiser très fortement. Nul n’est à l’abri d’un accident ou d’un coup tordu. Une des meilleures façons de s’en prémunir est une assurance en bonne et due forme, car le fatalisme, qui n’est pas croyance en Dieu, ne mène à rien.

Commentaires