Echos des tropiques

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LA COTE D’IVOIRE, QUATRE ANS APRES…

'IVOIRE, QUATRE ANS APRES…

Quelle solution pérenne de sortie de crise ?

 

PAR AMADOU FALL

 

Quelque quatre années après le vol en éclat de son unité nationale, suite à la sécession de sa partie nord, la Côte d'Ivoire est toujours en lambeaux. Toutes les résolutions prises, à l'échelle de l'Union africaine comme des Nations Unies, ayant échoué dans leur entreprise de ramener la paix et la cohésion en Côte d'Ivoire, la solution de sortie de crise passerait-elle, comme l'entend le Président Laurent Gbagbo, par un dialogue direct, sans intermédiation internationale, entre son camp et celui des « Forces nouvelles » de Guillaume Soro ?

 

Le 31 décembre dernier, présentant, ses vœux traditionnels de Nouvel an à la nation ivoirienne, Laurent Gbagbo a émis son désir de discuter directement avec l'ex-rébellion pour une sortie de crise, pour que 2007 soit l'année de la paix et des élections, l'année de la réunification du pays et de la réconciliation nationale.  « Je demande encore une fois ce soir à ceux qui ont pris les armes de les déposer, de venir au dialogue. Je demande à la classe politique de quitter définitivement la voie des armes. Notre peuple n'a que trop souffert de cette crise», soulignait-il dans son message radiotélévisé. Pour le Président ivoirien, au regard de l'expérience tirée de l'application des résolutions et accords passés, il importe qu'au-delà de l'établissement d'un dialogue global, il s'établisse un dialogue particulier et spécifique avec ceux qui ont pris les armes.

En fait l'offre n'est pas nouvelle. Le chef de l'Etat ivoirien avait déjà sollicité son homologue du Burkina Faso, Blaise Compaoré, pour l'instauration des conditions de négociations directes avec les « Forces Nouvelles ». Cette sollicitation a été reprise par Gbagbo lui-même, le 19 décembre 2006 dans une intervention télévisée.  «J'entends, au cours de ce dialogue, demander directement à ceux qui ont pris les armes contre leur propre pays de les déposer et de libérer le pays. La nation leur tend une fois encore la main. Je suis prêt, dès ce soir même, à discuter avec eux», affirmait-il. Son appel de la veille du Nouvel an est dans le même registre.

UN PRESIDENT DE LA

REPUBLIQUE AUX ABOIS

Mais qu'y a-t-il derrière ce subit revirement de Laurent Gbabo, cet appel lancinant à la négociation avec les « Forces nouvelles » qui sonne comme une reconnaissance de fait de leur légitimité politique et nationale, chose qu'il a toujours récusée ? En fait, le Président ivoirien dont le mandat constitutionnel est arrivé à expiration depuis octobre 2005 est aux abois. La résolution 1633 des Nations Unies l'avait maintenu pour un an, en l'adjoignant d'un Premier ministre, Charles Konan Banny, chargé d'identifier les populations ivoiriennes, de désarmer, de démobiliser et de réintégrer les forces en présence et d'organiser des élections au plus tard le 31 octobre 2005. Cette mission n'ayant pas abouti, l'ONU, sur proposition de l'Union africaine, est revenue à la charge avec la Résolution 1721 du 1er novembre 2006. Celle-ci, proroge, à nouveau, d'un an le mandat de Gbabgo, confie les mêmes tâches que précédemment à Konan Banny. Durant la nouvelle période de transition, il demeure  à la tête du gouvernement ivoirien et doit disposer de tous les pouvoirs et moyens nécessaires pour mettre en œuvre ses activités, ce qui inclut, en particulier, le programme de désarmement, le démantèlement des milices et la restauration de l'autorité de l'Etat sur tout l'étendue du territoire national, mais aussi le recensement électoral. Konan Banny, est habilité à prendre des décisions par ordonnances, et doit disposer de l'autorité nécessaire sur toutes les forces de défense et de sécurité ivoiriennes intégrées pour lui permettre d'exécuter les tâches qui lui sont assignées. En somme, ses pouvoirs et prérogatives sont considérablement élargis et renforcés, par rapport à ceux du Président en titre.

C'est cela que Laurent Gbagbo ne peut, ni concevoir, ni accepter à plus forte raison. Il n'entend laisser aucun champ à ceux qui veulent lui arracher de grosses parcelles de son pouvoir en vertu de la résolution 1721 du Conseil de sécurité des Nations Unies. L'affaire des déchets toxiques déversés à Abidjan à parti du navire Probo Koala a notamment été une occasion pour lui de montrer qu'il se considère encore et toujours comme le seul maître à bord. En effet, Marcel Gossio, Directeur Général du Port Autonome d'Abidjan, le Colonel Gnamien Konan, Directeur général des douanes ivoiriennes et Pierre Djédji Amondji, gouverneur du district d'Abidjan mis en cause dans cette opération catastrophique et suspendus  par le Premier ministre ont été rétablis dans leurs fonctions par le Président Laurent Gbagbo, trois mois après. Alors que le rapport produit par la Commission nationale d'enquête instituée par Konan Banny la pleine responsabilité administrative des personnalités incriminées.  En désavouant ainsi son Premier ministre,  le Président ivoirien lance un message politique pour dire qu'il est le vrai chef de l'exécutif. Ce message est tout aussi clair dans la décision limogeant Lebri Léon Francis de la direction générale de « Fraternité matin », quotidien gouvernemental, pour avoir publié un article jugé « non fondé » par la Présidence ivoirienne et son remplacement Jean Baptiste Akrou. C'est  le  même «communiqué séditieux» qui a valu à Kébé Yacouba son éviction de la Direction de la Radio Télévision Ivoirienne (RTI) et son remplacement par Pierre Brou Amessan, précédemment journaliste en poste à TV2, la deuxième chaîne.

 

LE PROCESSUS DE PAIX BLOQUE PAR

LE CONFLIT DE POUVOIR GBAGBO - BANNY

 

 

 La Primature, par la voix de son secrétaire général, François Koumoin a demandé à la Présidence de surseoir à l'exécution de ces décisions, en vain.  C'est là encore une autre démonstration, par  Président Gbagbo  de sa détermination à tenir la barre, seul,  à ne céder aucune parcelle de son pouvoir.  Quitte à mettre les médias d'Etat ivoirien en otage.

Dès l'adoption de la résolution 1721, Laurent Gbagbo s'était réjouit que la Constitution de son pays n'était pas suspendue par le texte onusien ; ce qui signifie dans son entendement que ses pouvoirs de chef d'Etat sont restés intacts. Charles Konan Banny, qui fonde  sa légitimité et prérogatives accrues sur la résolution 1721, entend de son côté «prendre toutes ses responsabilités» et «exécuter pleinement» la mission qui lui a été confiée. 

Il a son actif le soutien constant du Conseil de sécurité qui, lors de 56ème  du 21 décembre 2006, a exigé le de rétablissement dans leurs fonctions des cadres licenciés à la Radio Télévision Ivoirienne et à « Fraternité matin ». Il l'a également vivement encouragé à poursuivre ce qu'il fait pour lutter contre l'impunité et promouvoir la bonne gouvernance, en pensant en particulier à la levée arbitraire de la suspension qui frappait les hauts responsables incriminées dans l'affaire des déchets toxiques.

Réaffirmant que le Premier Ministre doit exercer ses pouvoirs sans entraves, y compris son autorité sur les Forces de défense et de sécurité, comme le prévoit la Résolution 1721, le Conseil de sécurité engage toutes les parties ivoiriennes à l'appuyer dans les opérations d'identification de la population et d'enregistrement des électeurs et le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration, qui sont au cœur du processus de paix en Côte d'Ivoire,  ainsi que dans la préparation des élections qui doivent se tenir d'ici au 31 octobre 2007 au plus tard. Mais l'Onu ne fait que tracer le cadre formel du règlement des crises à travers des résolutions. Il appartient aux belligérants de se les approprier et de les appliquer avec bonne foi et en parfaite intelligence. Ce n'est malheureusement pas le cas dans la crise ivoirienne.

Pour que le processus de paix puisse aboutir, il faut un minimum d'entente entre l'ensemble des acteurs dont le Premier ministre et le Président de la République. Le conflit de pouvoir entre Gbagbo et Banny bloque le processus de réconciliation et de paix. La Résolution 1721 restera lettre morte sans une volonté de coopération des deux clans qui se sont formé autour des deux protagonistes. Chaque camp est en train de faire ses comptes pour évaluer ses appuis avant d'aller à la confrontation. Le Premier ministre  Charles Konan Banny qui rejette tout autre schéma de sortie de crise en dehors du cadre prévu par le Conseil de sécurité, et qui doit gouverner par ordonnances et décrets-lois, s'assure du soutien des partis classiques de l'opposition. En plus de sa famille politique, le Front Populaire Ivoirien (FPI), des Jeunes Patriotes de Charles Blé Goudé, L'armée, par le biais de son chef d'état-major, a déjà signifié son allégeance à Laurent Gbagbo qui, s'estimant honnis par la Communauté internationale, entend lui-même «tracer le nouveau cadre de règlement de la crise » 

 

LA  CONFEDERATION OU LA FEDERATION

COMME SOLUTION FINALE ?

C'est dans cette logique et en réaction à ce qu'il considère comme de l'ostracisme étranger que Laurent Gbagbo, a préconisé un dialogue direct avec les « Forces nouvelles », à l'exclusion des  intervenants « extérieurs»  jugés hostiles ou ne jouant pas son jeu : la CEDEAO, l'Union africaine, le Groupe de Travail International (GTI) de l'Onu, ainsi que les partis membres du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), coalition de partis d'opposition dont le PDCI d'Henri Konan Bédié et le RDR d'Alassane Ouattara. 

Le leader de la rébellion, Guillaume Soro, s'est déclaré favorable à un dialogue direct avec le Président Gbagbo, mais à condition que celle-ci se fasse dans le cadre de la dernière résolution onusienne :« Ce dialogue aurait du venir plus tôt ! Nul n'a le droit de refuser le dialogue et la concertation, si l'objectif poursuivi est la recherche de la paix. Toutefois, ce dialogue ne peut être envisagé en dehors de la Résolution 1721. Il me semble donc urgent, avec la participation de tous, de mettre en œuvre pleinement cette résolution. » a-t-il déclaré, en réponse à l'invite de Gbagbo. De par cette déclaration les  «Forces nouvelles»  se rangent de fait aux côtés de Charles Konan Banny, d'autant que leur position constante est une opposition systématique à Laurent Gbagbo

Les positions se crispent, tant du côté du chef de l'Etat ivoirien que de son Premier ministre qui, sans le vouloir très certainement, risque de passer de « faiseur de paix » en « chef de guerre », un de plus et de trop. Si les épreuves de force succèdent aux bras de fer, la Côte d'Ivoire risque de s'enliser dans la crise. Dans un pays qui aspire à la réconciliation et à la paix, il faut se départir des positions figées, au risque d'une longue et ruineuse guerre qui ne  ferait qu'aggraver la déchirure du pays. 

L'on se pose même la question de savoir si sa réunification est dans l'ordre du possible. Depuis l'éclatement de la rébellion, en septembre 2002, le Nord ivoirien consolide son indépendance du pouvoir central incarné par Abidjan.  L'administration mise en place par les « Forces nouvelles » a autonomisé et professionnalisé son système de défense et de sécurité, à travers les directions générale de la police et de la gendarmerie, des investigations, et des forces paramilitaires.  Guillaume Soro a annoncé, dans ce contexte sécurisé  la réouverture prochaine des banques et établissements financiers, des juridictions et établissements pénitentiaires et le redéploiement de leur personnel dans la Zone Nord.  Les producteurs agricoles qui tirent l'essentiel de leurs revenus monétaire de la noix d'anacarde et du coton, sont en train  de relever le défi de l'organisation et de la maîtrise de tous les paramètres de productions et de commercialisation de ces filières, sous la férule des autorités des « Forces nouvelles ».  

Dans le domaine de la santé, la réouverture des hôpitaux et des dispensaires encore fermés est imminente.  Déjà,  l'Institut National de Formation des Agents de Santé de Korhogo est rouverte qui permettra de répondre au déficit en personnel médical. Les personnels enseignants, ayant contribué à sauver l'Ecole au Nord, ayant été affectés au Sud pour « dérégler le système », selon Guillaume Soro. 4000 nouveaux enseignants ont été recrutés parmi les jeunes « patriotes » nordiques.

Un nouveau pays, une nouvelle nation, est en train de se construire dans cette partie septentrionale de la Côte d'Ivoire. Si le processus perdure, alors que les résolutions onusiennes n'ont aucun impact sur le terrain, en raison de l'intransigeance des camps en conflit, il ne fait pas de doute que la réunification de la Côte d'Ivoire ne pourra se faire que dans un cadre confédéral ou fédéral. Là est peut-être la solution finale à la crise ivoirienne … 

 



Article ajouté le 2007-01-20 , consulté 71 fois

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